Tinariwen : au plus près du désert

Dans «Tassili», 5e album sorti en août 2011, les Touaregs de Tinariwen opèrent un beau retour à  la simplicité.

C’est un voyage dans le temps et l’espace que nous proposent les Tinariwen. Sans regret, ils se dépouillent des guitares électriques comme pour se ressourcer, se rapprocher au plus près des sonorités du désert malien. Ici, on renoue avec l’inspiration originelle, on saisit l’essence même de la musique : les sons ont été littéralement capturés dans leur environnement naturel de terre aride, faite de sable et de roche. Exit les rythmes toniques, les messages revendicatifs et le côté «grunge» des plus rockeurs parmi ces artistes touarègues. Une sobriété bienvenue, car on visualise mieux cette paisible ambiance de feu de camp sous un plafond étoilé, cette atmosphère empreinte d’un folk universel, d’un blues mélancolique et d’un jazz émanant des plateaux gréseux du Mali.

Musique sans frontières

La prouesse, d’ordre technique, était d’oser un album enregistré en acoustique à partir d’un studio mobile planté en plein cœur de Tassili N’Ajjar (Le plateau des rivières), un massif montagneux du sud algérien. Et quel résultat ! On s’y croirait presque. Quand les dernières notes résonnent, on garde les yeux fermés, engourdis par cette délicieuse impression de veiller sous un bivouac, hypnotisés par le chant poignant d’Ibrahim Alhabib, bercés par la basse de Eyadou ag Leche.
Cela dit, malgré la métamorphose, l’image que ces enfants du désert ont de la musique ne dévie pas d’un grain de sable ! Fidèles à leur identité, ils ajoutent des collaborations de génie à leurs chants traditionnels revisités et à ces coutumiers claps pour garder le tempo. Ainsi, des invités de marque on rejoint le campement pour partager la vie nomade des Tinariwen. La présence de Kyp Malone et Tunde Adebimpe, membres de TV On The Radio, a timidement drapé  «Tenere Taqhim Tossam» d’une impétueuse douceur ainsi que de singulières envolées vocales. On aime la présence tout aussi discrète des The Dirty Dozen Brass Band, dont les cuivres offrent à l’album la touche de blues qu’il lui fallait. Sans oublier Nels Cline, guitariste du groupe Wilco, qui s’est frayé un chemin dans les mélopées touarègues pour élever Ya Messinagh au rang d’épopée nostalgique, ou encore, avec sa magnifique six cordes, pour retranscrire sa vision de l’aride sur le premier morceau Imidiwan Ma Tennam.
Nullement anodines, ces malicieuses fioritures internationales sont la preuve incontestable du flair de Tinariwen. Ingénieuses entorses à la pure musique touarègue, elles n’en altèrent nullement l’éclat. Bien au contraire, elles la subliment, l’honorent et confirment son universalité.
Avec Tassili, Tinariwen offre, servie sur disque compact, une leçon de dignité. Une irrésistible invitation à batifoler sur le sable chaud.