Sécurité routière au Maroc : Les routes toujours aussi meurtrières

En dix ans, le bilan des accidents s’est alourdi de 53%. Ce n’est pas faute d’avoir resserré les règles de conduite, d’avoir normalisé le contrôle technique ou d’avoir mis en place des campagnes de sensibilisation…

On peut se targuer d’avoir un ministère qui travaille d’arrache-pied pour réduire le nombre des accidents de la route à travers des plans de prévention, la refonte du code de la route…, d’avoir des organismes qui ne ménagent aucun effort pour sensibiliser tous les acteurs économiques à l’importance de palier le fléau des risques routiers, d’avoir institué le 18 Février Journée nationale de la prévention contre les accidents de la route et d’avoir aussi nombre d’intervenants publics ou privés, qui lancent des campagnes de sensibilisation…, sauf que les résultats tardent à se faire sentir. En plus clair, nos routes sont toujours aussi meurtrières. A  fin 2015, tous les indicateurs des accidents de la route ressortent en hausse. En effet, nos routes ont compté 78 864 accidents, en aggravation de près de 15% par rapport à une année auparavant. C’est-à-dire qu’en moyenne le pays enregistre plus de 1500 accidents par semaine. Pire encore, le nombre d’accidents mortels a augmenté de 7% pour atteindre 3167 contre une hausse de 15,2% des accidents non mortels à 75 697.  Pour ne rien arranger à la situation, le bilan des personnes tuées s’est alourdi également. 3565 personnes ont trouvé la mort en 2015, en hausse de 5,4%. De même, le nombre de blessés graves et légers est en augmentation. Alors que les premiers sont en croissance de 6,3% à 9957, les seconds, eux, sont en progression de 14,1% à 103 628. Le bilan de 2015 vient briser les espoirs d’un allègement des accidents de la route constaté deux années auparavant. Sur chacune de ces années, le nombre de décès a baissé de 8,7%. Pour leur part, les blessés graves ont reculé de 6,7% en 2013 et de 14,8% en 2014.

Des usagers «insensibles» à la sensibilisation

Bien des progrès ont été notés aussi bien au niveau du contrôle technique des véhicules qu’au niveau de l’état des routes. Rappelons que le Maroc figure parmi les pays qui disposent des meilleures infrastructures en Afrique du Nord et est classé 6e dans le monde arabe. Cependant, le bât blesse au niveau du comportement humain. Ce facteur reste la principale cause des accidents de la route. Le contrôle a été serré, les contraventions relevées, mais rien n’y fait. Le manque de respect du code de la route et l’incivisme des conducteurs, toutes catégories confondues, demeurent la source de cette calamité routière : excès de vitesse, inattention des piétons et des conducteurs, état d’ivresse, non-respect du stop et des feux rouges.

Vraisemblablement, les actions de sensibilisation n’arrivent pas à toucher les conducteurs, car en 2005, l’année lors de laquelle la journée du 18 Février a été instituée Journée nationale de la sécurité routière, ce sont les mêmes causes qui ont été à l’origine des accidents de la route. Ce qui reste encore plus déplorable, c’est qu’il n’a pas été enregistré d’évolution positive. En effet, sur 10 ans, le nombre d’accidents a même augmenté de 53% et le nombre de blessés légers s’est aggravé de 59%.

S’il y a un point positif à mettre à l’actif du bilan des accidents de la route, c’est bien le nombre de tués et des blessés graves. Il a affiché une contraction respectivement de 1,4% et de 17% sur 10 ans. Cette criminalité routière n’est décidément pas près de s’arrêter. Ce n’est pas une affaire des pouvoirs publics et autres organismes seulement. L’implication de tout un chacun et la prise de conscience de faire évoluer la situation est plus que jamais une affaire de tous.

Le projet de loi 116-14, modifiant et complétant la loi 52-05 portant sur le code de la route, a été finalement approuvé par la Chambre des représentants. Ce texte de loi, très attendu, a été mis en place en vue de rectifier les différents dysfonctionnements relevés auparavant et d’adapter ses dispositions au quotidien des conducteurs. Ainsi, certaines dispositions ont été resserrées et d’autres allégées. En effet, l’une des dispositions réglementaires concerne le retrait de permis. Il ne peut être confisqué que lors de la production d’un accident dans des circonstances graves comme la conduite en état d’ivresse, la fuite, l’usage de substances illicites… Parallèlement, les contraventions ont été réduites. Vous allez payer 300 DH si vous utilisez votre téléphone portable au lieu de 500 DH auparavant. De même, le stationnement interdit est passible d’une amende de 150 DH au lieu de 300 DH. Aussi, l’amende relative au non-respect d’un feu rouge a été ramenée à 400 DH au lieu de 700 DH. En face, le texte de loi prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et une amende de 10 000DH dans le cas où l’automobiliste refuse de se soumettre aux examens de dépistage de matière illicite, dont notamment l’alcootest.