2 800 éleveurs de poulets interdits d’exercice pour non-respect des normes

Sur les 5 486 fermes répertoriées, 2 065 ont reçu le visa des services d’hygiène et 400 ont eu droit à un délai supplémentaire pour se mettre à niveau

Les petits éleveurs se plaignent des coûts élevés de la modernisation

800 transporteurs sont déjà aux normes sur 1 100 demandes.

Le secteur avicole a entamé la phase cruciale de sa mutation et les autorités sanitaires sont apparemment décidées à faire respecter la loi, vaille que vaille. La preuve, sur les 5 486 fermes d’élevage répertoriées et concernées par la mise à niveau, 2 879 se sont vu refuser ou interdire désormais l’exercice de l’activité tandis que 2 065 ont reçu l’autorisation de produire selon les normes strictes de la nouvelle réglementation. Entre les deux, enfin, 393 éleveurs ont bénéficié d’un délai supplémentaire et 149 sont en attente de la visite des services d’hygiène.

Au total donc, et comme le montrent les explications de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa), 47% de la production nationale est assuré aujourd’hui par des exploitations en règle et 14% par d’autres en attente de l’être, les 39% restants ayant été en principe exclus.

Pourtant, même avec cette réduction, presque de moitié, des capacités de production, les prix du poulet de chair n’ont pas connu d’augmentation comme on aurait pu le prévoir en pareils cas. Aujourd’hui, le prix du kilo de poulet de chair relevé en début de semaine était de 12 DH à Casablanca et 12,50 à Had Soualem.

Comment peut-on expliquer cette stabilité ? D’abord par le fait que cette période de l’année est considérée comme la basse saison, durant laquelle les professionnels ralentissent automatiquement en attendant l’été pour reprendre une cadence de production maximale. Le deuxième élément de réponse, moins réjouissant, lui, est que les fermes non autorisées à produire continuent de le faire en dépit de la loi.

Certes, les autorités essaient de contrôler et de donner l’exemple, tout en faisant preuve d’une grande souplesse, pour ne pas bouleverser le marché mais aussi pour des questions dites «sociales». La preuve, seules une cinquantaine de contraventions ont été dressées à ce jour même si elles portent, il est vrai, sur des amendes lourdes allant de 50 000 à 100 000 DH.

Il faut dire aussi qu’il est difficile pour les petits éleveurs de mobiliser des sommes pouvant aller jusqu’à 80 000 DH pour moderniser leurs méthodes, sachant que la Fisa avait estimé le budget moyen d’une mise à niveau à 200 000 DH.

A cela s’ajoute la pénurie de main-d’œuvre et de certains matériaux utilisés du fait que beaucoup d’exploitants ont entamé leur modernisation au même moment. Il est en effet de plus en plus difficile de trouver les filets, les isolants thermiques et les grillages.

Une tournée dans quelques exploitations dans la région de Casablanca permet de comprendre davantage la situation.

Saïd Chennaoui s’est installé, il y a quelques années, à 60 km de Casablanca, du côté de Had Soualem. S’il fait également de l’agriculture, son élevage de six serres est relativement important puisqu’il produit quelque 30 000 poulets par cycle de production, sachant que le cycle dure 45 à 50 jours.

Lui a préféré très tôt se mettre en conformité avec les normes, avant même l’adoption des nouveaux textes par les autorités. Dans son cas, la facture de la modernisation de ses 3 000 m2 d’élevage est très lourde: 500 000 DH, en tout, pour bétonner les surfaces, poser les grillages, installer les isolants thermiques… Ceci sans compter des coûts induits qu’il préfère ne pas comptabiliser, comme la construction d’un réservoir d’eau.

Pour lui, il est certain que «s’il n’y a pas d’accompagnement logistique et financier des exploitants, la mise à niveau risque de fragiliser beaucoup d’opérateurs voire de déstabiliser le marché».
Hassan Dafer, lui, est moins nanti. Possédant deux petits élevages de 9 000 et 2 500 poulets, il a dû revendre deux taurillons pour 31 000 DH pour pouvoir couvrir une partie des coûts de la modernisation de son élevage, qu’il estime à 60 000 DH au bas mot.

Pour autant, beaucoup de professionnels reconnaissent que la mise à niveau est en marche. Dans les filières de couvaison et chez les reproducteurs, par exemple, la Fisa fait remarquer que le taux de réussite de la mise à niveau a atteint 100%.

Idem au niveau du transport où l’on dénombre 800 autorisations déjà accordées sur 1 100 demandes. Curieusement, c’est du côté de Casablanca et Rabat que l’on relève le plus grand nombre de récalcitrants.