Vision glaçante d’un possible futur

Avec l’affaire Prism, la réalité frôle dangereusement la célèbre fiction de George Orwell, 1984.

Extrait :

«Le monde est stable, à présent. Les gens sont heureux ; ils obtiennent ce qu’ils veulent, ils ne veulent jamais ce qu’ils ne peuvent obtenir. Ils sont à l’aise ; ils sont en sécurité ; ils ne sont jamais malades ; ils n’ont pas peur de la mort ; ils sont dans une sereine ignorance des passions et de la vieillesse ; ils ne sont encombrés de nuls pères ni mères ; ils n’ont pas d’épouses, pas d’enfants, pas d’amants, au sujet desquels ils pourraient éprouver des émotions violentes ; ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils le doivent».

En quelques mots :

Dans Le meilleur des mondes, imaginé par Aldous Huxley il y a près d’un siècle, l’humanité telle que nous la connaissons aujourd’hui a laissé la place à un État Mondial qui dirige et contrôle l’être humain depuis sa conception jusqu’à son emploi, sa place au sein de la société, son entourage et l’essence même de sa vie. Il n’existe plus de reproduction sexuée, les bébés-éprouvette sont légion et représentent l’élite de cette nouvelle civilisation. L’humain est désormais «produit» selon les besoins, un nouveau système de «castes» permet d’affecter chacun au niveau hiérarchique et à l’emploi qui lui sont propres. Plus de livres, plus de Dieu, plus de famille, plus d’amour ; mais une société aseptisée où les esclaves pensent être libres et où la dictature revêt l’apparence de la démocratie, tandis que la consommation et le divertissement sont la nouvelle religion.
Mais non loin de là, les «sauvages» continuent de vivre selon des préceptes anciens, regroupés dans des réserves entourées de clôtures électrifiées. Lorsque deux employés du centre d’incubation des fœtus décident de s’offrir une petite virée dans l’une de ses réserves, leur rencontre avec les «sauvages» changera le cours de l’histoire…

L’auteur :

Écrivain britannique né en 1894, Aldous Huxley est issu d’une famille de scientifiques de renom. Rendu quasi aveugle à l’âge de 17 ans à cause d’une maladie des yeux, il est contraint d’abandonner les études scientifiques dont il rêve et s’oriente alors vers la littérature. Le Meilleur des mondes, son livre le plus connu, a été écrit en 4 mois. 25 ans plus tard, il lui donne une suite sous forme d’essai : Retour au meilleur des mondes (1958, Pocket).

Ce qu’en pense «La Vie éco» :

Avec l’affaire Prism, la réalité frôle dangereusement la célèbre fiction de George Orwell, 1984. Comment ne pas penser en effet à l’envahissant, à l’omniprésent Big Brother depuis qu’on connaît l’ampleur de la surveillance des télécommunications et d’Internet par les États-Unis ? Et comment ne pas songer au Meilleur des mondes, cet autre chef-d’œuvre d’anticipation, qui montre la mainmise de la société de consommation et du divertissement sur les esprits ? L’humanité se dirige peut-être déjà vers l’enfer saturé de plaisirs et dépouillé de sensibilité, d’intelligence que nous décrivait Huxley dès 1932…

«Le Meilleur des mondes», Aldous Huxley, Edition Pocket, 320 pages, 60 DH.