133 000 emplois nets créés en 2008 dont à  peine 28 000 dans l’industrie

Le Maroc a besoin de créer 300 000 emplois par an, d’ici 2020, pour résorber le chômage.

Entre 2000 et 2007, 95% des emplois créés en milieu urbain sont dans la construction et les services.

Dans son programme électoral, l’Istiqlal, parti aux commandes du gouvernement, avait projeté de créer 1,2 million d’emplois en cinq ans, à raison de 250 000 emplois par an. Le pari n’est pas impossible à gagner, au terme de la législature, mais compte tenu de la structure de l’économie marocaine et de son rythme d’évolution, c’est pour le moins un pari risqué !
Par exemple, en deux ans, c’est-à-dire 2007 et 2008, 260 000 emplois ont été créés, soit l’équivalent de ce qui devait être créé en une année, soit encore une moyenne de 130 000 par an.
C’est évidemment peu par rapport aux besoins (résorber le chômage et accueillir les nouveaux entrants sur le marché du travail) estimés par la Banque mondiale à 4 millions d’emplois d’ici 2020, soit environ 300 000 emplois par an.
Et contrairement à ce que suggère le taux de chômage au niveau national (9,6 % en 2008, contre 9,8 % en 2007), le défi de l’emploi est essentiellement urbain où le taux de chômage reste élevé : 14,7 % en 2008, contre 15,4 % en 2007. Il y a, certes, on le voit, une amélioration d’année en année du niveau du chômage tant national qu’urbain (dans le rural, il reste relativement faible), mais cette amélioration semble davantage liée à une baisse tendancielle du taux d’activité (*) qu’à une création élevée d’emplois. La preuve, c’est que le taux d’emploi, l’indicateur qui mesure la part des personnes employées dans la population âgée de 15 et plus, est, sinon en baisse, du moins en stagnation : 45,8 % en 2008, contre 46 % en 2007, soit le même niveau qu’en 2000. En milieu urbain, où la problématique de l’emploi est plus aiguë, ce taux a même baissé : 38 % en 2008 alors qu’il était supérieur à 40 % dans les années 90. Soit dit  en passant, dans les pays émergents, le taux d’emploi s’établit à 55 %; il atteint même 60 % en Malaisie et dépasse les 70 % en Chine et en Thaïlande (phénomène à lier à la participation des femmes au travail beaucoup plus importante dans ces pays qu’au Maroc).

Sur les 133 000 emplois créés en 2008, 102 000 l’ont été dans les services
Quand on observe le rythme des créations d’emplois sur une période relativement longue, on s’aperçoit que ce rythme demeure faible. En milieu urbain, une moyenne d’environ 100 000 emplois ont été créés chaque année entre 2000 et 2008 ! Dans le rural, le problème est autre : bien que l’emploi rural représente 50 % de l’emploi total du Maroc, il est constitué pour 50 % d’aides familiales ; donc c’est un emploi irrégulier et surtout non rémunéré.
C’est bien pour cette raison que tous ceux qui se penchent sur l’emploi au Maroc s’intéressent surtout à l’emploi urbain : c’est le lieu de concentration des entreprises, des services et du commerce. Et si l’emploi n’évolue pas suffisamment, c’est donc que ces secteurs n’en créent pas assez.
Selon les données du Haut commissariat au plan (HCP), les 133 000 emplois nets créés en 2008 l’ont été pour l’essentiel (102 000) dans les services ; le reste se répartissant entre le BTP (65 000) et l’industrie (28 000). L’agriculture en a, au contraire, perdu (- 67 000) pour cause de mauvaise récolte. Et en distribuant ces emplois par milieu de résidence, on voit que 133 000 emplois nets, en termes de solde, l’ont été dans l’urbain ; les créations d’emplois du BTP (26 000) et des services (22 000) en milieu rural ont été absorbées si l’on peut dire par les destructions dans le même milieu enregistrées par l’agriculture
(- 69 000) et l’industrie (- 2 000). C’est donc, une fois de plus, sur l’emploi urbain qu’il convient de focaliser les efforts ; d’autant que l’exode rural, phénomène qui s’accentue de plus en plus, alourdit sans cesse l’effectif des demandeurs d’emplois, réels ou potentiels.

L’emploi rural dominé par les aides familiales
Le problème, c’est que le secteur manufacturier ne crée pas suffisamment d’emplois. Entre 2000 et 2007, 95 % des emplois créés en milieu urbain l’ont été dans les services et la construction, et seulement 5 % dans l’industrie, selon la Banque mondiale. D’après l’enquête du ministère de l’industrie, reprise par la Banque mondiale, l’emploi industriel est pratiquement en stagnation depuis 2000 : la croissance des effectifs y est de 0,5 % entre 2000 et 2006, contre 2,5 % dans les années 90 (probablement en raison de la mécanisation de plus en plus importante du travail). Les données disponibles du ministère de l’industrie à fin 2007 montrent que l’effectif employé dans l’industrie a même baissé de 1 % (il est vrai que, dans le même temps, le nombre d’entreprises a lui aussi baissé, mais de 5 %). Et cette baisse globale de 1 % cache en fait des baisses sectorielles plus importantes. Ainsi, l’industrie des textiles et du cuir a perdu 3 667 emplois entre 2006 et 2007 (- 2 %), l’industrie chimique et parachimique 21 000 emplois (- 18 %) et l’industrie métallique et mécanique 2 028 emplois (- 4 %). Heureusement que les industries électriques et électroniques (+ 25 %) et agroalimentaires (+ 16%) ont augmenté leurs effectifs, limitant ainsi l’impact des baisses des autres secteurs.
C’est parce que l’emploi dans l’industrie (et certains services aussi) est généralement plus stable et mieux rémunéré que la quasi-stagnation qui caractérise ce secteur est souvent mal perçue par les analystes (et sans doute aussi par les décideurs). Car, il est bien connu que dans le BTP, par exemple, les emplois sont surtout occupés par des ouvriers peu ou pas qualifiés, souvent sans couverture sociale. Quant au secteur agricole – et en attendant le Plan vert lancé par le gouvernement –, il est dominé par l’emploi non rémunéré et saisonnier.
Cela donne toute sa pertinence (en termes de choix bien sûr) au Plan Emergence !