Va et vient : pérégrinations casablancaises

La galerie 121 de l’Institut Français de Casablanca accueille l’exposition «Va et vient» du bédéiste français Simon Lamouret et du photographe et auteur Youssef Lahrichi. Fruit d’une résidence artistique de six semaines, l’exposition explore la ville et la part de l’autre.

Une ville est-ce ses monuments et son architecture ? Ses bouchons et son capharnaüm ? Ses gens et leurs histoires ? «Tout cela à la fois», nous apprennent les deux artistes, complices de l’exposition «Va et vient». Sur les murs de la galerie 121, de l’Institut Français de Casablanca, les dessins du bédéiste français, Simon Lamouret, côtoient les textes de l’auteur et metteur en scène, Youssef Lahrichi, jusqu’au 31 juillet.

Nées de visites simultanées ou différées, les créations des deux artistes interpellent et invitent à la réflexion sur l’ordinaire, l’identité, la vie des gens, ces autres que l’on croise sans connaître, ainsi que la ville que l’on traverse de bout en bout, sans la regarder, sinon avec des yeux embués de tourments intérieurs. Casablanca, dans «Va et vient», rend hommage à la ville et à l’altérité.

Si Youssef Lahrichi est un habitant de Casablanca, il n’en a pas moins été surpris de découvrir sa ville, à partir du point de vue de Simon Lamouret, invité toulousain pour un projet de résidence à l’Institut Français de Casablanca. Ce dernier, muni de feutres posca, s’est lancé en premier en errance dans les rues de la métropole. Sans programme qui puisse lui faire perdre la spontanéité de ses rencontres ou ce rapport intuitif au dessin, il s’est laissé aller à une découverte au feeling.

Casa en couleurs

«J’ai saisi la chance d’être en résidence et d’avoir carte blanche pour croquer ce qui se présentait à moi. Par la suite, je suis allé dans des quartiers dont on m’a parlé ou dans des lieux désignés par Youssef et que je n’aurais peut-être pas remarqués en premier lieu», explique le bédéiste. Et d’ajouter : «Le quartier qui m’a séduit immédiatement c’est Mers-sultan. Il dégage, pour moi, un tel anachronisme avec ses éléments de la culture française qui, après l’Indépendance, ont pris une autre direction. C’est comme si j’avais une vision en miroir de la France que je n’ai pas connue». Et c’est un Casablanca coloré, tout en nuances et lumières, que l’on découvre étonnamment dans ses dessins. «Beaucoup de casablancais s’étonnent de tant de couleurs. C’est une remarque que l’on m’a faite plusieurs fois. Je suppose que l’œil habitué ne relève plus certains aspects du quotidien. Mais, oui, Casablanca c’est très coloré et très lumineux», affirme le bédéiste.

La vie des autres

«C’était très intéressant d’attendre les dessins de Simon, chaque soir. Je découvrais des lieux que je n’aurais jamais reconnus et qui ne m’auraient peut-être jamais interpelé. Et comme on s’était tout de suite mis d’accord sur la nécessité de donner la parole aux autres, je me rendais sur ces mêmes lieux, pour recueillir des histoires locales», raconte Youssef Lahrichi. Ce fut un challenge pour l’auteur, dont l’activité parallèle de comédien ne prévient pas la timidité. Mais, à Casablanca, «les gens se livrent d’une facilité déconcertante. Ce qui au départ devait être un entretien simple à la recherche de la bonne histoire s’est transformé en confidences mutuelles auxquelles je ne m’attendais pas du tout», continue l’artiste. Onze petits textes, plein d’anecdotes, d’absurde et hauts en émotions, en sont sortis.

De son côté, Simon Lamouret s’est également exprimé en texte pour raconter des histoires qui l’ont particulièrement marqué. «Les gens très ouverts à la discussion avec des points de vue très marqués sur la ville. J’ai discuté avec des nostalgiques qui regrettent le Casablanca européen, qui dénoncent l’explosion démographique et ce qu’elle apporte comme population rurale. Mais il y a aussi un fort discours de classe qui oppose les habitants des quartiers populaires aux riches», ajoute le bédéiste.

De cette expérience, les deux artistes ont tous les deux retenu des éléments récurrents, essentiels. «Bien que l’on ait cette réputation d’hospitalité, l’on est toujours surpris par la générosité de parfaits inconnus, même dans la grande ville rongée par l’individualisme», souligne Youssef Lahrichi. «Bien que le rythme ne soit pas évident, je pense que Ramadan est un mois où l’on ouvre sa porte beaucoup plus facilement. Tant de gens m’ont ouvert naturellement les portes de leurs maisons, leur intimité. Partout où je suis passé à Casablanca, j’ai été accueilli avec beaucoup de bienveillance», confirme Simon Lamouret.