Tanjazz : avec les tripes, le sang et le cœur

La douzième édition se tiendra du 21 au 25 septembre. Au menu figurent, entre autres, le trompettiste Roy Hargrove et son quintette, Roberta Gambarini, Lilian Boutté & The Gigolos…

«Quand j’irai rôtir en enfer, j’aimerais assister à la soixantième édition du festival depuis mon balcon, là-haut», rêve ici-bas Philippe Lorin. Il est encore long, cela dit, le chemin vers l’enfer. Le directeur de Tanjazz doit d’abord parer au plus pressé : une douzième édition sur le feu, puisqu’ici on aime bien associer jazz et bonne chair. Dans son «menu de choix», l’équipe du festival vous promet «une sacrée tambouille» : du soul-jazz cuit dans un tandoor indien, du blues à l’ail manouche, de grosses rasades d’afrobeat. À Tanjazz, on est futé. On sait qu’après Ramadan, le festivalier a très faim.Et accessoirement très soif. Sans tarder, épluchons la programmation. D’abord, les chefs étoilés : le trompettiste Roy Hargrove et son quintette, «d’énormes vedettes du jazz qui nous avaient un peu snobés jusqu’à ce que Monthy Alexander, tête d’affiche de 2010, leur dise que le Tanjazz, c’est cool», raconte Philippe Lorin. Autre incontournable, Roberta Gambarini, qui vous susurrera des morceaux de ses albums Easy in love et So in love : «N’oubliez pas d’y traîner votre fiancé(e)», conseille Denis Germain de l’agence Mosaïk, qui gère les relations publiques. Les célibataires endurcis, eux, préféreront sans doute le concert de Lilian Boutté & The Gigolos, une ode aux déhanchements menée tambour, saxophone et trompette battant par cette fille du Mississipi, seconde légende après Louis Armstrong à décrocher le mirifique titre d’ambassadrice musicale de la Nouvelle Orléans. «Tanjazz aime les femmes. Si je m’écoutais, je ferais un festival exclusivement féminin», s’égare le directeur avant de revenir à un sujet plus terre-à-terre : l’argent. «Cette édition a coûté 3,7 millions de dirhams, soit 300 000 DH de moins qu’en 2010», calcule Philippe Lorin, qui se plaint d’avoir été lâché par un sponsor. «Mais vous verrez que, même avec moins de sous, nous ferons aussi bien que l’année dernière».

Voilà qui devrait réjouir les jazzeux, plus nombreux et assidus au fil des années. En 1999, une cinquantaine de spectateurs sceptiques s’étaient dérangés pour le concert d’ouverture. Aujourd’hui, ils sont au moins 500, majoritairement marocains, à venir dès le premier soir. On reste loin, cela dit, des milliers de fidèles drainés par d’autres festivals. «Le jazz a une terrible réputation, à cause de crétins qui ont, un jour, décidé que c’était une musique d’intellos. Or, ça se fait avec les tripes, le sang et le cœur», déclame le directeur de Tanjazz. Il ne peut, malgré tout, s’empêcher de sourire fièrement lorsqu’il reprend des dictons de jazzeux : «Le guitariste de rock, il connaît trois accords, et il joue devant dix mille personnes. Le guitariste de jazz, c’est le contraire».