Un Marocain de cÅ“ur sur la scène du Bouregreg

La salsa est son savoir, l’Afrique son cÅ“ur battant et la passion son moteur. Yuri Buenaventura nous a accordé une petite interview avant sa fulgurante prestation sur la scène du Bouregreg.

Vous avez porté la salsa à l’international, vous avez fait des reprises magistrales sur ses rythmes, vous vous êtes lancé dans des aventures improbables en la mélangeant à des genres tel que le raï. Les puristes de la salsa vous en veulent-ils ?

Je crois que c’est plutôt le contraire. La colonne vertébrale de la salsa c’est le tambour africain. Et tant qu’on préserve la colonne vertébrale, la musique est sauvée. Même si le partenaire bouge, tu restes solide comme le mât d’un bateau. Je pense qu’il ne faut pas se renfermer sur soi. Sinon, c’est la mort.

On dit que la grande musique naît des grandes souffrances… Est-ce le cas de la musique colombienne, avec tous les remous par lesquels passe le pays ?

Aussi bizarre que ça puisse paraître, non ! Ce que vous dites est très vrai pour les trois composantes qui ont donné vie à la salsa, à savoir la musique noire, l’amérindienne et celle de l’Européen marginal, venu en Amérique pour atterrir dans la jungle. Pourtant, de ces trois musiques nostalgiques est émanée la salsa festive et joyeuse, transcendant la blessure pour répandre la bonne humeur et faire danser.

Vous avez parlé du Maroc en termes très élogieux lors de la conférence de presse…

En effet ! Je vois le Maroc comme un bel enfant qui grandit à vue d’œil. Vous ne le voyez peut-être pas parce que vous êtes dedans, mais moi qui viens au Maroc depuis 15 ans, je sens ses énergies positives, à la façon dont les gens évoluent, à la manière dont les femmes prennent les devants… Je vois le Maroc tel un pont entre Orient et Occident. Je lui souhaite de trouver cette liberté que nous avons en Amérique latine pour mieux vivre ensemble.

Que nous faut-il pour y arriver ?

Il faut du temps. Laissez faire le temps…