What a wonderful job !

Le 2 février dernier au B-Rock, La Compagnie Terminus des arts a donné son adaptation toute en Darija de «l’Ours» d’Anton Tchekov. Hilarant !

Qu’est-ce qui pourrait bien faire sortir un Casablancais de chez lui par un morne dimanche soir ? Qu’est-ce qui mérite donc que l’on se sépare de ses doubles chaussettes – triple couverture et que l’on traverse le brouillard, le froid et la lassitude d’une corniche presque déserte : une plaisanterie de Tchekhov ? Qui s’y risquerait ? Un Ours en plus, même flânant sur Aïn Diab, n’est pas un spectacle bien impressionnant. Qu’on se le dise, l’hiver ne se prête qu’à l’hibernation, surtout par cette humeur houleuse d’une mer qui ne se gêne pas pour faire son cinéma.

Et pourtant, ceux qui se sont laissés séduire par l’idée d’une pièce de théâtre au B-rock n’avaient pas tort. «What a Wonderful World» n’avait rien d’une adaptation classique de la Plaisanterie de L’Ours. Tchekhov n’aurait certainement pas compris un traître mot des sorties hilarantes du paysan Al Moukhtar, alias Grigori Stépanovitch, né Mouhcine Malzi. Devant lui, Elena Ivanova Popova, qui devient Déborah Oshra Hayoune (Line Guellati), riche héritière juive, n’en saisissait pas plus. Entre l’Ours et elle, s’est ajoutée la barrière de la langue qui a permis au valet (Yassine Sekkal) de tenter quelques viles magouilles.

Imad Fijjaj, jeune metteur en scène, a fait de la plaisanterie de Chekhov un spectacle loufoque, d’autant plus vivant qu’il a impliqué le public, considéré comme assistance pour les funérailles de M. Hayoune. Rappelons que la compagnie Terminus des arts est spécialisée dans les arts de la rue, d’où sa grande aptitude à l’adaptation au lieu, au décor et au public. L’espace du B-rock n’avait donc rien à envier aux salles équipées des théâtres nationaux.

Dans cette belle adaptation, l’on était charmé par un jeu fluide qui ne tombait pas dans l’excès ou dans la caricature du paysan. Avec quelques drôleries bien attendues et un beau duel au ralenti sur le fond musical de What a Wonderful World, impossible d’échapper aux courbatures zygomatiques. Que c’est bon de rire lorsque l’on ne s’y attend pas !
Le public, fait essentiellement de jeunes comédiens issus de troupes de théâtre et de quelques artistes, n’aura pas regretté ce déplacement la veille d’un joyeux lundi, ni les cinquante dirhams symboliques du ticket d’entrée. Tout cela pour dire que les absents ont toujours tort.