2005 a enregistré un déficit budgétaire de 4,2%

La croissance devrait légèrement dépasser les
1,8 % prévus.
Le solde commercial s’est dégradé, mais la balance des
paiements reste excédentaire grâce aux MRE et au tourisme.
Les recettes fiscales ont augmenté de 13%.

C’est un bilan globalement positif que le ministre des Finances et de la privatisation, Fathallah Oulalou, a dressé, lundi 13 février, devant la presse, à propos de l’année 2005. Même si les chiffres qu’il a avancés demeurent encore provisoires – la situation définitive n’étant connue qu’aux alentours des mois d’avril/mai -, la tendance générale devrait se confirmer et les estimations réalisées jusque-là, en terme de croissance (1,8 % du PIB), pourraient même, selon le ministre, être dépassées. «(…) Les indicateurs de conjoncture que je viens de présenter laissent entrevoir une forte probabilité d’une actualisation à la hausse du niveau de la croissance», avait dit l’argentier du Royaume.

En dehors de l’agriculture dont la valeur ajoutée, pour des raisons climatiques connues, a diminué dans une proportion variant, selon les estimations, entre 12 % et 15 %, et du textile-habillement, qui a pâti du démantèlement de l’accord multifibres, il est en effet indéniable que les indicateurs des principaux secteurs économiques ont tous affiché des progressions plus ou moins soutenues. Il en est ainsi des ventes d’énergie électrique aux entreprises industrielles qui ont augmenté de 8,5 %, de la consommation de ciment
(+5 %) et des concours bancaires au secteur du BTP
(+ 25 %), de certaines branches de l’industrie manufacturière comme la métallurgie de base(+ 10,3 %), le matériel de transport
(4,1 %) et de construction
(+ 4,4 %) et de la chimie et parachimie
(+ 6,7 %) et des télécommunications (+ 16 % de hausse du chiffre d’affaires de Maroc Télécom). On peut ajouter aussi les mines, dont la production de phosphate a augmenté de 7,4 %, et le transport qui a vu s’accroître de 13% le nombre d’usagers des chemins de fer et de
19 % les immatriculations de voitures pour ce qui est du transport routier. Mais la palme revient sans doute au secteur touristique, dont les recettes en devises (41 milliards de DH) dépassent pour la première fois celles des MRE (40,5 milliards de DH). Selon les estimations des Finances, l’année 2005 devrait se clôturer sur une progression de 16% des nuitées dans les hôtels classés, s’approchant ainsi de la barre des 6 millions de touristes étrangers.

33 milliards de DH de crédits à l’économie : un record !
Autre chiffre à retenir, celui des crédits à l’économie : la hausse de ces crédits, selon M. Oualalou, a été de 33 milliards de DH, soit «un niveau jamais atteint» – (un record donc). Mais au-delà de l’importance de cette augmentation des crédits, ce qui est surtout intéressant, c’est de voir que, sur ce volume global, 11,3 milliards de DH ont bénéficié au secteur de l’immobilier et 6,2 milliards à l’équipement. Ce qui confirme bien que, globalement, l’activité hors agriculture se comporte plutôt bien: 4,4 % de croissance, selon les estimations du ministre des Finances. N’eût été la contre-performance du secteur primaire, la croissance globale serait donc élevée, en dépit, il faut bien le dire, de l’extraordinaire renchérissement des prix du pétrole.
Dans une certaine mesure, la problématique de l’économie marocaine marquée par une forte volatilité de la croissance se trouve précisément posée à ce niveau-là : une dépendance accrue vis-à-vis de l’agriculture. Ce qui n’est pas sans conséquences multiples sur l’emploi. Sans doute est-ce pour se libérer progressivement de cette dépendance, qu’une réflexion est engagée sur la réforme de l’agriculture marocaine. Fathallah Oualalou en a d’ailleurs parlé de manière lapidaire lors de sa conférence de presse.

La facture pétrolière n’explique pas, à elle seule, le déficit de la balance commerciale
Au niveau des échanges extérieurs, le déficit de la balance commerciale, ce n’est pas une surprise, s’est creusé davantage : + 23,4 %. Alors que les importations, sur les onze premiers mois de 2005, se sont élevées à 162,6 milliards de DH, les exportations, elles, n’ont été que de 83,3 milliards de DH, en dépit du bon comportement des ventes de phosphates et dérivés. Il en a résulté que le taux de couverture (des importations par les exportations) a perdu 4,1 points pour se situer à 51,2 %. L’une des raisons principales de cette dégradation du solde commercial tient évidemment au renchérissement de la facture énergétique (et surtout pétrolière). Selon Fathallah Oualalou, «la facture énergétique explique pour 82 % l’aggravation du déficit commercial». Cette explication, incontestable, devrait cependant être nuancée par ceci : la conjoncture mondiale, c’est-à-dire la faible demande étrangère adressée au Maroc (5,3 % contre 8,2 % en 2005), «le déphasage relatif» des produits marocains par rapport au marché mondial dominé par des produits à haute valeur ajoutée et l’orientation très prononcée du Maroc sur un marché européen peu dynamique, font que les exportations du Royaume ont tendance à reculer. Pour autant, la balance des paiements, indiquera le ministre des Finances, restera, pour la cinquième année consécutive, excédentaire. Et ceci grâce, faut-il le rappeler, aux recettes touristiques, aux transferts des MRE, aux recettes des investissements et prêts privés étrangers (26,8 milliards de DH) et, dans une moindre mesure, à la baisse des intérêts (- 11 %) de la dette extérieure publique.
Quant aux finances publiques, malgré une hausse des recettes ordinaires de 12 % (+ 13 milliards de DH), attribuables en quasi-totalité à l’amélioration des recettes fiscales de 13,2 % (+ 11,7 milliards de DH) et une augmentation des rentrées de privatisation (6,9 milliards pour le Trésor), le déficit estimé est d’environ 4,2 % du PIB (5,7 % sans les privatisations). L’explication de ce déficit tient bien sûr à la faiblesse de la croissance (qui impacte le niveau des recettes fiscales) mais surtout, et pour l’essentiel, à la prise en charge par l’Etat de la hausse du prix du pétrole ainsi que du coût des départs volontaires à la retraite.

Les indicateurs des principaux secteurs économiques (hors agriculture et textile habillement) ont affiché une nette progression. Les concours bancaires au BTP, par exemple, ont connu une hausse de 25 %.

126 milliards de DH de chiffre d’affaires pour les établissements publics

Les entreprises et établissements publics (EEP), pris dans leur ensemble, ont affiché en 2005 des indicateurs en nette progression par rapport à l’exercice précédent. Cela concerne aussi bien l’investissement (36,9 milliards de DH, soit + 21,7 %), le chiffre d’affaires (126 milliards de DH, soit + 11,9 %), la valeur ajoutée (49 milliards de DH ou +8,1 %) que la capacité d’autofinancement (23,6 milliards de DH ou + 18,3 %). C’est là une des fiertés du ministre des Finances et de la privatisation qui y voit le résultat non seulement des efforts de gestion déployés par les responsables de ces entités, mais aussi des réformes à la fois institutionnelles et de modernisations qui ont touché ces EEP.
Pris isolément, c’est l’ONE qui vient en tête des cinq premiers en matière d’investissement (4,8 milliards de DH, soit +7,6 %), suivi d’ADM (3,7 milliards de DH, ou + 13,7 %), du groupe OCP (2,5 milliards de DH, ou +0,4 %), d’IAM (2,9 milliards de DH, soit +27,1 %) et de l’ONEP (2,6 milliards de DH, soit +35,9 %). En chiffre d’affaires, on retrouve en tête de liste le groupe OCP, avec 22,7 milliards de DH (+16,4 %), suivi de IAM avec 19,6 milliards de DH (+ 17,1 %), de l’ONE avec 13,1 milliards de DH (+ 9 %), de la RAM avec 8,5 milliards de DH (+ 6,6 %) et des régies de distribution avec 3,5 milliards de DH (+ 7,1 %). Quantà la valeur ajoutée, ses plus gros créateurs sont, dans l’ordre, IAM avec 13,5 milliards (+ 15,3 %), le groupe OCP avec 8 milliards de DH (+ 21,2 %), la RAM avec 3,5 milliards de DH (+ 6,1 %), l’ONEP avec 2,1 milliards de DH (+ 9,2 %) et l’ONCF avec 2 milliards de DH (+7,9 %)

L’économie s’en sort… mais le chômage repart à la hausse

Après des baisses successives qui l’ont ramené au niveau de 10,4 % de la population active, le taux de chômage à l’échelle nationale est reparti à la hausse à la fin de 2005 pour atteindre 11,5 %, soit une augmentation de 1,1 point. Ce faisant, le nombre de chômeurs est passé de 1,12 à 1,29 million entre les quatrièmes trimestres de 2004 et 2005 (+ 15 %). Selon le Haut commissariat au Plan (HCP), qui a fourni ces chiffres, 60,7 % de cette hausse a été enregistré en milieu urbain.
Pourquoi cette hausse du chômage ? L’explication, mécanique pourrait-on dire, avancée par le ministre des Finances, tient à l’augmentation de la population active âgée de 15 ans et plus. Celle-ci est en effet passée de 10,78 millions de personnes à 11, 21 millions entre 2004 et 2005, soit un accroissement de 3,9 %. Le Maroc, en raison de la diminution du taux d’accroissement de la population, se trouve certes en phase de transition démographique, dont la caractéristique est la hausse de la population en âge de travailler. Pour autant l’explication par cette seule variable démographique ne rend pas totalement compte des autres causes à l’origine du phénomène du chômage.
En réalité, il y a aussi, peut-être surtout, un problème lié, d’une part, à la faiblesse de la croissance et, d’autre part, à la «stérilité» de cette croissance en terme de création d’emplois. La preuve, alors que la croissance hors agriculture, c’est-à-dire une croissance d’origine essentiellement urbaine, a été de 4,4 % en 2005, c’est paradoxalement dans ce milieu urbain que le chômage a été le plus élevé : 19,4 % contre 18 % en 2004.
En 2005, les créations nettes d’emplois se sont élevées à 258 000 nouveaux postes, soit beaucoup moins que la moyenne des quatre dernières années (306 000). Il faut savoir que, jusqu’au troisième trimestre de 2005, seulement 36 000 emplois nets ont été créés. D’où vient alors qu’en l’espace de trois mois, le total des emplois nets créés a été multiplié par 7 ? Tout simplement des perspectives d’une bonne année agricole qui a généré une dynamique assez «riche» en emplois. Selon le HCP, en effet, sur les 258 000 nouveaux postes créés, 235 000 le sont en milieu rural et seulement 23 000 en milieu urbain. Le problème est que la répartition par statut professionnel de ces nouveaux emplois montre bien que, pour l’essentiel, ce sont des emplois non rémunérés : 215 000 nouveaux emplois sur les 258 000 créés ne sont pas rémunérés, dont 211 000 en milieu rural (83,5 %) et 4 000 en milieu urbain
(18 %).