11,5 milliards de DH seront investis dans les usines de ciment d’ici 2011 !

La capacité de production passera de 14 millions de tonnes, actuellement, à  23 millions de tonnes pour une consommation prévue de 17,9 millions.
Les opérateurs estiment qu’il n’y aura pas de problème de surcapacité ; le surplus sera exporté.
Les promoteurs immobiliers locaux investissent dans une optique de maîtrise de leurs coûts de production.

Après l’eau, le béton est le produit le plus consommé par l’homme partout dans le monde. Le Maroc ne déroge pas à  cette règle. Le ciment, intrant de base du béton, est de plus en plus utilisé. La consommation atteint des niveaux jusque-là  inédits et surtout le taux de croissance est très élevé. Sur la période allant de 2000 à  2005, le taux moyen de progression des ventes a été de l’ordre de 6,5 %. En 2006, la barre des deux chiffres a été allègrement franchie et sur les neuf premiers mois de l’année 2007, près de 9,8 millions de tonnes de ciment ont été écoulées, ce qui représente une hausse de 15,2% par rapport à  la même période de l’année 2006 ! La consommation de septembre 2007, mois de traditionnelle accalmie, encore plus marquée cette année par l’arrivée de Ramadan, a atteint à  elle seule 1,1 million de tonnes contre un million pour le même mois de l’année précédente, soit une variation mensuelle de
6,32%.
Ces chiffres plus qu’encourageants, mais surtout les perspectives d’évolution du secteur du BTP, avec les investissements projetés en matière d’habitat, de projets touristiques et de grands chantiers d’infrastructures, ont poussé les quatre groupes cimentiers présents au Maroc (Lafarge, Ciments du Maroc, Asment Temara et Holcim) à  mettre en place un programme d’investissement des plus ambitieux et qui devra être réalisé en 4 ans seulement, soit sur la période 2008-2011. Entre extensions et nouvelles unités de production, les sommes à  injecter par ces quatre groupes dépassent les 7,3 milliards DH. La plus grande usine sera construite par Ciments du Maroc à  Chtouka-Aà¯t Baha (région d’Agadir). D’une capacité de 2,2 millions de tonnes par an, elle nécessitera un investissement de 3,5 milliards de DH et devrait être opérationnelle, d’ici fin 2009. «Avec l’usine d’Agadir, le cimentier vise à  satisfaire les besoins de toute la région sud du Royaume», souligne-t-on auprès de l’Association professionnelle des cimentiers (APC). Ces besoins vont crescendo. La région de Souss-Massa-Draâ arrive en effet en quatrième position des régions consommatrices de ciment, après Casablanca, Tanger et Marrakech.
Suivant le même schéma de la demande prévisionnelle, Lafarge Maroc entend renforcer sa présence dans le nord du pays. Le cimentier vise aussi bien le doublement de sa capacité de clinkérisation que de broyage, soit au total un million de tonnes supplémentaires. Le coût global de ces nouvelles infrastructures de production est de 1,5 milliard DH.

Asment Temara investira 1,3 milliard de DHà  Meknès
Les régions du centre du Maroc sont également concernées. A Fès, Holcim Maroc prévoit l’extension de son usine. Il s’agit de 700 000 tonnes de tonnes de ciment additionnelles pour un investissement d’un milliard de dirhams. Meknès, quant à  elle, accueillera la nouvelle unité d’Asment Temara. Ce dernier, dont l’actionnaire principal est le groupe portugais Cimpor, s’installera à  Aà¯n Jemâa dans les environs de la capitale ismaà¯lienne. La capacité de production de la nouvelle cimenterie sera de 750 000 tonnes pour un investissement avoisinant le 1,3 milliard DH.
Mais les cimentiers ne sont plus les seuls sur le créneau. Le boom du BTP a poussé de nombreux groupes, nationaux et étrangers, à  se lancer dans l’aventure du ciment. Ils sont ainsi quatre à  annoncer officiellement leurs projets de cimenteries et trois conventions d’investissement ont déjà  été signées en juillet dernier. Le premier projet sera initié par le groupe Chaâbi. Ynna Asment (c’est le nom choisi pour cette nouvelle entité) sera implantée à  Settat. Dans un premier temps, elle ne produira qu’un million de tonnes, mais à  terme, elle aura une capacité de production annuelle d’environ 3 millions de tonnes. Du côté d’Ynna Holding, on explique que le choix du site n’est pas anodin. La région de Settat est connue pour la qualité de ses gisements en calcaire, principal intrant dans la fabrication du ciment. Il est à  signaler que l’implantation d’une nouvelle cimenterie nécessite des gisements de calcaire exploitable pendant 50 à  70 ans au moins. Autre promoteur immobilier qui est en train de monter sa propre cimenterie, Addoha. Sa filiale, Ciment de l’Atlas, a annoncé la création de deux unités de production à  Fqih Bensalah et Ben Ahmed avec une capacité de production de 1 million de tonnes par an chacune. Les travaux de réalisation de la première cimenterie ont commencé pour une entrée en service programmée en 2010.

Un taux de croissance annuel de 8% pour que le secteur puisse tourner à  plein régime
Le marché national intéresse également les investisseurs étrangers. En effet, une troisième convention a été signée en juillet dernier avec le groupe espagnol Lubasa spécialisé dans les matériaux de construction et la promotion immobilière qui construira une cimenterie d’une capacité d’un million de tonnes par an dans la région de Sidi Kacem. Selon des sources proches du dossier, le projet est actuellement au stade du montage financier, le groupe espagnol étant en négociation avec des investisseurs nationaux.
Enfin, il y a quelques jours, un autre groupe espagnol, Essentium, a conclu une convention avec l’Etat marocain pour l’implantation d’une usine à  Nador d’une capacité de production d’un million de tonnes. Il aura comme partenaire dans ce projet le cimentier international Orascom.
Au total, donc, ce sont 11,5 milliards DH qui seront investis d’ici 2011, ce qui augmentera la capacité de production de 14 millions de tonnes à  fin 2007, à  près de 23 millions à  cet horizon. En 2011 également, les professionnels du ciment tablent sur une consommation prévisionnelle de l’ordre de 17,9 millions de tonnes. «Ceci compte tenu, bien évidemment, d’un taux de croissance annuel moyen de 8 % au minimum», explique un spécialiste.
Il importe maintenant de savoir si la surcapacité ne posera pas de problème. Les opérateurs ne manifestent aucune crainte à  ce sujet. «Au rythme o๠vont les investissements actuels, la consommation du ciment gardera ces mêmes taux de croissance que nous connaissons actuellement», souligne-t-on auprès de l’APC. Même si «rien n’est acquis d’avance», s’empresse-t-on d’ajouter. Mais, même en cas de surplus trop important, il n’y aurait, selon ces mêmes professionnels, aucun problème de commercialisation. Les cimentiers opérant actuellement sur le marché marocain et adossés à  de grands groupes internationaux pourront toujours liquider leur surproduction à  l’international. Des ambitions que Holcim Maroc ne cache pas, sachant que ses usines sont à  proximité (Nador et Oujda) du marché maghrébin. Quant aux nouveaux venus, ils sont constitués de gros promoteurs immobiliers dont l’investissement dans le secteur est à  analyser dans l’optique d’une maà®trise des coûts de production.