150 établissements hôteliers ouvriront à  Marrakech en 2007 et 2008 !

L’investissement total programmé se monte à près de 9 milliards de DH.
21 834 lits additionnels seront mis sur le marché et 8 500 emplois directs créés.

Un peu plus de 8,7 milliards de DH ! C’est le montant des investissements touristiques engagés à Marrakech et dans sa région et qui donneront lieu à des ouvertures en 2007 et 2008. Cette enveloppe paraît énorme, et pourtant, si l’on additionne le coût des 150 projets en cours de réalisation ou annoncés, qui vont de la petite maison d’hôtes au grand complexe hôtelier, les faits sont têtus. Et encore, il s’agit seulement des constructions touristiques dont l’ouverture est prévue pour 2007 et 2008.

Au total, ce sont 21 834 lits additionnels qui ont commencé à être – ou seront – mis sur le marché touristique à Marrakech. La destination affiche certes un taux d’occupation moyen pour les six premiers mois de l’année 2007 de 71 %, mais quand on sait déjà, qu’en 2006, ce sont 3 802 lits qui sont venus s’ajouter à l’existant, cela donne une idée du rythme imprimé désormais à la création de nouvelles unités touristiques.

L’ouverture de ces unités va se traduire par la création de 8 491 emplois directs (près de 3 000 emplois ont été créés en 2006), ce qui est important pour la région dont le tourisme constitue la principale ressource.

De plus en plus de projets sont réalisés en dehors de la ville
Sur la liste, on relève beaucoup de petits projets (petites auberges, maisons d’hôtes en rase campagne…) initiés par des personnes physiques et nécessitant un investissement situé entre un million et 10 MDH, permettant de créer entre 5 et 20 emplois par unité. La plupart de ces petits projets sont situés sur les axes routiers qui convergent vers Marrakech et dans de nombreux douars avoisinants.
On trouve également des projets intermédiaires dont l’investissement dépasse les 100 MDH, et il s’agit généralement de rénovations ou de constructions de riads et de maisons d’hôtes, soit dans la ville même, soit dans les environs.

Enfin, les grands groupes sont toujours omniprésents, avec des projets qui tendent vers le milliard de DH. Ce qui est intéressant, c’est que ces grands projets ne sont plus tout à fait au cœur de la ville. A titre d’exemple, la société Diar Marrakech investit 930 MDH dans un complexe touristique dans la commune de Ouahat Sidi Brahim. Cet investissement générera plus de 800 emplois. On trouve aussi la société Medina Club Marrakech qui crée, à elle seule, 1 800 emplois grâce à son projet dans la commune rurale d’Al Ouidane, avec un investissement de 150 MDH. Et la liste est longue, sans parler des complexes touristiques qui seront ouverts au-delà de 2008, notamment ceux initiés par les investisseurs des pays du Golfe.

Au passage, on notera que ces projets ont nécessité la mobilisation d’une assiette foncière importante dépassant les 560 hectares. Ce qui n’est pas sans créer une tension sur le foncier à Marrakech. Nombre de groupes étrangers sont aujourd’hui à la recherche de terrains pour leurs projets (voir également article page 25).

Pour ce qui est de l’origine des investissements, ce sont les nationaux qui arrivent en tête des investisseurs avec plus d’une centaine de projets, talonnés par les Français avec une quarantaine de projets, en y englobant les projets franco-marocains. En fait, à elles seules, les deux nationalités constituent le plus gros des troupes. On peut compter sur les doigts d’une main les investissements autres que marocains et français (saoudiens, américains, irlandais et belges), avec une absence remarquable, celle des Espagnols, pourtant bien présents au Maroc. Mais il semble que Marrakech ne les a pas encore séduits.

Autre fait remarquable : il y a très peu de constructions d’hôtels isolés, quatre ou cinq étoiles, la tendance étant désormais à la construction de complexes touristiques, villages de vacances, et surtout de maisons d’hôtes, ou même plusieurs maisons d’hôtes réunies dans des complexes. Il est vrai que Marrakech ne souffre pas d’une insuffisance en hôtellerie classique, et les projets actuels anticipent sur une demande encore insatisfaite, en l’occurrence celle des familles marocaines et d’un tourisme étranger plutôt sélectif.

On trouve même des complexes de villas ou d’appartements destinés à la vente en copropriété, mais qui peuvent être exploités commercialement dans le cadre de la nouvelle loi sur l’immobilier locatif à vocation touristique (ILVT), qui commence aussi à intéresser les grands groupes étrangers.

Tension
Fourniture d’eau et d’électricité : on le savait depuis longtemps !
L’augmentation du rythme des ouvertures est une bonne chose pour la ville de Marrakech. Tout le monde en convient. Cela dit, la dynamique ne manque pas de soulever quelques problèmes, certains de taille. C’est le cas particulièrement des capacités de la ville à approvisionner tout ce beau monde en électricité mais aussi en eau, surtout quand on voit le nombre impressionnant de parcours de golf en projet.

Et certains professionnels ont d’ailleurs déjà commencé à tirer la sonnette d’alarme. Certes le problème n’est pas nouveau, et, chaque année, on observe des dysfonctionnements à ce niveau, mais le seuil d’alerte semble être aujourd’hui atteint, puisque la Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Marrakech (Radeema) vient de se doter d’un plan d’urgence pour calmer la grogne des usagers.
Pourtant, et c’est ce qui est quelque peu étonnant, on ne peut pas dire que ce problème est une surprise. Dans un entretien accordé à «La Vie éco» il y a quelques mois (22 septembre 2006), le directeur général de l’Office national d’électricité (ONE), Younès Maâmar, abordait déjà la problématique.

Evoquant la sécurité d’alimentation en électricité des villes, il avait cité, entre autres cas, celui de Marrakech. «A titre d’exemple, dans des villes comme Marrakech ou Tanger, on observe des taux de croissance de la demande à deux chiffres, mais les investissements électriques n’ont pas suivi. Et c’est finalement le client qui en pâtit», disait-il. Ce n’est donc pas un problème d’offre, mais bel et bien d’adéquation des réseaux de distribution et, en plus, les responsables le savaient depuis longtemps !

Le problème n’est pas spécifique à Marrakech, il pourrait aussi se poser, de manière plus aiguë, à Tanger, une ville dont les ambitions sont clairement affichées et qui veut, à travers sa candidature à l’organisation de l’Expo universelle 2012, devenir une destination de premier rang