Théà¢tre : amour, intimité et non-dit sur scène avec Latifa Ahrar

Elle met en scène une pièce traitant de la relation homme-femme. «La prèmière» est prévue courant août.

Vous êtes en train de travailler sur une adaptation en darija de «Old times» du Britannique Harold Pinter. De quoi s’agit-il ?

C’est un texte qui parle de l’intimité dans le couple, mais avec trois personnages : un homme et deux femmes. Je vous laisse imaginer toutes la panoplie de sentiments qui les animent : jalousie, désir, envie, abus et violence. La pièce ressort tout ce qui régit la relation homme/femme : la sexualité, le fantasme, l’intimité émotionnelle et le non-dit vis-à-vis de l’autre.

Et vous n’y jouez pas…

Non. Je me charge de la mise en scène cette fois. La pièce sera interprétée par Adil Abatorab, Rajae Charmez et Hajar Elhamedi. J’ai préféré pour ma part me consacrer à la mise en scène selon une vision très minimaliste, en tablant sur un habillage sonore recherché et surtout une mise en espace du public qui lui permette de sentir toute la lourdeur de la passion et la violence qui animent la pièce et de sortir avec l’envie de vivre l’amour…

Pensez-vous que les Marocains ont du mal avec l’amour ?

En tant qu’artiste, je pense que la société a du mal à dealer avec l’amour, en effet. La preuve, une histoire d’amour entre un Simo et une Rebeka fait couler beaucoup d’encre. Il nous faut du romantisme, avec toute la violence qui règne aujourd’hui. De l’amour de soi d’abord, puis de tous les autres.

Mais «Old times» parle aussi de l’intimité. Pensez-vous que ce soit un peu osé comme texte ?

Osé oui, parce qu’on ne parle pas d’intimité dans notre société. C’est une sorte de tabou que d’avouer ses sentiments et la passion qui déchire ses entrailles. J’estime que c’est un sujet très important à traiter, autrement je ne l’aurais pas fait. Je ne suis pas quelqu’un qui cherche les polémiques. Je cherche plutôt à mettre la lumière sur des sujets, des situations et des caractères et à faire triompher les valeurs humaines.

Il semble que le concept d’art propre revient en force. Surtout depuis «Much loved» de Nabil Ayouch…

Il n’y a pas d’art propre ni d’art sale. Il y a de l’art tout simplement. De plus, au delà du texte ou du contenu, il faut voir le spectacle dans sa globalité : la mise en scène intimiste, minimaliste, la conception sonore, la scénographie, la mise en espace du public… Ce sont là aussi des éléments qui comptent dans l’évaluation de l’œuvre artistique. Nous avons prévu «la première» courant ce mois d’août. J’invite La Vie éco à être des nôtres.