Sécurité routière au Maroc : Le Maroc croit dur en sa stratégie de lutte contre les risques routiers

L’élément humain reste le 1er facteur causal de cette criminalité routière, avec une part qui pointe à 80%. 54% des victimes comptent parmi les piétons et les usagers des 2 roues en milieu urbain.

Le Maroc a enregistré bien des avancées dans tous les secteurs d’activité économique grâce à des politiques ciblées et à des stratégies bien définies. Mais, s’il y a bien un secteur où le Maroc n’arrive pas à se démarquer, c’est bien celui de la sécurité routière. Et ce n’est pas faute à l’implication de nombreux acteurs publics et privés. Plusieurs plans de prévention ont été mis en place, reconduits, améliorés… Toutefois, les résultats tardent à se faire sentir. Les accidents de la route au Maroc se font toujours nombreux, emportant sur leurs passages des vies et causant des drames familiaux … Bref, le coût socio-économique des accidents de la route se chiffre à environ 14 milliards de DH chaque année, ce qui représente près de 2% du PIB. 

Il faut dire cependant que cette hémorragie routière n’est pas le propre de notre  pays, plusieurs pays en souffrent, ceux à revenu faible et intermédiaire plus que ceux plus développés. D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé estime à 1,25 million de personnes le nombre de tués annuellement par les accidents de la route à travers le monde et entre 30 et 50 millions de blessés. Cela dit, certains pays ont réussi à réduire l’intensité de ce phénomène mondial en prônant des mesures draconiennes, mais aussi grâce à une prise de conscience collective de l’importance de limiter le coût socio-économique dudit phénomène. Au Maroc, l’ampleur des accidents de la route joue au yoyo. Après 3 années de baisse consécutive du nombre des accidents et partant de tués et de blessés, laissant penser une maîtrise de la situation, 2015 est venue briser tout espoir d’amélioration. En effet, le nombre d’accidents de la circulation est ressorti en hausse de 15%, le nombre de décès a augmenté de 5,4% et le bilan des blessés graves s’est alourdi de 6,3%. L’humain reste le 1er facteur causal de cette criminalité routière, avec une part qui pointe à 80%.

Si l’on se réfère au taux d’infraction des usagers de la route à fin août 2015 (dernières données disponibles), le non-respect du panneau Stop se place en tête des infractions enregistrées avec une part de 63%. Il est suivi par le non-port du casque avec 41,5%, le non-respect de la priorité de droite avec 40,5% et le non-port de la ceinture de sécurité avec 35%. Parallèlement, le non-respect de la priorité au carrefour giratoire et du feu tricolore représentent respectivement 29% et 15% du total des infractions relevées. L’utilisation du GSM au volant constitue, elle, 3,6% des infractions. Encore plus affligeant, sur les dix dernières années, cette calamité n’a fait qu’empirer. Le bilan décennal a fait état d’une aggravation des accidents de 53%. Il faut relativiser ces chiffres car, selon Benaceur Boulaajoul, secrétaire permanent du CNPAC, «la tendance de fond est baissière depuis 2004 grâce à la stratégie nationale de sécurité routière. 2015 ne constitue qu’un point d’inflexion qui ne contredit pas l’allègement de la sinistralité routière sur toute la décennie». Toujours est-il que les victimes se comptent par milliers et 54% d’entre eux sont des piétons et des usagers des deux-roues en milieu rural. Dans le périmètre urbain, cette part monte à 82%.

Pourtant, les mesures et plans de prévention ne manquent pas. Le pays est engagé depuis 2004 dans des stratégies visant la limitation des accidents de la route. Que ce soit à travers le CNPAC, agent marketteur de la stratégie du ministère de l’équipement et du transport ou autres acteurs comme ADM, bien des mesures ont été mises en place. La prochaine stratégie de sécurité routière, qui devrait s’étaler sur la décennie 2016-2025, cible 5 priorités, à savoir les piétons, les véhicules à 2 roues, les enfants de moins de 14 ans, les accidents impliquant un seul véhicule et les professionnels du poids lourd. A travers cette stratégie, le ministère s’est fixé comme objectif de ramener le nombre de décès à 1900 pour l’année 2025, soit une baisse de 50% sur toute la décennie à venir.