Une nuit à l’Uzine : l’amour aux tons berbères

Se tient tout au long du mois sacré, la deuxième édition de «Chbe3 Fen f’Remdan» à l’Uzine. Le 11 juin, c’est un ciné-concert, avec le réalisateur Kamal Hachkar et la diva amazigh Hadda Ouâakki, qui a animé les lieux.

Dimanche 11 juin. La route vers Aïn Sebaâ est déserte, à l’heure où les prières des taraouih alignent des foules partout ailleurs. D’aucuns, préférant d’autres communions autrement spirituelles, se sont retrouvés une heure ou deux après le ftour dans le complexe culturel de l’Uzine.

Au programme de la soirée, une projection de films en préambule à un concert d’une diva amazighe. C’est que l’Uzine a donné carte blanche pour cette deuxième édition de «Chbe3 fen f’Remdan» aux femmes gardiennes du patrimoine. Et après un fracassant concert de la prêtresse de la aïta, Fatima Mergoum, voici venu le tour de Hadda Ouâakki, l’une des dernières divas de son époque. Verdict: époustouflant !

L’amour en berbère

«Tayri», nous corrigera le collectionneur invétéré de la musique amazigh, intervenant dans le film de Hachkar. C’est dire la légèreté et la profondeur du mot amour en amazigh. Diffusé en février dernier, «Tassanou Tayrinou» est un road trip sur les traces de l’amour dans la culture et les chants berbères. Dans ce voyage au bout des sens, on retrouve l’empreinte de Mririda, femme libre et poétesse impétueuse, par là même affublée de mauvaise réputation. Pourtant, pas un foyer n’ignore ses chants transmis oralement, même si le plus gros de son œuvre connue aujourd’hui a été traduit du français, à partir des traductions de l’instituteur français René Euloge.

Mais pour Kamal Hachkar, ceci n’est que le prétexte pour faire parler jeunes et vieux de l’amour et de ses nombreuses expressions.

Le chant de la poétesse

Les rituels de «drague», les rencontres clandestines, les chants d’amour: tout cela transparaît comme une évidence dans des microsociétés si lointaines de cette pimpante modernité. Malgré cela, Kamal Hachkar tient à tirer la sonnette d’alarme sur le conservatisme rampant qui fait culpabiliser les gens de chanter l’amour et les somme d’implorer Dieu dans les incantations sans âme.

Lorsque Hadda Ouâakki fait son apparition dans le film de Kamal Hachkar, lorsqu’elle déambule avec l’actrice Fatima Attif en chantonnant dans des rues étroites, c’est en conquérante accomplie, ayant mérité la liberté qu’elle célèbre. Elle qui a commencé sa carrière artistique en 1969 avec le célèbre chanteur amazigh Bennasser Oukhouya pour former un duo en or de la musique du Moyen-Atlas, se rappelle sa fuite à 15 ans, de la maison d’un mari octogénaire. Depuis, sa vie n’est que poursuite de la liberté…

Cette liberté, Hadda Ouâakki l’a senti emplir la salle de l’Uzine où un public décontracté, jeune et pour le moins hétérogène, s’en est remis à ses chants. Passant d’un aigu vertigineux à un grave redoutable, Hadda Ouâkki a assommé quelques rockeurs pris de transe, avant de reprendre la route avec la troupe dans leur petit vanne vintage. Le programme de l’Uzine se poursuit encore avec la pièce de  théâtre «Ophélie n’est pas morte», de Nabyl Lahlou, vendredi 16 juin, puis «L’Inspecteur», de la compagnie Dabateatr, vendredi 23 juin. Côté musique, c’est Touria Hadraoui qui animera la soirée de dimanche 18 juin et Bnat Timbuktu, la semaine d’après. Il restera le film Wadjda, de Haifaa Al Mansour (Arabie Saoudite), pour boucler le cycle cinéma, le 17 juin