Timitar : le sacre des voix amazighes

Pour son dixième anniversaire, Timitar Signes et Cultures a offert quatre jours de joie et de musiques à  des milliers de festivaliers.

Dix ans ! Dix années de rythmes et de danses, de mélodies, de cadences, de chants et de transes, ça se fête en fanfare. Et en amazigh, s’il vous plaît ! Du 26 au 29 juin, les Gadiris ont dignement célébré la musique. La leur d’abord : le banjo et la guitare électrique d’Oudaden ont fait dodeliner les têtes et Fatima Tabâamrant, la grande et fière Raïssa, les a purement et simplement enflammées…

«Fédérateur de projets de développement régional, Timitar favorise la créativité des artistes locaux», affirme l’éditorial du festival. Cette année encore, Timitar Signes et Cultures n’a, en effet, pas failli à sa promesse de porter haut et fort les belles, les envoûtantes voix amazighes, fierté du Souss Massa Drâa : Ahwach Haha sont venus d’Essaouira électriser la place Al Amal, Ahwach Idelsane y ont fait résonner les sonorités de la palmeraie de Skoura, dans la région d’Ouarzazate, Ahwach Aït Bâamrane ont, eux, superbement représenté Sidi Ifni… Sans oublier Inouraz and Guests, Jbara et Jazzawiya Family, Amaynou, Tarragt, Imghrane… Et on peut continuer comme ça à l’infini, ou presque…

«Un festival n’a de sens que s’il est en résonance avec son territoire», résume Brahim El-Mazned, le directeur artistique de cette manifestation musicale devenue, au fil des ans, incontournable. «Il est également une illustration vivante, chaque fois renouvelée, de cette aptitude qu’a la musique à rassembler et à faire dialoguer les différences qui peuvent exister entre les peuples, mais également entre les hommes».

La symbiose des sonorités locales et universelles

Faire rayonner le trésor musical amazigh n’est effectivement pas l’unique vocation de Timitar : Il s’agit aussi de faire fusionner les talents, de réaliser d’audacieux et harmonieux brassages. C’est pour cela que les artistes invités affluent de toutes parts : Tcheka, sémillants musiciens du Cap Vert, ont, par exemple, côtoyé les Américains du The Original Blues Brothers Band, la magnifique libanaise Majda Roumi a pu s’émouvoir de la musique enchanteresse du Sénégalais Ismaël Lô, l’immense Marcel Khalifé a chanté au Théâtre de Verdure pendant que Hanggai, groupe aux mélopées gutturales curieusement contemporaines, qui nous est venu tout droit de Mongolie, a fait retentir ses incandescentes Quatre saisons place Bijaouane.

Temps fort du festival : le fabuleux concert de clôture, avec un flamboyant Cheb Khaled et, surtout, des Nass Al Ghiwane comme on ne les avait pas écoutés, applaudis depuis longtemps. Dirigés par Omar Sayed, nos Rolling Stones à nous ont copieusement puisé dans leur immense répertoire et nous ont gratifiés de quelques-uns de leurs titres inédits, tirés du nouvel album Al Baraka. Tamaguite a particulièrement ému, car c’est leur toute première chanson en amazigh. Écrite par le poète Mohamed Hanafi, parolier des mythiques Izenzaren, cette chanson célèbre l’unité et aborde la question de l’identité.