Timitar, le festival qui monte, monte

Depuis sa création, Timitar séduit par la qualité de sa programmation, sa vocation de creuset musical et son souci de la perfection.
Avec 300 artistes, 33 concerts, une dizaine de têtes d’affiche, des musiciens confirmés et d’autres à  découvrir.
Timitar qui se tient du 7 au 10 juillet à  Agadir, compte consolider son rang.

Et de sept pour Timitar ! Qui l’eût cru ? De mémoire de Soussi pur sucre, jamais, jusqu’ici, manifestation culturelle n’a pu atteindre cet âge. Pis, quand une y poussait, elle vivait ce que vivent les roses et mourait sans gloire. La ville aurait constamment rechigné à aventurer ses fonds dans des initiatives qu’elle savait peu fructueuses. Cette explication était sous-tendue par un préjugé têtu. Au vrai, Agadir n’est pas plus matérialiste que les autres villes ; et elle n’est pas moins sensible aux plaisirs de l’esprit que Fès, Marrakech ou Rabat. En fait, les manifestations mortes-nées ou disparues prématurément n’étaient pas taillées pour durer dans le temps. Le contre-exemple est fourni, en creux, par Timitar, qui lui, a mis tous les atouts de son côté de sorte à ne pas connaître de mésaventure. Au fondement de Timitar, une poignée d’hommes et de femmes de bonne volonté désireux de contrer les détracteurs de leur ville. Ceux-ci prétendaient que l’âme d’Agadir a été ensevelie avec les milliers de victimes du séisme qui l’avait mis à terre, une nuit de 1960. Rien de plus inexact, ripostaient les futurs créateurs de Timitar, Agadir n’a pas perdu son âme ni ne l’a vendue au satanique fric. A preuve, elle s’exprime partout par des signes, pour qui veut bien les reconnaître. On aura compris pourquoi le festival d’Agadir porte l’enseigne de Timitar. Le vocable est l’équivalent de «signes». Et le Souss est, si l’on ose dire, l’empire des signes. Ils s’incrustent, illuminent, hantent les fibules, les ceintures et les diadèmes, dont s’embellissent les Imazighen. Ils sont présents sur les tapis et  dans les coiffes dont elles se couvrent la tête. Ils sont tatoués sur leur front, leur menton ou leur bras. Les hommes  arborent des sabres ou des poignards sculptés de signes et de symboles. Comment illustrer cette âme berbère ? Par la musique, laquelle ne traduit pas seulement les idées abstraites, mais exprime aussi et surtout le fond de l’âme, estimaient les concepteurs de Timitar. Et c’est en vertu de ce credo qu’ils s’imposèrent la règle de conduite d’accorder la part du lion à la musique amazighe dans toute sa diversité, depuis les Rways, ces poètes chanteurs itinérants au verbe haut et décapant, et le Tamawayt, une complainte lancinante qui vous déchire l’âme, jusqu’aux Ahwash, un dosage savant de mouvements de danse et de poésie chantée, et Ahidous, sa variante non moins gracieuse, en passant par le protest song et la jeune musique amazighs. Autant de choix susceptibles d’attirer une population locale ou environnante. Mais s’en tenir là serait, d’une part, faire preuve de sectarisme ; de l’autre, faire fi des autres goûts. Pour éviter cet écueil, Timitar résolut d’ouvrir les bras à plusieurs sonorités et tonalités provenant d’horizons proches et lointains.
Si Timitar s’affirme comme un des quatre rendez-vous musicaux majeurs, il doit ce rang flatteur à son inspiration d’allier le populaire au savant, au pointu et au jeune. Sa force réside également dans la mission qu’il s’est assigné de nourrir la création musicale, par la production à ses frais d’albums de talents émergents ou confirmés. Pour mieux assurer sa réussite, il a choisi de planter son décor au cœur de la ville, en des sites agréables: la place Al Amal, le Théâtre de verdure et la scène Bijaouane. Toutes ces qualités prouvent que Timitar a su s’entourer de compétences indiscutables, tels Fatim-Zahra Ammor, sa directrice, Abdellah Rhallam, président de son association et Brahim El Mazned, son directeur artistique. Région et ville ont encore mis la main à la poche, respectivement 4 MDH et 1MDH, pour soutenir Timitar. Les partenaires n’ont pas été non plus avares, en se fendant de la bagatelle de 7 MDH. Avec un tel pécule, le festival a le devoir d’excellence. Sans déroger à ses principes fondateurs, à savoir proposer une gamme de musiques ethnique, savante, populaire, alternative, ouvrir aux mélomanes des horizons «inouïs» et mettre en lumière des promesses artistiques. Comme à son habitude, le festival a composé un tableau où surgissent des motifs connus (Izenzaren, Oulad Ben Aguida, Oudaden, Zahouania, Amazigh, Hoba Hoba Spirit, Faudel, Daoudi,…), d’autres inhabituels, du moins pour le grand public (Julan Marley, l’un des fils du grand Bob, Mami Bastah, Ali Campbell, Belo, Tres Coronas…). Les accros aux uns comme les curieux de la chose musicale y trouveront leur compte en sensations, à moins qu’ils ne préfèrent regarder les derniers souffles de la Coupe du monde. Car Timitar se jouera en même temps que les ultimes actes de cet événement planétaire. Nous, nous avons déjà arrêté notre choix et nous ne manquerons pas l’hommage aux répertoires des Rayssates pour tous les subtils dribbles du monde.