"Studio 2M", digne successeur de l’ancêtre "Mawahib"

Né dans le sillage de "Mawahib", émission animée par Abdenbi Jirari et qui avait ouvert la voie aux émissions révélatrices de talents de la chanson, "Studio 2M", lancé en 2004, s’améliore au fil des saisons.
Avec 3 062 candidats, vingt finalistes, quatre vainqueurs et une finale en beauté, la septième édition de Studio 2M est restée fidèle aux succès des saisons précédentes.

A la fin de ces années soixante si fécondes, la valeur n’attendait point le nombre des années. Les futures étoiles de la chanson étaient prises, si l’on ose dire, au berceau. Sous les projecteurs de la RTM, une gamine de 11 ans, répondant au nom de Samira Bensaïd, épata les téléspectateurs par son interprétation magistrale de la fameuse Atlal de Oum Keltoum. Trois ans plus tard, elle emporta l’adhésion de la gent mélomane avec Kifach tlaqina, un opus écrit par Mohamed Kouach et mis en musique par Abdellah Issami. Ce fut la mise à feu d’une fusée qui, après avoir éclairé le ciel de la chanson marocaine, se posa à l’ombre des pyramides pour donner un supplément d’éclat à la chanson égyptienne. A peine pubère, une Meknassie à la vue basse et aux hautes ambitions, fit une apparition remarquable à la télévision, avec la chanson Layali Viyinna de la prodigieuse Ismahan. Elle s’appelait Aziza Jalal. Encore collégienne, Rajaa Belemlih fit sensation, toujours à la RTM, grâce à sa reprise de Aâtini naya wa ghanni de la Libanaise Faïrouz. Les deux graines de stars allaient, très tôt, se retrouver aux premiers rangs de la chanson arabe. Mestaniak de la retraitée Aziza Jalal vient d’être réinterprétée par Nancy Ajram ; Jara Wadina de la défunte Rajaâ Belemlih, un quart de siècle après sa sortie, demeure une oeuvre-phare.

Vingt ans après son éclosion, "Mawahib" s’est éteinte dans l’amertume unanime

Qu’avaient en commun Bensaid, Jalal et Belemlih hormis leur âge tendre ? D’avoir été révélées toutes les trois par Mawahib. Entrée à bout de bras par Abdenbi Jirari, cette émission, surgie en 1967, et pour l’épanouissement de laquelle le compositeur qui avait fondé, en 1945, le premier orchestre moderne marocain, sacrifia pratiquement sa carrière, reste, de mémoire de connaisseur, irremplaçable. Tant elle fut prodigue en découvertes de talents rares. Samira Bensaïd, Aziza Jalal, Rajaâ Belemlih, et tant de chanteurs illustres n’auraient probablement pas percé si, un jour, Mawahib ne les avait pas mis en lumière. Vingt ans de règne sans partage, puis l’émission abdiqua, faute de grands serviteurs. Abdenbi Jirari, esseulé, ne pouvait plus à lui seul faire tourner la baraque. Il en rendit les clés, la mort dans l’âme. Jacqueline Alioli en hérita. L’émission fut débaptisée et rebaptisée Mouzika. Mais dédiée exclusivement à la découverte de talents de la variété occidentale, elle vécut ce que vivent les roses. Un vide sidéral s’ensuivit. La chaîne 2M tenta de le combler en proposant, coup sur coup, Noujoum Al Ghad et Noujoum wa Noujoum. Les deux émissions, conçues et animées par l’inamovible Atiq Benchiguer, ne manquaient pas d’intérêt, elles eurent même le mérite de mettre dans le bain une poignée de chanteurs, dont la brillante Asmaa Lamnaouar, mais elles ne parvenaient pas à faire oublier Mawahib.

A "Mawahib" s’est substituée "Mouzika", vite disparue pour s’être concentrée sur la variété occidentale

Casting Star vint, et l’on espérait que l’essai allait enfin être transformé. L’émission, initiée par ce qu’on n’appelait pas encore la Oula, s’était présentée avec des arguments solides. Elle avait repris le principe d’itinérance à travers le Royaume en quête de jeunes pousses, appliqué par Noujoum et Noujoum, qu’elle avait enrichi de celui de la télé réalité, lequel repose sur la cohabitation entre les finalistes. Malheureusement, elle n’eut guère le temps de faire ses preuves, puisqu’elle ne fit qu’un tour puis s’en fut. En 2004, Studio 2M prit le témoin. S’inspirant, en partie, de la Star Academy, sa presque contemporaine, l’émission consiste dans l’organisation de caravanes à travers le pays à seule fin de présélection des prétendants au sacre.
Au terme de cette phase préliminaire, vingt d’entre eux sont retenus par le jury. Pris en main par deux encadreurs, en l’occurrence la chanteuse reconnue, Christine Caro, et le compositeur au long cours (Aghla Dikrayati, Ghazza fi Qalbi…), ils avaient toute une semaine pour se préparer à affronter les téléspectateurs et le jury. Chaque étape est l’objet de modules quotidiens découvrant l’atmosphère qui règne parmi les candidats ou portraitisant ceux qui restent en lice.
Le samedi, au soir, 2M, diffuse un prime de sélection, rehaussé par la participation de vedettes de la chanson. A titre d’exemple, l’édition 2008 a vu la présence de grands noms tels Wael Jassar, Meryem Farès, Amel Bent, Younes Mégri, Hamid Bouchnak, Malek… ; celle de 2009 a été illuminée par Diana Haddad, Hicham Abbas, Magic System, Naïma Samih, Mahmoud Idrissi, Abdelouahab Doukkali, Mazagan… Quatorze candidats tombent au champ d’honneur, six vont connaître les joies angoissées de la finale. Deux ou trois d’entre eux sont consacrés par le jury, un seul sera élu par le public, par la voie du SMS. Tous sont récompensés par une somme d’argent, la production aux frais de Studio 2M d’un titre et d’un clip.
En 2004, les vainqueurs se nomment Joudia, Aziz Badr, Marouane et Fatima-Zahra ; en 2005, c’est au tour de Leila, Mona et Hatim de s’imposer ; 2006 distingue Hasna et Yassine ; 2007 consacre Sabrine, Leila, Imane et Marouane, auxquels succèdent, en 2008, Hajar, Sahar et Amine ; 2009 voit le triomphe de Meryem, Sofia, Taoufik et Zoubida. Que sont devenus ces lauréats ? Peu de chose, si l’on en croit les négativistes attitrés. Selon ces derniers, 2M ferait son beurre avec Studio 2M, en stimulant les annonces publicitaires et en récoltant la manne des SMS, sans en faire bénéficier ses découvertes. Celles-ci se retrouveraient, prétendent-ils, jetés comme l’écorce d’une orange pressée.
Rares sont ceux qui trouveraient une place au soleil de la chanson, les plus chanceux échoueraient dans des cabarets et beaucoup de rêves seraient froissés.

"Studio 2M" ne jette pas ses lauréats comme une écorce d’orange

Il est vrai que Studio 2M est loin de posséder les moyens de ses sœurs libanaises Star Ac et X-Factor, qui ne font que révéler des talents, mais leur garantir une carrière, il n’en est pas moins avéré que Studio 2M, malgré ses possibilités étriquées, ne lâche pas ses révélations dans la nature.
Sans ce suivi, Joudia (2004) n’aurait pas, à ce jour, à son compteur plusieurs titres, dont Je m’envole, Je serai-là, Non, ça sera non (avec Mami et Diams), Ana Ana (en duo avec Sy Mehdi) ou Lyoum, ni obtenu le rôle principal dans la comédie musicale Piaf toujours. Leila El Gouchi (2005) enchaîne les tubes : Hbib Rouh Koulli Saâa Libghitou, Saâa Saïda, Bahebbak, Matkhalliniche, Hada Hali, Hiya Dounia… Encore mieux loti, Hatem Ammor (2005), avec ses Gouly, Daba Daba, Mgharba, Nadani Houdnek, Yemchi Hal, Chabba, et une carrière de comédien entamée dans la série Bent Bladi du couple Khadija Assad-Aziz Saâdallah. Depuis sa consécration par Studio 2M (2006), Hasna Zalagh ne se tourne pas les pouces, deux singles, Yali Lamouni, Mahaoualtich, et un album, Waffir kalamak, sont déjà à son actif. Ce ne sont là que quelques contre-arguments opposés aux détracteurs de Studio 2M.
C’est sûrement en raison de la réussite de Studio 2M que le nombre de candidats est passé de 2 469 en 2009 à 3 062 en 2010. La caravane se met en branle à destination de Tanger, Fès, Agadir, Marrakech, Rabat, Casablanca, Laâyoune et Paris. Au bout du périple, vingt jeunes talents sont élus, ils disputeront les places de finalistes. Le premier  prime, animé par Samira Bensaïd, Mohamed Lamine, Daoudia et Taoufik Bouchita, est fatal à Wassima El Mail, Amina Aït Bourhim, Saoussan Abou Chiba, Imane Rguib. Le deuxième, auquel ont pris part Melhem Zine, Hasna Zalagh, Tahour et Safia Montassir, se solde par l’échec de Jihad Seghir, Nikolav Tomov Borislav, Amal Ouabdous et Rim Benmoukadam. Au troisième prime, rehaussé par Khaled, Ahmed Cherif, Maâlouma, Saïda Charaf, Khaled Bennani et Hamid El Kasri, le quatuor Ikram Bourass, Ibtissam Ouqacem, Zakaria Ghafouli, Sofia Chahine disparaît de la scène. Sébastien Raimbault et Dounia Batma descendent du train à l’escale suivante. Rabab Najid, Lamia Zaidi Tay, Rida Messaoudi, Tarek Farih, Mohsine Salaheddine et Amal El Bouchari réchappent à l’hécatombe. Ils vont devoir se mesurer les uns aux autres le 15 mai lors d’une finale qui s’annonce très disputée.
Samedi 15 mai. Il est 18 h. Les alentours du siège de 2M sont gagnés par une incroyable effervescence. Beaucoup, alléchés par le programme de la soirée, où se produiront, outre les six finalistes, Haj Moughit, Farès Karam, Danny Briand, Fulla, Daoudi, le groupe Mazagan, Ghani, Meryem Chekroun et Ghani, tentent de pénétrer dans la chaîne sans le visa requis.
Le service d’ordre ne sait plus à quel saint se vouer. Il refoule à tour de bras. Le studio d’enregistrement est plein à craquer. Il croule sous les hurlements d’une foule survoltée par les «ambianceurs» de service. Le duo présentateur, Samira-Chakib, peaufine son laïus. Les réalisateurs, Rédouane El Kasni et Mohamed Lichir, procèdent aux ultimes réglages. Le jury, formé d’un quatuor de musiciens, Nabil Khaldi, Malek, Mohammed Derham et Hassan Kadmiri, est déjà installé à table. Pendant ce temps, les finalistes, dans les coulisses, n’en mènent pas large. Leurs parents, à qui l’on a réservé une pièce, essayent de tromper leur impatience par un luxe de rafraîchissements, de friandises et de canapés.

Prestations des finalistes, jeux acrobatiques, chants et danses, le 7e "studio 2M" valait plus qu’un détour

A 21 h 30, le signal de départ de la finale est donné sur la douce mélodie, Ibtassim Ya Ghazal, composée par Abdenbi Jirari. Les présentateurs occupent un certain temps le plateau. Fuse alors un réarrangement d’un extrait de Siniya de Nass Al Ghiwane. De quoi électriser un auditoire aussi jeune qu’emballé. La musique se tait pour laisser place aux images des demi-finales. Ensuite, les finalistes défilent sous les applaudissements du public. Lequel fera, après, connaissance avec les membres du jury. Sur ce, Haj Moughit et son violon déboulent des coulisses pour mettre leur grain de chaâbi. Chauffe, Moughit, chauffe ! Le degré de température grimpe. Puis, on attaque les choses sérieuses, avec l’entrée en scène du premier finaliste. Il a une bonne bouille et il s’appelle Mohssine Salaheddine. Latgoulich Nsani, de Abdelhadi Belkhayat, lui a été échue, il interprète avec une justesse remarquable. Au terme de sa prestation, ses parents sont invités à le «raconter», Mohammed Derham émet un jugement flatteur à son endroit. Sans transition, on passe à Amal El Bouchari, qui nous en met plein la vue et l’ouïe avec son New York de Lisa Minnelli. Dans l’ordre, suivront Tarek Farih (Bared ou Skhoun), Lamia Zaïdi Tay (Ismaouni), Rida Messaoudi (Le coup du soleil), Rabab Najid (Sawwalt âlik Lôud ou nnay). A chaque passage d’un candidat succèdent un bref entretien avec ses parents et l’appréciation d’un élément du jury sur son tour de chant. L’enchaînement des prestations est entrecoupé de jeux acrobatiques, de solos (Haj Moughit, Farès Karam, Danny Briand, Abderrahim Souiri, Meryem Chakroun, Fulla, Daoudi, Ghani) ou de duos (Farès Karam-Rabab Najid, Danny Briand-Amal El Bouchari…)
Vers minuit, le jury se retire pour les délibérations, pendant qu’un notaire compte les suffrages du public. Le verdict ? Mohssine Salaheddine, Lamia Zaïdi Tay et Amal Al Bouchari ont trouvé grâce aux yeux des membres du jury. Le public, en revanche, leur a préféré Tarik Farih. Les quatre ont reçu chacun un chèque de
50 000 DH et obtenu la promesse d’un single et d’un clip. Les deux finalistes malheureux, Rabab Najid et Rida Messaoud, ne sont pas partis les mains vides. Ils ont empoché 20 000 DH par tête de pipe, un single leur est garanti. Tout le monde était donc content. Tellement content qu’une photo de groupe fut prise. Du lot se détache la tête chenue de Abdenbi Jirari. L’ancien animateur de Mawahib s’est, depuis belle lurette, mis en congé du chant. Pourtant, lorsque Studio 2M l’invita à son propre hommage, il sortit de sa retraite pour se rendre au siège de 2M. Et quand l’émission lui proposa d’être l’invité d’honneur de la finale de sa VIIe édition, il ne déclina pas l’offre. Serait-ce la manifestation d’un adoubement de Studio 2M par le créateur de Mawahib ? On tendrait à le croire.