Mon patron ne veut plus me licencier

Je travaille depuis dix dans une entreprise sans aucun problème avec mon employeur. Chaque partie respecte ses obligations. Un jour, pour une affaire concernant mon père, j’ai dû solliciter la prestation d’un client de l’entreprise, démarche qui n’a pas plu a mon employeur. Le lendemain de ma visite chez le fameux client, mon employeur m’a licenciée verbalement. Dans l’après-midi, je me suis présentée au bureau accompagnée d’un huissier de justice pour constater le refus de me laisser rentrer dans mon bureau, et donc de mon licenciement. Toutefois, mon employeur n’a rien dit, et j’ai pu regagner mon poste sans aucune difficulté. Ma question est de savoir si je suis considérée comme licenciée ou non, et dans les deux cas, que me conseillez-vous de faire ?

Juridiquement, le Code du travail n’a exigé ni au moment du recrutement, ni au moment du licenciement un écrit. Et, partant, quand un employeur licencie verbalement un salarié, ce dernier est réputé licencié, et doit entreprendre ses actions auprès de l’inspecteur du travail qui tente de concilier entre les deux parties, en convoquant l’employeur ou celui qui le représente à une audience de conciliation, où les deux parties sont entendues et un PV en est dressé.

Il y a deux cas de figure. Le premier est que la conciliation peut aboutir au versement des indemnités prévues par le code du travail, notamment les dommages et intérêts et les indemnités légales de licenciement, ou au retour du salarié à son travail. Le second est qu’il n’y a aucun accord, et le salarié doit saisir le tribunal compétent.
Certes, le législateur a prévu des formalités ou une procédure légale de licenciement lorsque le salarié a commis une faute grave, à défaut le licenciement est réputé abusif, mais, dans votre cas, il s’agit manifestement d’un licenciement que l’employeur a regretté, puisqu’il est revenu sur sa décision (voir procédure légale de licenciement dans numéros précédents de La Vie éco).
En effet, si l’employeur a procédé à votre licenciement verbalement, le licenciement est consommé, et c’est à lui de prouver qu’il ne vous a pas licenciée, par exemple en vous adressant un courrier avec un accusé de réception, dans lequel il vous demande de regagner votre poste.
Dans votre cas, vous auriez dû informer l’inspecteur du travail de cet incident, le jour même. D’ailleurs, c’est le réflexe que tout salarié qui a un problème avec son employeur (en cas de licenciement) devrait avoir.

Mais toujours est-il que je vous conseille de formaliser, ne serait-ce que pas un courriel, l’incident du matin, en rappelant à votre employeur la décision qu’il a prise, ainsi que son inertie de l’après-midi. Ce courriel constituerait une preuve dans le futur, si jamais votre employeur commence à vous harceler et vous chercher la moindre faute pour vous licencier.
Désormais, votre comportement au quotidien devrait être exemplaire, et vous devriez observer minutieusement le règlement intérieur du travail, sur les horaires, vos obligations, vos relations avec vos collègues, etc., pour ne pas laisser l’occasion a votre employeur de prendre sa décision de licenciement.
Cet incident est censé aussi vous pousser à chercher du travail, et voir ce que vous valez sur le marché de l’emploi pour ne pas chômer longtemps si vous venez à être licenciée.