Youssef Maaroufi : voyage au bout de la simplicité

Youssef Maaroufi troque sa ronflante routine d’agent commercial contre une vie d’aventures et d’inattendus. Son «Tour du Maroc à  vélo» commence en août prochain et a déjà  attiré 4 500 spectateurs attentifs sur les réseaux sociaux.

«Après la trentaine, les humains sombrent dans l’horreur», écrivait le Polonais Witold Gombrowicz dans son glaçant Ferdydurke (1937). Est-ce pour échapper à cette calamité que Youssef Maaroufi va enfourcher son vélo en août prochain ? C’est fort probable: «J’ai travaillé pendant huit ans dans un domaine que je n’aimais pas et je le regrette pleinement», confie ce jeune père de famille, qui tombe enfin sa chemise de commercial automobile désabusé et se prépare à parcourir, seul, plus de 5000 kilomètres en six mois. «Je voyage pour découvrir mon pays, rencontrer les gens, manger avec eux, dormir chez eux et apprendre d’eux», écrit-il sur la page Facebook créée pour l’occasion: «Youssef Maaroufi fait le tour du Maroc à vélo», déjà forte de 4500 fans.  

Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Quelqu’un, plutôt ? «L’été dernier, alors que je faisais des recherches sur des voyages et des globes-trotters inspirants, je suis tombé sur l’histoire d’Anass Yakine, ce jeune homme qui fait le tour du Maroc à pied. Je suis allé à sa rencontre alors qu’il se trouvait à Tamaris». Autour d’un café en bord de mer, ils parlent beaucoup, passionnément, «jusqu’à quatre heures du matin!», du sens de la vie, du «vrai» bonheur, de ce vieil homme rencontré par Anass dans la région de Dakhla, reclus depuis tant d’années dans sa grotte qu’il ne trouvait plus utile d’avoir une identité: «Vous, dans votre société, avez besoin d’un nom, d’un prénom, d’une carte d’identité, d’un compte en banque», disait-il. «Je vous avoue que j’ai pleuré en entendant cette histoire. J’ai senti et j’ai compris la réaction de cette personne qui a trouvé la paix loin de nous», soupire Youssef.

Loin de nos vies de zombies ultraconnectés, de nos agendas électroniques, de nos cadences folles, de nos ambitions pharaoniques, futiles, de nos miasmes impurs. Youssef Maaroufi aime bien citer son autre aventurier préféré, Christopher McCandless, celui qui a inspiré Into the Wild, le roman par Jon Krakauer puis le film, par Sean Penn. «La carrière est une invention du XXIe siècle et je n’en veux pas», soutenait l’Américain. Sa carrière, Youssef voudrait la troquer contre des choses plus simples, plus authentiques : «Se faire plaisir à chaque instant, aider les gens, apprécier le partage, se consacrer à des trucs qu’on aime et en faire un métier». Cyniques et railleurs s’abstenir.

5 000 kilomètres en six mois

Youssef Maaroufi rêve de devenir globe-trotter et documentariste. Il espère aussi créer une association qui fait la promotion du «voyage responsable, alternatif, du tourisme durable». Et qui dit voyage responsable, dit moyens de locomotion peu énergivores. «J’ai opté pour le vélo car c’est un moyen de transport écolo, peu polluant et bruyant. Ça permet aussi de voyager différemment, d’être plus proche de la nature, des paysages, de faciliter les rencontres avec les gens». Et la famille, dans tout cela? Car Youssef Maaroufi est marié et père de deux jeunes enfants. «Mon épouse et moi partageons la même vision de la vie, nous voulons tous deux vivre autrement, plus simplement. Nous militons pour la même cause. J’aurais adoré qu’elle partage aussi ce voyage avec moi mais ses études l’en empêchent. Nous avons, cela dit, un projet de voyage en famille que nous ferons, je l’espère, en 2016». En attendant, Youssef devra réussir son premier périple, ce tour du Maroc cycliste, qu’il vit comme une renaissance. «Pour moi, ce voyage, c’est s’inscrire dans une école qui s’appelle la vie, vivre l’expérience humaine, toucher les gens, accompagner leur vécu, se faire du plaisir, me découvrir» .

*Pour suivre le périple, tapez «Youssef Maaroufi fait le tour du Maroc à vélo» sur Facebook.