Timitar II, ça va déménager !

Fort de son succès de l’année dernière, Timitar remet
le couvert, du 2 au 9 juillet, à  Agadir, après avoir procédé
à  quelques réglages : constitution en association, changement d’agence
de com’, allongement de la durée du festival qui passe de cinq à 
huit jours… Cette année, Timitar propose 47 concerts gratuits et offrira
une scène pour les jeunes talents. Ambiance percutante en perspective !

Des flots humains déferlant sur l’agréable scène Bijaouane, qui ne peut en contenir autant. Des jeunes et des moins jeunes dansant frénétiquement sur les rythmes torrides de leurs icônes, les Oudaden. Des larmes, des évanouissements, des cris. Des policiers attendris qui baissent la garde, se laissent volontiers déborder, pour ne pas gâcher la fête. Timitar I s’est clos comme il a commencé avec Idir : dans un délire bon enfant jamais égalé. Mixité et singularité. Brassage et originalité. A peine éclos, Timitar a montré, d’éclatante manière, qu’il n’avait rien à  envier à  ses aà®nés, les surpassant même, ainsi qu’en témoigne l’engouement qu’il a suscité (500 000 visiteurs). Preuve que, avec de l’imagination, du culot, un souci pédagogique (nombre de spectacles étaient gratuits) et le brin d’esprit indispensable à  pareille entreprise, il est possible de créer même dans une ville, Agadir en l’occurrence, plus versée dans le tourisme de masse que dans les exhibitions culturelles, un rendez-vous polyphonique susceptible de distraire les foules de leur trempette, bronzette et farniente.

500 000 visiteurs pour la première édition !
Les maà®tres d’Å“uvre de Timitar étaient les premiers surpris par le succès enviable de la première édition. «Nous savions que les habitants de la région Souss Massa Drâa étaient férus de musique. Mais nous étions à  mille lieues d’imaginer qu’ils afflueraient en si grand nombre vers le festival. Cela nous a mis du baume au cÅ“ur et donné l’envie de nous surpasser pour être à  la hauteur de leur confiance enthousiaste», se réjouit Brahim El Mazned, directeur artistique de Timitar. Pour autant, les organisateurs ne se sont pas assoupis sur leurs lauriers fraà®chement cueillis. Conscients que si la programmation de Timitar était sans défaut, tout n’y était pas irréprochable, ils ont rectifié le tir, apporté les changements nécessaires, fait des innovations dans l’édifice de sorte qu’il ne s’ébranle pas à  la moindre tourmente. C’est ainsi que Timitar s’est constitué en association, à  la tête de laquelle est désigné Abdellah Rhallam, très connu des footeux pour avoir dirigé naguère l’équipe du Raja. La direction du festival, elle, est confiée à  Fatim-Zahra Ammor, une personne aussi discrète qu’efficace. La communication est maintenant du ressort de LTB, qui s’est substituée à  une agence encore insuffisamment rompue à  une tâche aussi décisive.
Toujours au chapitre des nouveautés : prolongement de la durée du festival (huit jours au lieu de cinq), accroissement du plaisir (47 concerts au lieu de 37), gratuité des spectacles et mise en lumière des jeunes talents. A cet égard, Brahim El Mazned nous confie : «Nous nous sommes dit que Timitar ne remplirait pas totalement sa mission s’il se contentait d’honorer les chanteurs et musiciens connus. Il faut aussi qu’il prenne le risque de révéler des artistes débutants ou méconnus. C’est dans ce dessein que nous avons lancé “Scène découvertes Hip Hop”, qui permettra à  de jeunes rappeurs de dévoiler leur talent devant un large public».
Rien d’étonnant à  ce que Timitar ait emporté le morceau d’entrée de jeu, ses arguments étant imparables. En effet, loin des empilages superfétatoires que distillent nombre de festivals à  dessein mercantile, il se démarque résolument du paysage ambiant, souvent aseptisé, par une démarche radicalement inverse. Ici, tout passe par l’engagement et l’enchantement. Et Brahim El Mazned en a à  revendre, voire à  offrir. Sans sous-titre, cette deuxième édition, qu’il a mûrie après la première offensive réussie, se présente comme une mosaà¯que de musiques tantôt proches tantôt lointaines. On passe allègrement du protest song au reggae, du rap trash de haute volée aux lamentos énamourés des Rayssates, de la transe gnaoua au rock mâtiné de funk… Attachez vos ceintures, il y a de l’agitation dans l’air ! Mais cet éclectisme ne risque-t-il pas de déconcerter le spectateur ? Une objection que Brahim El Mazned s’empresse d’écarter d’un revers de main: «Timitar, tel qu’il a été conçu, n’est pas seulement un rendez-vous divertissant, il se veut surtout un moment o๠s’exalte l’ouverture, le sens de l’échange et la fraternité. Autant de vertus que possède la région Souss Massa Drâa, creuset d’ethnies, de peuples, de langues et de cultures. Ici, l’excluvisme n’a pas droit de cité. Et il faut que la programmation soit au diapason de cette pluralité, n’évinçant aucune musique et satisfaisant les divers goûts et affinités».
La programmation de Timitar II est le fruit d’une année de travail de fond que le jeune directeur artistique dépose sur trois plateaux – pas des moindres, celui de la populeuse place Al Amal, celui du magnifique Théâtre de verdure et celui de la juvénile Scène Bijaouane -, cautions d’échanges féconds entre de multiples musiques. Certaines, jamais ouà¯es auparavant, attisent toutes les curiosités. La plupart, plus familières, déchaà®neront sûrement les passions. Et il faudra tôt ranger serviette, parasol et crème solaire pour tenter de se frayer une place aux concerts animés par Ismaà«l Lo, Oudaden et Nass El Ghiwane (samedi 2 juillet), ou par Mohamed Rouicha (lundi 4 juillet), ou encore par Rkiya Demsiriya et Faudel (vendredi 8 juillet). La place Al Amal, malgré sa capacité (50 000 places), refusera du monde. On s’attend aussi à  ce que beaucoup, lors du récital de Lotfi Bouchnak, au Théâtre de verdure, restent à  quai.

Un démarrage en trombe avec Lô, Oudaden et Nass El Ghiwane
De l’engagement, avons-nous dit. Timitar II, peu porté sur la variété sirupeuse, y accorde un vif intérêt, en faisant la part belle à  la chanson engagée. Il en annonce la couleur dès l’ouverture, en confiant celle-ci à  des fleurons du genre. En effet, c’est au Sénégalais Ismaà«l Lô qu’il revient d’ouvrir le bal. Baptisé le Bob Dylan africain, ce chanteur, qui fusionne le très percussif m’balakh avec le reggae, la soul et la musique latino, se fait le chantre de la paix et le dénonciateur des inégalités. Lorsqu’il entonnera ses tubes Tajabone, Africa Démocratie ou Without blame, têtes et cÅ“urs du public seront renversés.
Le groupe Oudaden, qui prend le témoin, jouit d’une aura flamboyante dans la région. Il faut avouer qu’en sa compagnie l’atmosphère se charge d’électricité. à‡a pulse, ça vibre, rythmes endiablés et paroles percutantes à  l’unisson. Tyrans, puissants, affameurs et empêcheurs de vivre dignement en prennent pour leur grade. Lui succédant, Nass El Ghiwane auront à  prouver qu’ils ne sont pas des has been, comme les mauvaises langues se plaisent à  les qualifier. De fait, cette incarnation de la contestation et du désespoir n’a rien perdu de son charisme légendaire, en dépit de l’âge, des vicissitudes, de la mort et des défections.
Avec Ismaà«l Lô, Oudaden et Nass El Ghiwane, Timitar II effectue un démarrage en trombe. Il paraà®t certain qu’il ne perdra pas de vitesse en chemin, tant les moments phare abondent. Citons-en quelques-uns en vrac. L’ensemble Roudaniates (lundi 4 juillet, au Théâtre de verdure) enchantera la foule par la poésie qui s’exhale de ses chants, o๠se mêlent finesse et dérision, espérance et désenchantement, au son lancinant du nakous. C’est un réel plaisir qu’on éprouve au spectacle de ces femmes singulières, et donc plurielles, imprévisibles, émouvantes. Avec l’ensemble Aà¯chata (lundi 4 juillet), c’est à  une danse immémoriale qu’on s’invite, celle de la fameuse guedra, éclose dans les climats désertiques de l’Arabie, puis épanouie dans notre Sahara. Un pur enchantement par le rythme langoureux et les voix sublimes.
Timitar II vous fera visiter plus de 18 pays
De sa voix, Lotfi Bouchnak (mardi 5 juillet, au Théâtre de verdure) en joue somptueusement. Ce n’est pas pour rien que le fils spirituel du grand maà®tre Ali Sriti est adulé partout dans le monde arabe. Comme Lotfi Bouchnak, les Tambours de Brazza (mercredi 6 juillet, place Al Amal) sont les messagers joviaux de la liberté, de la paix et de la fraternité. Entremêlant harmonieusement tambours, batterie, basse, guitare, piano et d’autres instruments parfois insolites, ils distillent des rythmes ébouriffants.
Ceux d’Alpha Blondy (jeudi 7 juillet, place Al Amal) le sont tout autant. Cet écorché vif, dont les frasques font le miel de la presse mondaine, porte haut le reggae, qu’il n’hésite pas à  mâtiner de rock et de funk. Avec Jah Glory, Rasta poué, Jérusalem, Grand Bassam-Zion Rock ou Dictature, o๠il alterne parfois les langues les plus diverses, il fera sensation. D’autant qu’il y prône la liberté, la paix, la fraternité et l’Å“cunémisme.
Il est impossible d’égrener tous les délices qui s’offrent à  nos sens insatiables. Banquet copieux, varié, émoustillant, Timitar II nous fait voyager à  travers pas moins de 18 pays. Grâce à  lui, nous revisitons des répertoires connus, découvrons nombre de contrées musicales inconnues, plongeons dans un océan de rythmes, de sons et de voix. Cela vaut mieux qu’une banale trempette. Mais on aura observé que toutes les musiques, quelle que soit leur diversité, portent un message de paix et de fraternité. Ce qui constitue la devise de Timitar. Alors embarquez-vous, toutes affaires cessantes, dans ce navire-là  !.

Ahwach. Les troupes d’Imin’tanoute et Ouarzazate se produiront mercredi 6 juillet sur la place Al Amale d’Agadir.