«Trois lettres de Sarajevo, pour vivre ensemble»

Lui, c’est le compositeur de musique balkanique le plus doué de sa génération. Le Serbo-croate Goran Bregovic a joué le 20 avril à l’hippodrome d’Anfa à l’occasion de la onzième édition du Jazzablanca.

Souvent dans vos interviews, vous parlez de fuite. De quelle fuite s’agit-il ? De celle, physique, qui vous a porté loin de Sarajevo ou d’une fuite métaphorique par le biais de la musique ?

Je suis né dans un pays qui traîne une histoire terrible, qui finit pour mieux recommencer. Une guerre qui se répète entre catholiques orthodoxes et musulmans. Alors parfois, lorsque vous pensez à vos enfants, il vaut mieux quitter. J’ai eu la chance de m’être exilé à Paris qui a cette tradition de recevoir des musiciens russes, des écrivains scandinaves, des peintres espagnols, des politiques africains, etc. C’était pour moi une chance de recommencer une deuxième fois. L’exil permet d’avoir du recul pour mieux voir les choses.

Grâce à vous, la musique balkanique s’est fait un nom et une place en Europe de l’ouest et dans le monde ? Pensez-vous qu’elle suscite toujours le même engouement ou était-ce juste un effet de mode ?

Au début, ma musique n’intéressait que les jeunes intellos. Maintenant, c’est un peu sorti dehors. Vous savez, le cuivre gitan est un peu comme les débuts du punk, cela apporte la folie. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, tout le monde est devenu un peu Balkan, recherchant la folie…

Vous avez collaboré avec de grands noms de la chanson et de la musique de par le monde. Quel est l’artiste qui vous a le plus marqué ?

A vrai dire, durant toute ma carrière, j’ai eu la chance de collaborer avec les artistes à qui j’aurais pu demander un autographe. Il y a deux jours, j’ai fini d’enregistrer deux chansons avec Rachid Taha. C’est un personnage formidable, dont j’ai toujours été fan. C’est quelqu’un de très engagé et j’espère que nos deux chansons vont plaire.

Lorsqu’on écoute votre musique d’ailleurs, on y reconnaît un peu des airs orientaux arabes. Est-ce cela qui vous a amené à collaborer avec Rachid Taha ?

En fait, j’ai noté l’usage du violon dans les différentes cultures monothéistes, que ce soit le juif qui joue son Klezmer, le chrétien qui joue sa musique classique ou le musulman avec son violon oriental. J’ai donc composé un concert des trois violons. A partir de là, j’ai pensé à un nouvel album qui s’intitule Trois lettres de Sarajevo, dans lequel je collabore avec des artistes des trois religions. Et Sarajevo là est une métaphore pour le monde où l’on est amené à vivre ensemble.