Touria Hadraoui sublime le melhoun

Jeudi 10 et vendredi 11 avril, l’écho de sa voix a retenti dans l’enceinte de la Villa des Arts à  Rabat et Casablanca. Touria Hadraoui continue de façonner son art et de réinventer son melhoun et son chant soufi.

Pendant que les foules de jeunes gens se bousculaient à l’entrée du complexe sportif pour acclamer un jeune chanteur oriental, connu pour son tube hautement «féministe» Si Sayed, quelques dizaines de personnes prenaient place à la Villa des arts de Casablanca pour écouter d’anciens textes soufis déclamés par la diva Touria Hadraoui. Dans la salle, des spectateurs de tous âges, amateurs de patrimoine arabo-andalous, de melhoun et de chant soufi, quelques étrangers probablement curieux du genre et des novices qui préfèrent s’initier au patrimoine, guidés par une cantatrice hors-normes. Pour une entrée douce en matière, Touria Hadraoui a commencé par une première chanson andalouse en compagnie de son trio musical : minimaliste mais amplement suffisant pour opérer le charme escompté. Comme à chaque concert, son lot de nouveautés, Touria a tenu à déclamer a cappella un poème soufi figurant parmi les textes de la Zaouia Harrakia de Tétouan rassemblés par ses soins.

Grâce et hauteur

Car Touria Hadraoui n’est pas juste cette cantatrice qui vous transperce le sens de sa voix ébréchée à mesure qu’elle s’insinue en vous, mais également une chercheuse qui met son intellect au service de l’art, en rassemblant la poésie soufie et en conservant le melhoun. Ceci étant dit, Touria Hadraoui n’en conserve que l’essence : son texte, sa musicalité et sa rythmique. De tout le reste, l’artiste fait fi pour transcender le genre et l’amener vers plus de raffinement et de hauteur. C’est bien cela qui donne de ces sublimes fusions et collaborations avec des musiciens et des jazzmen du monde qui portent le melhoun au-delà des frontières. À ce titre, Touria nous annoncera, à la fin du concert, sa prochaine collaboration avec un percussionniste français à Poitiers. «Je chanterai a cappella avec des percussions pour seul accompagnement. Ce sera une nouvelle performance pour moi», ajoute-t-elle avec entrain.
Lorsqu’on s’étonne de l’engouement de cette femme, au passé féministe et militant, pour cet art foncièrement masculin, sa voix claire et pure nous déchiffre de ces sublimes poèmes porteurs de modernisme et de nouveauté…, parfois de subversion. Jamais de vulgaire.

En milieu de soirée, Touria Hadraoui offre son petit moment de gloire au flutiste Mustapha Rayhani, un ami de longue date reconverti dans le melhoun et la musique andalouse. On découvre alors un soliste virtuose méconnu de la smala, rappelant tous ces musiciens marocains dont l’art est généralement sous-estimé.