Une rentrée chez les Français

Que nous réserve cette rentrée littéraire hexagonale ? Une quantité phénoménale de nouveaux livres, peu d’illustres auteurs, beaucoup de premiers romans à  découvrir… Sélection.

Savourons, comme chaque année, le banquet littéraire par procuration… Incrustons-nous gaillardement à cette prodigieuse fête des livres, n’attendons surtout pas que cela arrive chez nous (Nos arrière-petits-enfants connaîtront peut-être de telles réjouissances dans un siècle ou deux…). Plutôt que de nous lamenter, profitons de la «rentrée littéraire», ce phénomène très hexagonal de parutions massives, pour nous abreuver de fraîche littérature ! Cette année, «à peine» cinq-cents cinquante-cinq nouveaux livres se bousculent sur les rayons des libraires – contre plus de six-cents en 2012. Que lire, à présent, dans ce gigantesque fouillis littéraire? Voici quelques petites suggestions.

«L’extraordinaire voyage du Fakir qui était coincé dans une armoire Ikea» de Romain Puértolas

Extrait : «Gustave en avait eu des requêtes insolites, mais celle-là décrochait le coquetier. Si ce gars-là venait vraiment d’Inde, alors il avait payé une petite fortune et passé huit heures dans un avion, tout cela dans le seul but de venir acheter des étagères Billy ou un fauteuil Poäng. Chapeau !»

Un Fakir légèrement brigand sur les bords, fraîchement débarqué d’Inde, se dirige vers le premier Ikea parisien pour acheter un lit à clous… Et décide de s’y installer, d’y dormir dans une armoire, d’y tomber amoureux d’une merveilleuse jeune femme…
S’ensuit un voyage délirant et jubilatoire en camion… A 37 ans, le Français Romain Puértolas signe un premier roman désopilant, l’une des rares bouffées d’air frais de cette rentrée, émaillée de livres aux intitulés aussi effrayants que Le Chemin des morts, Toute la noirceur du monde ou encore Autopsie des ombres…

«Les anges meurent de nos blessures» de Yasmina Khadra

Extrait : «Rien n’est tout à fait acquis, et aucune misère n’est insurmontable. La belle vie, c’est du bluff. On rigole en se mentant, on se la coule douce en sombrant, et on se fout des autres comme on se fout de soi. Mais la dèche, c’est du sérieux. Tu en prends plein la gueule, et ça te tient en éveil. Si tu dis pouce ! Personne ne t’entend. Tu apprends à ne compter que sur toi».
C’est l’histoire de Turambo, natif de l’Algérie coloniale des années 1920, peu gâté par la vie mais doté de deux atouts majeurs : sa candeur extraordinaire lui ouvre le cœur des femmes et son poing gauche, d’une rare puissance, celui de la boxe française. Yasmina Khadra décrit ici un destin peu commun, de la pénible ascension à la chute vertigineuse. «Le parcours obstiné d’un homme qui n’aura jamais cessé de rester fidèle à ses principes, écrit l’éditeur, et qui ne souhaitait rien de plus, au fond, que maîtriser son destin».

«Canada» de Richard Ford

Extrait : «Là commençait sans doute la frontière. Je ne savais pas ce qui nous attendait. ‘‘À quoi tu penses ?’’, m’a demandé Mildred. J’ai levé les yeux vers le ciel, au-dessus du Canada. Personne ne m’avait jamais posé cette question de but en blanc. Dans notre famille, ce que Berner et moi pensions n’avait pas d’importance, et pourtant on réfléchissait constamment. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Voilà les mots qui me venaient en silence, voilà ce à quoi je pensais».

C’est l’un des événements de cette rentrée littéraire. Le septième roman de l’Américain Richard Ford raconte le quotidien monocorde d’une banale famille de la classe moyenne étatsunienne, surendettée mais propriétaire, sans horizons, sans histoires… Enfin, jusqu’au jour où les Parsons décident de commettre l’acte le plus palpitant, le plus fou de leur vie : braquer une banque. Qu’adviendra-t-il des jumeaux Dell et Berner après l’arrestation de leurs parents ? Un roman grave et poignant sur l’Amérique profonde des années 1960.