Tanjazz 2018 : état de «la grâce»

Du 20 au 23 septembre, Tanger a accueilli la 19e édition du Tanjazz. Avec sa programmation 2018, le festival s’affirme comme meilleur rendez-vous du jazz au Maroc.

Jamais l’automne n’aura été accueilli avec autant de gaité. C’est qu’à Tanger on avait arboré des sourires et swingué à volonté pour le Tanjazz 2018. Cette 19e édition, qui nous a fait voir tous ses états du 20 au 23 septembre, a offert de très douces soirées de fin d’été, bénies par une météo plus que clémente. Un public enthousiaste s’est frayé un chemin parmi les couloirs du Palais des Institutions Italiennes, tandis que la scène publique a séduit des milliers de curieux. Ladite édition a également été étoffée d’une programmation Off qui a animé d’autres lieux de la ville, offrant des moments d’extase à des mélomanes avertis.

Revues et découvertes

Comme chaque année, le Tanjazz a permis au public de découvrir tout plein de noms et de sous-genres de jazz, mais également de retrouver des artistes et des groupes revenus une ou plusieurs fois dans les différentes scènes du palais. Ce n’est pas la première fois qu’on voit les Swing Ambassadors remuer les planches et les festivaliers, mais les joyeux lurons ont invité l’exceptionnelle Susana Sheiman, dont la voix douce surprend dans les graves, comme dans les aigus.

On a revu également les Circular Time, ces new-yorkais qui maîtrisent un nombre incalculable de titres et de registres de jazz. A l’occasion de Tanjazz, ils ont donné trois concerts, dont un hommage à Coltrane au Club Audi, un concert de latin Jazz sur la scène BMCI palais et un troisième de soul et style Motown sur la scène publique Tanja Marina bay.

Matthieu Boré non plus n’en est pas à sa première participation au festival. Sa très belle voix et son influence vieux jazz orléanais ne pouvaient pas laisser indifférent. C’est avec lui que les pistes de danse se sont ouvertes vendredi soir sur la scène Volkswagen.

Flo Bauer s’est, quant à lui, occupé d’impressionner le public du TanJazz pub. Seul avec sa guitare, le jeune chanteur compositeur a fait voyager son public dans les registres blues et rock, trois sets d’affilée, pendant les trois soirées du festival. C’est un jeune homme que l’on reverrait avec plaisir avec sa formation complète qui vient d’ailleurs de briller dans le festival de blues à Bâle.
L’auteur-compositeur primé Ori Dagan a ravi le public de la grande scène du palais par sa voix baryton qui a brillamment interprété, entre autres, des titres originaux qu’il a composés en hommage au monstre sacré du jazz Nat King Cole.

La Méditerranée dans le cœur

L’Institut Ramon Llull a offert au festival le meilleur du jazz catalan avec des formations comme celle du guitariste Jaume Llombart, discret porteur d’une réputation de génie, du saxophoniste Santi de la Rubia dont le jazz est plutôt hard bop, ou encore celle du pianiste Toni Vaquer, immensément connu aux îles Baléares. Les trois leaders ont donné au public l’occasion rêvée de les voir ensemble sur scène, le temps d’une belle improvisation. D’Espagne également, le public du dimanche a découvert les élégies de Mariola Membrives qui est venu présenter son projet Enamorada, un flamenco jazz accompagné en trompette et violoncelle. Puissant.
La scène Skoda a été à son comble pour le spectacle fabuleux des Nojazz. Ce groupe très soul & funky, qui a embrassé l’electro-jazz, a fait un beau tapage dont se souviendront longtemps les Tanjazzérois.En retrait, pour le silence et la communion, Majid Bekkas a présenté son trio dans l’auditorium.
Ce brillant musicien, qui a pu amener la tagnaouite vers les sphères du jazz, a visité les répertoires gnaoua, blues et musique africaine, pour un mélange savamment dosé.
Du jazz oriental, on en a également entendu chez les formidables United Colors of Méditerranée. Entre compositions originales et musiques traditionnelles, ce groupe a baladé son public dans diverses ambiances qui sentent bon la terre et la Méditerranée.
Quoi de mieux qu’un morceau du répertoire arabo-judéo-andalous pour faire exploser la joie et clore en beauté un festival né et grandi au carrefour des cultures ?