Une petite promenade artistique pour égayer vos week-ends

Dessine-moi un visage «My Face is a Word», exposition de Zakaria Ramhani. Et la lumière fut «Metamorphosis», exposition de Faten Safieddine. Bienvenue en Warholie «Pop Corn», exposition de Monia Abdelali. Fluxus revival Exposition de Joseph Beuys.

Dessine-moi un visage «My Face is a Word», exposition de Zakaria Ramhani

Vous en lirez, des choses, sur les visages caméléonesques de Zakaria Ramhani. Ouvrez grand votre œil le plus acéré, armez-vous d’une bonne loupe grossissante, ce serait dommage de s’emmêler les pinceaux devant ces grandes huiles sur toile. D’y confondre, je ne sais pas, la malice et la sournoiserie, de s’y attarder sur la mélancolie, la rage, la résignation ; d’y manquer les bribes de jubilation, d’allégresse, car elles se cachent bien, les bougresses. La calligraphie se dérobe aussi à vos yeux pourtant bien écarquillés. Mais vous finirez par la repérer, vous réaliserez que ce qui anime ces faces mobiles, ces expressions volubiles, ce ne sont pas seulement des coups de pinceaux mais un magma de lettres arabes.

«Je ne fais pas des peintures, j’écris des portraits», assure l’artiste tangérois de vingt-neuf ans, installé à Montréal, déjà passablement exposé dans le monde : Art Dubaï, The Barbican Gallery à Londres, et depuis quelques jours à l’Institut du Monde Arabe de Paris, dans le cadre de l’exposition «25 années de créativité arabe» qui dure jusqu’au 3 février 2013. «Parmi les dix meilleurs artistes au monde de moins de trente ans, selon Art Price, le site spécialisé dans la cotation des artistes», clame fièrement le galeriste casablancais.

À contempler jusqu’au 2 novembre à l’Atelier 21. Adresse : 21, rue Abou Mahassine Arrouyani (Ex-rue Boissy d’Anglas) Casablanca. http://www.atelier21.ma`

Et la lumière fut «Metamorphosis», exposition de Faten Safieddine

Fiat lux ! À la Galerie Nadar, Faten Safieddine tutoie les dieux et façonne ses cieux, sous l’œil béat, larmoyant des critiques. «Son travail évoque la pure lumière des commencements, avant qu’elle ne se soit condensée en formes, en galaxies, en soleils et en planètes», écrit Jesus Greus, en pâmoison devant les fragiles, les graciles échafaudages d’ombres et de lumière de l’artiste d’origine libanaise. D’une série de photographies poétiquement baptisées Diaphanês jaillissent de vaporeuses, d’énigmatiques formes brunes : seins palpitants, corps tournoyants de danseuses ? Feuillages flottant dans l’éther ? Formée à Beyrouth, Paris, Florence, New York, Assilah, Safieddine a depuis toujours été hantée par ces ombres qui serpentent sur les arbres, les murs, les vitres et qu’enfant, elle n’arrivait pas à happer, à dompter. Aujourd’hui, l’imaginaire de Faten Safieddine est toujours embrasé par cette chose évanescente, énigmatique. A-t-elle fini par l’attraper ? Presque, nous dit Pierre-André Dupire. «Des profondeurs ténébreuses émergent des voiles miroitants qui semblent avoir pris au piège l’insaisissable même», promet le mari et fervent adorateur.

Des photographies et installations vidéos à sonder jusqu’au 10 novembre à la Galerie Nadar. Adresse : 5, rue Al Manaziz, Maârif, Casablanca.

 

Bienvenue en Warholie «Pop Corn», exposition de Monia Abdelali

«Je suis arabe, musulmane, africaine, tiers-mondiste et de sexe féminin. C’est le défi le plus extraordinaire qui ait été proposé à l’homme», s’exclame Monia Abdelali, mi-émerveillée, mi-consternée. Atypique ? Intégralement. Si vous nourrissez encore quelques doutes là-dessus, je vous remets une deuxième louche de cette charmante truculence, une toute petite, allez : «Je fais partie de ces millions d’anonymes qui réussissent quotidiennement le pari incroyable de passer alternativement et continuellement du XVe au XXIe siècle ».
De quelle couleur est l’ironie ? Gris sombre ? Bleu profond ? Noir charbon ? Faux, archifaux, vous jure Monia Abdelali dont le sarcasme ressemble à un jovial paquet de lessive ou à un exemplaire de Super Picsou Géant. Que voit-on sur ces peintures colorées, chatoyantes, acidulées ? Des Wonder Woman, par exemple, naviguant toutes voiles dehors sur un radeau siglé Coca-Cola. Éloge de la femme libre, indépendante ? Satire de cette même «Working girl» débarrassée du joug masculin et obéissant aveuglément à la Déesse Consommation ? «Les œuvres de Monia Abdelali sont une succession de situations facétieuses où, usant instinctivement d’une palette primaire et brute, elle dénonce sans pour autant juger notre décalage sociétal et émotionnel», expliquent les promoteurs de l’exposition «Pop Corn».

À grignoter à la Galerie Shart jusqu’au 17 novembre. Adresse : 12, rue El Jihani, Racine, Casablanca. www.galerie-shart.ma.

 

Fluxus revival Exposition de Joseph Beuys

C’est un parcours singulier qui nous est conté à Venise Cadre ce mois-ci. Celui de Joseph Beuys, sculpteur allemand décédé en 1986 et présenté par le galeriste casablancais comme «l’un des principaux protagonistes et avant-gardistes de l’art contemporain». Membre du mouvement Fluxus qui, dans les années 1960, rêvait d’anéantir les frontières entre les arts, cet artiste a tout expérimenté ou presque : le dessin, la sculpture, l’art vidéo… «Il invente une œuvre d’art total qui inclut sa vie, son travail et sa place d’homme dans la société. L’artiste utilise des matériaux variés et rarement utilisés dans la création artistique : la graisse, la terre, le sang, le soufre, le bois, etc. Plus de 150 œuvres ont été créées entre 1969 et 1985, représentées dans l’exposition Beuys», vante la galerie.
Mais d’où vient la fascination de Beuys pour des matériaux aussi peu communs ? La légende nous fait remonter jusqu’à la Seconde Guerre mondiale : Beuys, à l’époque pilote de l’armée de l’air allemande, se serait crashé en Crimée et aurait été recueilli par des nomades tatares qui le nourrirent de miel et le recouvrirent de graisse et de feutre. Un accident déterminant dans la vie et la carrière artistique de cet homme très engagé en faveur de l’écologie.

À méditer jusqu’au 3 novembre à la Galerie Venise Cadre. Adresse : 25, Boulevard Moulay Rachid, Quartier Anfa, Casablanca.