110 000 motocyclettes vendues en 2007 dont 50% de marques chinoises

Les deux fabricants locaux en activité, Mifa et Dimac, écoulent ensemble 41 000 unités.
Fausses déclarations de cylindrées, manque de contrôle…, les industriels tirent la sonnette d’alarme.
Le marché sera de 150 000 unités en 2008 et de 300 000 en 2010 !

L’usage de la motocyclette a fini de se banaliser au Maroc, à tel point que les rues de Casablanca et d’autres grandes villes se mettent parfois à ressembler à celles des cités du Sud-Est asiatique, où les deux roues sont les maîtres de la chaussée.

Cela se voit à l’œil nu, le marché est en plein boom. «En 2004, le marché global des cyclomoteurs était de 30 000 unités, et, en 2007, il était évalué à 110 000 », note Youssef Karam, DGA de Mifa groupe qui commercialise les marques Yamaha et MBK.

Or, les constructeurs locaux, en l’occurrence Mifa et Dimac (Peugeot), tirent très peu profit de cette forte croissance. Selon Joachim Ennenbach, DG de Dimac, les ventes totales sont passées de 20 000 à 41 000 unités entre 2003 et 2007. Malgré cette évolution, les parts de marché relatives sont en recul.

Le gros lot, la moitié du marché environ, est raflé par des marques chinoises comme Yamamoto, Buzz et Yamshe, pour ne citer que les plus connues, qui, en 2004, représentaient à peine 15 % du marché.

Les motos d’autres origines ne totalisaient que 10 000 unités en 2007. D’ailleurs, face à cette déferlante chinoise à deux roues et à bas prix, l’opérateur turc Ramzi, qui avait monté en 2003 une unité d’assemblage de motocyclettes de la même marque, a dû fermer en 2006, se contentant aujourd’hui de faire de l’importation.

A en croire un expert du secteur, le casse-tête chinois ne se situe pas seulement au niveau de la quantité. «Le problème majeur des marques chinoises est que ce pays ne maîtrise pas la technologie des moteurs de moins de 50 centimètres cubes (cc). C’est la raison pour laquelle elles fournissent des cylindrées plus puissantes vendues comme étant des 50 cc», explique-t-il. Et les clients y ont largement trouvé leur compte.

Ils peuvent ainsi acquérir une petite moto pour un prix modique (de 5 500 à 9500 DH pour une marque étrangère, contre 8 400 à 10000 DH pour la fabrication locale) et peuvent la conduire sans permis, avec un contrat d’assurance deux fois moins coûteux (700 DH au lieu de 1 400 DH pour un cyclomoteur de plus de 50 cc).

Des fraudes sur la puissance
Les constructeurs Mifa et Dimac avaient saisi le ministère de l’équipement et des transports afin qu’il mette de l’ordre dans le secteur. Il s’en est suivi un contrôle plus rigoureux des importations par l’administration des douanes qui a alors commencé à bloquer les produits suspects et sanctionner les importateurs auteurs de déclarations frauduleuses. Notons que, pour l’homologation, les importateurs doivent débourser 50 000 DH pour chaque nouveau type d’engins.

Cette mesure s’est donc avérée restrictive, d’autant plus que la marge unitaire sur un engin importé est en moyenne de 2 000 DH.

Croyant régler le problème, l’administration en a en fait créé un autre, la fraude s’étant déplacée des importateurs vers les revendeurs. Ceux-ci proposent des motocyclettes de plus de 50 cc facturées 50 cc, et le tour est joué. C’est dire qu’en l’absence d’un contrôle de toute la chaîne, depuis l’importateur jusqu’à l’utilisateur final en passant par le revendeur, la fraude en la matière a encore de beaux jours devant elle.

Ainsi, la direction de Mifa tire de nouveau la sonnette d’alarme. «Le marché est en voie de destructuration. A terme, ce sont plus d’une centaine d’emplois qui sont menacés», martèle-t-il. Le paradoxe est que la demande reste très forte. Elle est estimée à 150 000 unités en 2008 et devrait passer au double en 2010.

Les constructeurs locaux n’entendent pas lâcher leur part du gâteau. Ils veulent au contraire la voir s’agrandir. Ce faisant, ils conviennent que les mesures dissuasives prises poussent à des pratiques à la limite de la légalité.

Le plus simple, selon eux, est que le contrôle aux frontières se fasse par le biais d’un rapprochement entre les certificats de dédouanement dont dispose l’administration des douanes et les statistiques de ventes des importateurs.

Pour eux, il est nécessaire d’encourager les importateurs à travailler dans la légalité par la baisse des coûts d’homologation, et, par ailleurs, de faciliter l’accès au permis.