Tanjazz fait honneur aux dames

Du 22 au 25 septembre, le Palais des Institutions italiennes de Tanger accueille la 17e édition du Tanjazz. Cette année, le festival nous gratifie d’une programmation exclusivement féminine pour rendre hommage aux dames du jazz.

Le Tanjazz en est à sa 17e édition. Rendez-vous incontournable du jazz au Maroc, le festival a choisi de fêter la femme dans le monde très select du jazz. Au programme, concerts publics ou intimistes et animations de rue avec la particularité, cette année, des récitals de piano dans l’auditorium aménagé pour le bonheur des puristes.

Des talents au féminin

Philippe Lorin, ou Monsieur Tanjazz pour les initiés, ne cesse de le dire : Tanjazz est un festival de découverte. Passez donc votre chemin si la célébrité vous émoustille ou que vous raffolez des strasses et paillettes. Comme chaque année, la sélection d’artistes qui est proposée a été préalablement choisie avec amour. Et c’est peu de le dire cette année, car la grande majorité des musiciennes sont inconnues du grand public. Non que le talent n’y soit pas, mais que la femme a longtemps été tenue a l’écart des métiers du jazz, ou alors confinée dans l’ombre de ses confrères.

Ce qui est sûr, c’est que le public du Tanjazz ne va pas être déçu de la sélection de cette année.  Dès le premier jour, il aura la surprise de découvrir la batteuse et percussionniste Anne Paceo, maintes fois primée et saluée par la critique. Andrea Motis a à peine 21 ans, mais trompettiste professionnelle depuis neuf ans déjà, elle vient se produire auprès de son confrère et mentor Joan Chamorro.

En collaboration avec l’ambassade turque, la pianiste prodige AyseDenise Gokcin, lauréate de la Royal Academy of Music de Londres, interprète divinement du Michael Jackson et du Kurt Cobain sur son piano classique. Ceux qui ont assisté à l’édition 2016 du Tanjazz reconnaîtront forcément l’Irlandaise Grainne Duffy dont la guitare électrique bouleverse le blues au Royaume-Uni.

Terri Lyne Carrington, batteuse de talent, fera au festival un cadeau inestimable : elle forme pour son concert un petit groupe de musiciennes stars «dont chacune pourrait remplir une salle de concert à elle seule», affirme joyeusement Philippe Lorin. On y retrouve la trompettiste Juno awards Ingrid Jensen, la chanteuse Grammy Awards Jaguar Wright, la compositrice Tia Fuller et la pianiste Rachel Z. D’autres artistes de talent sont au programme disponible sur le site du festival.

Depuis son avènement, le jazz a ouvert les volets de la musique aux vents de la liberté. Depuis, il n’a cessé d’en secouer les codes rigides et d’épousseter les genres et les clichés qui y sont liés. Malheureusement, certains travers sont récalcitrants.

La femme et l’instrument

Comme pratiquement toutes les formes d’expression artistique, le jazz a reproduit le schéma caractéristique de la société dans laquelle il a évolué, à savoir une prédominance du masculin et une déconsidération du féminin, en dehors du chant. En effet, on ne peut que s’émerveiller des belles voix féminines du jazz et se réjouir de leur succès. Cependant, l’on est moins tolérant vis-à-vis des femmes instrumentistes. A croire qu’outrepassant sa fonction décorative, la femme devient un boulet encombrant dont il faut se débarrasser. «Les femmes ont une place historique au sein de la communauté du jazz : servir les bières, chanter sur scène», s’indigne Philippe Coulangeon, chercheur en sociologie à l’EHESS, spécialiste des musiques vivantes (source Citizen Jazz).

En osant cette programmation exclusivement féminine, Tanjazz se place dans le cercle très distingué des festivals women friendly et restaure la vocation progressiste du jazz. Un bon point qu’on lui retiendra forcément et qui constituera sa force dans un futur très proche, puisque «les adolescents qui prennent des cours de musique jazz [aux USA] sont en majorité des filles», selon Gilles Corre, auteur de Femmes du jazz.