La BMCI ambitionne de devenir un acteur majeur de la finance durable

Youssef Dahioui Responsable de la RSE de la BMCI

• Comment la RSE participe à la création de valeur pour BMCI ?
La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) consiste en l’intégration par l’entreprise des préoccupations sociales et environnementales dans ses activités et ses relations avec ses parties prenantes. Elle permet à l’entreprise de contribuer au développement durable et d’avoir un impact positif sur la société tout en étant économiquement viable. La RSE contribue donc à la création d’une valeur plus inclusive pour l’ensemble des parties prenantes : clients, actionnaires, investisseurs, collaborateurs, partenaires et fournisseurs, collectivités, territoires et société civile. La RSE exige en effet un dialogue continu et une écoute attentive qui permettent de mieux comprendre les attentes clés des parties prenantes et les enjeux sur lesquels la stratégie de l’entreprise doit s’appuyer.

• Quel regard portez-vous sur la prise de conscience des entreprises marocaines quant à l’importance d’avoir une ligne de conduite RSE ?
La CGEM promeut la RSE depuis 2006 via son label RSE. L’AMMC a publié en 2019 la circulaire 03/19 qui impose aux sociétés cotées en bourse un reporting ESG annuel. Bank Al-Maghrib a publié en 2021 la directive 5/W/2021 qui préconise aux établissements financiers d’intégrer les risques climatiques et environnementaux dans le process de gestion des risques. Par ailleurs, le Maroc s’est engagé dans l’effort mondial de mise en œuvre des exigences de l’Accord de Paris et d’implémentation des 17 Objectifs du développement durable de l’agenda 2030. Plusieurs initiatives locales et plans stratégiques peuvent être cités comme la Stratégie nationale de développement durable (SNDD), le Plan climat national 2030 (PCN) ou le Nouveau modèle de développement. Ces événements et initiatives démontrent la forte prise de conscience par les institutions et régulateurs marocains sur la nécessité de mise en place d’une démarche axée sur le développement durable et alignée sur les pratiques saines et les best-practices. Par ailleurs, les conséquences du changement climatique sont de plus en plus visibles avec l’augmentation de la fréquence et de la sévérité des conditions météorologiques extrêmes. Tout cela ne fait que renforcer davantage l’éveil des consciences individuelles et collectives.

• Quelles sont les démarches RSE que vous avez implémentées au niveau de votre banque ?…
Le Groupe BNP Paribas a mis en place dès 2002 une démarche RSE, qui a été renforcée par la suite en 2010. Cette démarche se structure autour de 4 grands piliers : responsabilité économique, sociale, civique et environnementale. La BMCI a mis en place sa démarche RSE en 2012 sous la responsabilité de la Direction de la stratégie et de la qualité, qui a mis en place, dès 2013, un plan d’actions RSE, avec pour priorité de sensibiliser et d’impliquer les collaborateurs afin qu’ils puissent être acteurs à part entière de cette démarche. Il faut souligner qu’avant même la formalisation de la politique RSE, la BMCI a mis en place des actions allant dans le sens de la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise. Concernant la responsabilité civique, la Fondation BMCI, créée en 2008, regroupe l’ensemble des actions de soutien de la banque pour accompagner le développement socioéconomique au Maroc. La BMCI a également lancé son programme de bénévolat pour encourager les employés à s’impliquer de manière plus active dans l’associatif. Sur le plan de la responsabilité environnementale, la BMCI faisait déjà partie des entités soumises au reporting environnemental Groupe, qui permet d’auditer chaque année les indicateurs de consommations d’énergie, de papier, etc. En 2013, d’importants efforts ont été déployés dans le cadre du pilier Responsabilité économique, avec la mise en place de politiques sectorielles. En réalité, les différents piliers sont liés, car à travers les politiques sectorielles, l’impact environnemental de l’activité des entreprises est pris en compte. Un autre exemple d’action transversale concerne les achats responsables. En effet, l’engagement d’une entreprise en faveur d’une politique d’achat responsable est fondamental pour témoigner de la solidité de sa démarche RSE. Ainsi, la BMCI procède à l’intégration des critères RSE dans les appels d’offres, afin de prendre en compte l’impact des fournisseurs sur l’environnement, l’impact sur la santé et la sécurité des collaborateurs, ainsi que l’impact social et sociétal. En 2016, la BMCI a formalisé ses engagements RSE dans une charte RSE publiée sur son site institutionnel. En 2019, la BMCI a effectué sa première étude de matérialité à travers une enquête qui a touché des milliers de personnes représentant l’ensemble de ses parties prenantes. Cette étude a permis l’identification et la priorisation des enjeux les plus matériels.
Par ailleurs, la BMCI a été la 1ère banque à publier, en juillet 2020, un Rapport RSE 100% digital, interactif et aux normes internationales de reporting GRI. En juillet 2022, la BMCI a publié son 1er rapport intégré 2021 qui met en avant la démarche RSE de la banque, ses engagements, sa performance financière et extra-financière : https://rapport-integre.bmci.ma. A cet effet, la BMCI a reçu en 2022 le 2e prix du meilleur rapport de développement durable remis dans le cadre d’un concours annuel organisé par l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir, la Chaire en innovations et management durable à l’Université Mohammed VI, la Bourse de Casablanca et Finance Montréal. Cette distinction récompense les efforts entrepris par la banque pour aligner son reporting ESG aux meilleures normes et standards internationaux.
La BMCI est également évaluée annuellement par le cabinet Moody’s ESG sur sa performance extra-financière. Cette évaluation a permis à la BMCI d’intégrer l’indice boursier ESG10 qui rassemble les 10 meilleures entreprises cotées à la Bourse de Casablanca, en termes de performance RSE. La BMCI est également 2e banque et top 5 dans le classement Best Emerging Market Performers, de V.E Part of Moody’s ESG Solutions, qui rassemble les 100 meilleures entreprises sur un total de 843 entreprises de 31 pays tous secteurs confondus.
Tout cela fait partie intégrante de l’ambition de la BMCI de devenir un acteur majeur de la finance durable.

• …et au niveau des produits de financement ?
Signé en septembre 2018, la BMCI a lancé officiellement le programme Women In Business en décembre 2019. Cette ligne de financement de 15 millions d’euros pour améliorer l’accès au financement et au savoir-faire pour les femmes entrepreneuses. Le programme s’adresse aux PME dirigées par des femmes et combine financement et acompagnement sous forme de conseil, formation, coaching et networking.
En décembre 2021, la BMCI renouvelle son partenariat avec la BERD dans le cadre du Programme «GEFF Morocco» (Green Economy Financing Facility) ou MorGEFF, à hauteur de 25 millions d’euros. Ce dernier est un programme de la BERD dédié à l’efficacité énergétique, aux énergies renouvelables et à la gestion des ressources (eau, déchets, etc.). Le programme s’adresse aux entreprises privées engagées et combine financement par prêt ou leasing, accompagné d’une subvention de 10%. Les entreprises bénéficiaires de ce programme pourront profiter d’un financement, d’une subvention et d’une expertise technique pour assurer la viabilité de leurs projets. Les projets d’efficacité énergétique et d’énergie renouvelable financés par la BMCI dans le cadre de la 1ère ligne du GEFF Morocco permettent d’éviter l’émission de près de 8800 t CO2 eq annuellement.

• Selon vous, comment la RSE peut contribuer à rentabiliser les opérations d’une entreprise ?
La RSE contribue à l’amélioration de la performance opérationnelle grâce à l’implémentation des best-practices qui touchent à tous les volets (gouvernance, relation clientèle, gestion des ressources, contrôle interne, gestion du capital humain…). Par ailleurs, la RSE peut jouer le rôle de locomotive, étant en soi une démarche d’amélioration continue, et contribuant à une gestion meilleure et plus élargie des différents risques opérationnels, réputationnels et légaux. Ceci se répercute naturellement sur la résilience de l’entreprise, renforçant ainsi sa santé financière et sa rentabilité sur le long terme.