Timitar s’apprête à  fêter dignement ses cinq ans

Du 1er au 6 juillet, à  Agadir, Timitar sera au rendez-vous pour une édition anniversaire particulièrement soignée. Une scène, 16 concerts, deux jours et 3 MDH de plus qu’en 2007,
et un plateau riche en vedettes de la chanson et en musiques provenant de divers horizons,
dont celle des rways n’est pas la moindre.

Il existe dans le cœur battant d’Agadir un festival qui en impose à ses semblables huppés. Merveille artistique et parangon de la rigueur logistique, Timitar aura cinq ans aux prochaines figues de Barbarie. Implanté au matin de la saison caniculaire, ce qui, tout compte fait, correspond aux fortes chaleurs qu’il répand, il s’établit cette année sur six jours et trois sites, espère 600 artistes et 800 000 visiteurs, et débourse 12 MDH, dont 4 originaires de la Région Souss-Massa Drâa.

Cinq ans, c’est le plus bel âge d’un festival. Un âge qui se fête dans les règles de l’art, d’autant que l’enfant conçu avec amour par une poignée de doux rêveurs a fait montre d’une vigueur enviable dès ses premiers cris. En effet, alors que les manifestations musicales ont souvent besoin d’une période de rodage avant de trouver la bonne carburation, Timitar est parti comme une flèche. Il faut dire qu’il a eu le nez creux en misant sur des valeurs cotées internationalement ou localement. Ce qui nous a valu des moments de bonheur dont on se souvient avec gourmandise.

Idir, Izenzaren, Oudaden, Marcel Khalifé, appelés pour seconde audition
Pour son baptême du feu, Timitar a mis la main sur un parrain exceptionnel : Idir. Quand il paraît, le soir de l’ouverture de la Iére édition, un vent de folie emporte la place Al Amal. On le savait sensible aux souffrances et aux drames de l’humanité, on découvre un poète, encore habitant de son enfance, dont il arpente les territoires à la fois heureux et endoloris.

Quand Idir évoque sa mère barattant le lait tout en parlant à son mari, dont elle demeure orpheline, l’émotion prend à la gorge. Ensuite, il nous rapproche d’étoiles d’un genre particulier, puisqu’il s’agit de fleurs fauchées en plein épanouissement par des mains assassines.

Lorsqu’il enchaîne avec sa fameuse berceuse, Avava Inouva, celle-ci est reprise en chœur par le public, mains tendues vers le ciel.
Sous un tonnerre d’applaudissements, Idir rengaine sa guitare. Le groupe Izenzaren entre en scène. Si le quintette accuse son âge, son énergie, son enthousiasme et sa conviction n’ont pas pris une ride. Comme pour faire écho à Idir, il entonne une ode à la mère, Immi Henna, dont les paroles vont droit au cœur de la foule ravie de retrouver ses idoles des seventies ; Wad Ittamudun, Wazin !, Ttuzzalt défilent ensuite dans une ambiance survoltée.

Ce ne sont pas là les seuls moments forts de cette entrée en matière de Timitar, il y en aura à foison. Retenons la prestation de Marcel Khalifé au Théâtre de verdure. Face à un nombreux public déjà conquis, il est littéralement époustouflant. Timitar I démarre en trombe et finit en apothéose, sur la jeune scène Bijaouane, en compagnie du groupe Oudaden, méconnu ailleurs, malgré ses vingt-trois ans d’âge et ses quatorze albums, mais porté constamment au pinacle dans le Souss.

Timitar n’avait pas seulement gagné des galons artistiques dès ses premières gammes, il avait aussi réussi, dès son entame, à attirer une foule innombrable. Du début à la fin de la première édition, la cité gadirie était en effervescence. Quand les concerts se terminaient, une marée humaine envahissait les rues et les artères, et il fallait jouer des coudes pour se frayer un chemin. Dans la foule bigarrée, les haïks et les djellabas faisaient bon ménage avec les tee-shirts fantaisistes, les jeans moulants et autres tenues chic et choc.

Du soleil avec Alpha Blondy, Youssou N’Dour, Rokia Traoré et Salif Keita
Si nous avons insisté sur Idir, Marcel Khalifé, Izenzaren et Oudaden, c’est parce que ces chanteurs et ces groupes seront les hôtes d’honneur de Timitar V, par gratitude pour les services rendus à cette manifestation au moment où elle prenait son envol. Alpha Blondy et Najat Atabou seront également de la fête.

Le prodige du reggae avait été l’un des phares de la deuxième édition de Timitar, vociférant, s’attendrissant, grondant, se radoucissant et mettant dans tous ses états une foule déchaînée. Najat Atabou, elle, avait impressionné, lors de Timitar III. A l’écoute de cette boule d’énergie vocale stupéfiante, le public chavirait. Avec ces deux-là, ce début de juillet sera très chaud à Agadir.

Du soleil encore, grâce à la fine fleur de la musique africaine, incarnée en l’occurrence par Youssou N’Dour, Rokia Traoré et Salif Keita. Un brin de nostalgie, instillé par la bande Lamchaheb, qui a porté haut le protest song à la sauce marocaine dans les années soixante-dix du siècle dernier. Une bonne dose de fraîcheur électrisante, en compagnie de Amarg Fusion, Darga, Fez City Clan, Rap 2, Présidents d’Afrique… Et des DJ à gogo pour assurer l’ambiance : Big Buddha, Ishtar, Bindi, Pilot, Badreddine, Mixape, Kay, Saïf…

La musique amazighe occupe dans Timitar V une place de choix. En toute légitimité, puisque, d’abord, elle est la principale composante de la culture soussie ; de surcroît, c’est dans le dessein de la mettre en lumière et de la propager que Timitar a été créé. Elle sera présente sous ses facettes essentielles : les rways avec leurs meilleures épées (Fatima Tabaamrant, Outajajt, Lahoucine Amarakchi, Moulay Ahmed Ihihi, Fatima Tihihit et Haj Amentag); le tamawyt,par les voix de Cherifa et Ahouzar ; la nouvelle musique amazighe, avec Imghrane, Oudaden, Tarragt, Azenkd, Toudart, Lahoucine Aït Baamrane et Aït Laati.

Pas de place pour la variétoche, les meilleures loges pour la chanson engagée
On observe que Timitar n’hésite pas à faire alterner les genres. Musique amazighe, chanson populaire marocaine, scène marocaine alernative, hip-hop, électro, fusion, chanson réaliste sont dûment et uniment représentés. Du reste, de l’éclectisme, ce festival a fait sa marque de fabrique, de sorte qu’aucun type de public ne se sente écarté de la fête. «Nous avons vocation à prendre en compte tous les goûts et tous les penchants, même ceux qui nous rebutent. C’est pour cela que nous invitons le plus grand nombre de musiques, pourvu qu’elles soient telles et non du simple bruit», confirme Brahim El Mazned, directeur artistique de Timitar.

Pas étonnant alors que cette kermesse musicale se trouve éclatée en trois lieux distincts. En raison de sa capacité à contenir plus de 80 000 spectateurs, la place Al Amal est dédiée aux artistes susceptibles d’attirer le grand public ; avec ses 30 000 places, la scène Bijaouane est consacrée à la jeune musique, pendant que le Théâtre de verdure (3 000 places) accueille les concerts intimistes. Mais cette répartition n’est pas une ségrégation, du moins elle n’est pas entendue ainsi par le public.

Les parents accompagnent volontiers leurs enfants à la scène Bijaouane, les férus de hip-hop, de raggae et de musique populaire soussie se transportent souvent vers la place Al Amal pour écouter les rways et l’on a vu, en 2004, le Théâtre de verdure pris d’assaut par une foule dix fois plus immense que sa contenance, lors du concert de Marcel Khalifé.

Sous la pluralité, l’unité. Ce n’est pas sans raison que Timitar s’efforce d’évacuer la variétoche de son programme. Car c’est sur la chanson réaliste qu’il a fixé son cap, tablant sur un mélange réussi de protest song, de chaâbi et, surtout, sur des artistes talentueux.