10 000 emplois et 35 000 visiteurs par jour au port de Casablanca

Il rapporte 1 milliard de DH à l’ODEP
150 000 voyageurs y débarquent chaque année

Ses 35 quais voient accoster quotidiennement quelque 30 bâtiments.

En longeant le port, les seuls points de repère dont dispose le promeneur sont les fameuses portes. La principale étant la porte n° 1, située sur le prolongement du boulevard Houphouët Boigny (ex-Hansali et non moins ex-4e Zouave) mais il y a aussi les autres : la porte n° 2 qui mène au port de pêche et les 3,4 et 5, plus éloignées. Si ces accès, côté ville, ont une signification sentimentale ou géographique pour les Casablancais, ils ne correspondent réellement en rien à l’organisation du port lui-même. En effet, pour cet espace mythique et forcément réglementé car il ne faut pas oublier que c’est une frontière, l’aménagement répond à une autre logique qui, elle, est tournée vers l’océan d’où viennent les navires de tous horizons pour débarquer ou embarquer leurs marchandises.

L’ODEP y emploie 1 800 personnes
En y faisant un tour, le visiteur découvre, non sans surprise, un tout autre monde. Ainsi, en se pointant devant une des entrées du port, il est difficile d’imaginer qu’on est devant un espace de 605 ha et disposant de plus de 8 km de quais pour accueillir 35 bâtiments instantanément et recevoir leurs cargaisons (la moyenne d’accostage des bateaux est de 30 unités par jour). Et il arrive que des navires se pressent à l’entrée du port et, parfois, en surnombre, attendent leur tour pour accoster. Pas plus tard que le week-end dernier (12 et 13 novembre) par exemple, près de 2 000 voitures ont été débarquées en un court laps de temps. Sans compter le reste des marchandises qui transite par les cinq autres terminaux spécialisés dans la réception des céréales, des agrumes, des minerais ou encore de matières inflammables.
Il faut relever que le port, lien incontournable entre mer et terre, est un espace où la circulation est réglementée et pas seulement pour les piétons, voitures et camions. En effet, pour les navires, aussi, plusieurs conditions sont requises pour s’y mouvoir comme pour l’approcher. Dès la rade, un bâtiment doit impérativement porter un pavillon pour signaler sa nationalité réelle ou fiscale. Et puis, il faut qu’il déclare la nature de sa cargaison, ses caractéristiques… C’est que pour accoster, il faut lui réserver une place dans un des 6 terminaux (conteneurs, marchandises et degré de dangerosité…). Et puis, il faut lui trouver un pilote pour le guider dans un bassin dont, il faut le préciser, le tirant d’eau varie entre 6 et 12 mètres. Une fois arrimé aux bollards (ces grosses bittes d’amarrage dont le coût de l’unité est autour de 50 000 DH), un autre travail attend les employés du port pour en décharger la cargaison où l’y charger. C’est ce qui explique la présence des 1 785 employés de l’ODEP et les équipements disséminés sur les quais et aires d’entreposage. Parmi ces équipements, une vingtaine de caméras ne font pas le bonheur de tout le monde.

Casablanca traite 40% du trafic portuaire du Maroc, avec un accroissement de 10 à 11 % par an
A côté, chariots élévateurs, chariots cavaliers (on les appelle ainsi parce qu’ils sont mobiles), grues, portiques, tracteurs, ponton de grue… sont les moyens pour déplacer les cargaisons d’un endroit à un autre. Mais là aussi une précision s’impose, le personnel de l’ODEP n’est pas autorisé à travailler à l’intérieur des bâtiments amarrés au port. C’est là la mission des dockers et du personnel des sociétés de consignation et de stevedoring.
Quelques chiffres pour illustrer le poids de ce port : 21 millions de tonnes de marchandises y transitent chaque année (presque moitié import et moitié export) pour un chiffre d’affaires de près d’un milliard de DH rétribuant les services du maître-d’œuvre qui y officie et qui n’est autre que l’ODEP. Et puis, élément souvent oublié, le port est également un lieu de passage pour les voyageurs. Pas moins de 150 000 voyageurs y débarquent, notamment à travers les bateaux de croisière qui y font escale. Un chiffre en croissance de 20 % (contre 10 à 11 % pour les marchandises), à en croire les informations de l’ODEP. En fait, en dehors des employés des différentes administrations qui y sont représentées, la population qui circule dans le port est estimée à quelque 35 000 âmes par jour et on y évalue le nombre d’emplois créés à un effectif de 10 000 personnes. Ces chiffres ne prennent pas en compte le port de pêche (où circulerait au moins le double de la population estimée du port de commerce) et les allées et venues des embarcations de tout calibre qui y vaquent à leurs activités quotidiennes.
Dans cette énorme enceinte de 605 ha, y a-t-il des îlots incontrôlés où sont tapis des personnes suspectes comme les candidats au «hrig», entre autres activités illicites. Pour les responsables, qui reconnaissent l’impossibilité de se livrer à des contrôles d’identité quotidiens – exercice qu’ils estiment, de toutes les façons, contre-productif,- aucune activité réellement mafieuse n’est possible dans le port. Maintenant, des actions sont menées contre les candidats à l’émigration clandestine comme de mettre systématiquement les conteneurs porte contre porte. Pour le reste, un port restera toujours un lieu mystérieux se prêtant aux rêves de partance tout comme un aimant pour de petits commerces douteux , certes, mais c’est du menu fretin, sans risque ni pour la sécurité ni pour l’économie.