Zank’Art : satire d’utilité publique

La première édition du Festival international de théà¢tre de rue a eu lieu les 6 et 7 octobre à  Casablanca. Une bouffée d’oxygène pour les habitants du vieux centre-ville. A refaire absolument.

Beaumarchais doit se retourner dans sa tombe. De jubilation ! À Casablanca, une troupe de jeunes et sémillants comédiens a rendu un fier hommage à l’auteur du Barbier de Séville, en offrant aux passants du boulevard Hassan II d’ébouriffantes petites pièces de théâtre. De la légèreté sans sottise, des scènes fabuleuses de bouffonnerie, à mille lieues du ridicule et, cerise sur le décor, des messages grinçants, mordants ; de la satire comme il en faudrait des tonnes pour nourrir les esprits, forger les consciences.

Samedi dernier, donc, une Joutia fut dressée à la hâte sous l’ombre des immenses caoutchoutiers de la place Rachidi et sous les yeux ahuris des promeneurs, qui se demandaient ce que ce stand de petites culottes faisait-là. «Les marchands illégaux sont partout, maintenant !», s’est indigné un piéton, avant de réaliser qu’il ne s’agissait-là que de décors éphémères. Une demi-heure plus tard, les échanges extérieurs commencèrent et allèrent bon train durant une bonne heure. Une délégation du Languedoc-Roussillon arriva en grande fanfare à dos de tricycle, une délégation marocaine l’accueillit avec force acclamations, youyous et danses du ventre, lui refourgua toutes sortes de camelotes «antiracisme», «anti violence contre les femmes». On vendit même de la viande humaine, car «au Maroc, on a décidé de récupérer les chômeurs dont on n’avait de toute façon rien à faire et de les exporter sous forme de saucissons hallal», déclamaient les comédiens-bouchers sous les ovations des spectateurs.

Ré-enchanter les quartiers  

«Nos pièces portent un regard critique sur la société marocaine», affirme Imad Fijjaj, président de Zank’Art, qui rêve d’un Maroc fait de «citoyens», «d’individus autonomes». Son arme est le théâtre de rue, «un moyen d’expression pluri artistique, grand public, novateur et sans limites» : Le Marché de l’Humanité, formatage des citoyens, Le Caïd vous a dit ou Victimes de l’équipe nationale sont autant de pièces «expérimentales, périssables» qui lui permettent, avec ses compères de la Compagnie Terminus pour les Arts, de faire réfléchir les spectateurs, de les sortir de leur torpeur.

«Nous voulons surprendre et ouvrir l’imaginaire du passant. Faire apprécier, mettre en valeur et raconter des histoires extraordinaires dans notre décorum quotidien». Imad Fijjaj trouve que nos rues manquent de beauté, de poésie. «Notre but, c’est de changer la couleur de l’espace urbain, désert et monotone». La Compagnie Terminus a l’intention de sévir partout, d’embellir «les rues, les places, les gares, les parcs et les centres commerciaux». Ce serait bien, car le week-end dernier, la place Rachidi était belle à ravir.