2 000 salades produites chaque jour dans une ferme pas comme les autres

Lauréat de «Challenger» en 2005, Youssef Ismaïli Alaoui a investi 1,1 MDH dans
une exploitation à  Médiouna.
La production repose sur un procédé nouveau, simple et ingénieux.
La ferme génère un chiffre d’affaires de 60 000 DH par mois.
Le jeune promoteur veut s’attaquer aux cultures bio.

Youssef Ismaà¯li Alaoui, un jeune entrepreneur marocain, vient de trouver un filon dans l’agriculture : la production intensive sous serre de différentes variétés de salades. Lauréat 2005 de «Challenger», concours destiné à  identifier les meilleurs projets présentés par de jeunes Marocains, il a commencé son activité il y a plus d’une année et en est déjà  à  une cadence de production de 2 000 plants de salade/jour.

Le projet repose sur un procédé à  la fois simple et ingénieux qui permet de produire des salades sur un cycle réduit de 45 à  70 jours selon la variété cultivée. Les plants sont achetés et préparés dans des supports et flottent dans des bassins sous serres remplis d’eau traitée et mélangée à  des engrais. Le tout est piloté par un programme prédéterminé adapté à  la variété de salade choisie. L’eau utilisée dans les bassins a une durée de vie d’une année, ce qui permet des économies sur les charges d’exploitation. Pour produire autant en zone irriguée, il faudrait une surface de près de 20 hectares, sans compter qu’à  ciel ouvert le cycle de production serait plus aléatoire et durerait plus de 100 jours.

Aujourd’hui, la production sur un hectare qu’il exploite atteint 2 000 plants de salades par jour. Ce qui dégage un chiffre d’affaires d’environ 60 000 DH par mois. Les ventes sont réalisées dans des supermarchés ou supérettes qui, le plus souvent, enlèvent eux-mêmes la marchandise sur le site de production. L’objectif du jeune entrepreneur est d’arriver à  produire 5 000 salades/j en 2008. Ce qui lui permettra de faire de nouveaux investissements et d’assurer la pérennité de son entreprise.

Après s’être distingué dans «Challenger», Youssef Ismaà¯li Alaoui avait obtenu un prêt de 1,14 MDH sur 5 ans avec deux années de grâce pour financer son affaire. Auparavant, en 2004 précisément, il avait acheté une parcelle de 5 000 m2 à  Médiouna pour 250 000 DH et a investi autant dans un deuxième terrain, mitoyen – un investissement très profitable puisque le prix de l’hectare dans les environs a grimpé à  plus d’un million de DH entre 2004 et 2008. Cet argent était au départ destiné à  acheter un appartement, du temps o๠il travaillait dans l’entreprise paternelle spécialisée dans l’électronique.

Un idée importée d’Espagne
L’idée d’investir dans cette niche lui est venue lors d’un voyage en Espagne. Il avait observé la vente dans les supermarchés de petites barquettes de salade commercialisées à  1,30 euro. Il a remonté la filière jusqu’à  un petit producteur espagnol qui avait consacré une parcelle réduite à  cette culture, selon le procédé décrit. Il l’avait alors interrogé sur les raisons qui l’avaient poussé à  se contenter du peu qu’il réalisait. L’homme lui répondit qu’il ne maà®trisait pas la partie électronique et avait peur du risque. Or, lui, «en connaissait justement un bon bout» sur ce chapitre. Et c’est ainsi que l’idée de son exploitation a commencé à … germer. Aujourd’hui, il expérimente déjà  d’autres cultures rentables non seulement des variétés de salades ou de légumes, mais aussi d’épices, comme le gingembre notamment. Bref, il entend fermement passer au stade supérieur. Ambitieux, M. Alaoui veut aussi s’attaquer aux produits bio. C’est ainsi que l’association qu’il a créée et dont il est le président envisage de bâtir un centre d’agriculture biologique dont l’objectif est de promouvoir cette activité. Ce centre sera doté d’un atelier d’apprentissage et d’initiation à  la culture, d’un laboratoire, de boutiques de produits biologiques et fermiers et d’une salle de conférences.

Le budget d’investissement pour ce projet, qui sera réalisé aussi à  Médiouna, est de 3 MDH dont 2,6 millions pour le bâtiment et 400 000 pour l’équipement. La date de démarrage de la phase de réalisation n’est pas encore arrêtée.