Soumaya Akaâboune, une tête dans les étoiles

L’année dernière, elle a fait son apparition sur le petit écran marocain dans des séries à succès. Mais sa carrière a commencé depuis bien longtemps. Après avoir foulé les théâtres et les plateaux de tournage de Bruxelles, de Paris, de Londres, de New-York et de Los Angeles, le retour au pays de Soumaya Akaâboune se fait remarquable.

«On peut quitter Tanger, mais Tanger ne nous quitte jamais», plaisante Soumaya Akaâboune au sujet de son accent tangérois très prononcé en darija. Et ce n’est pas que des paroles en l’air. N’a-t-elle pas présenté sa ville natale dans deux documentaires pour Arte et CNN ? Qui d’autre aurait pu raconter le Tanger de Paul Bowls et des Rolling Stones, que la fille de l’emblématique Abdeslam Akaâboune? Ce personnage, au réseau immense, a reçu dans sa maison toutes les célébrités de passage dans la ville blanche. C’est dans cette ambiance qu’évolue Soumaya l’enfant, en se frottant aux plus grands artistes du siècle…

Elle a quatorze ans à peine, lorsqu’un invité de son père remarque sa petite chorégraphie et vient lui demander si elle comptait devenir danseuse professionnelle. Intriguée par la question du monsieur, Soumaya questionne son père qui lui révèle l’identité du curieux: Maurice Béjart, le chorégraphe étoile, fondateur de la compagnie «Le ballet du XXe siècle». L’année même, elle s’envole pour Bruxelles pour rejoindre la Mudra, école au sein de laquelle des générations de chorégraphes ont reçu l’enseignement de Béjart, à raison de huit heures de danse par jour. Pendant quatre ans, la jeune Akaâboune ne fait que cela, danser… Rentrée à dix-huit ans, Soumaya veut explorer autre chose que l’expression corporelle. Elle s’inscrit aux Beaux Arts, mais ne se retrouve pas dans l’enseignement académique. Elle replie bagage et s’envole pour Paris pour gagner sa vie, dans la danse et le mannequinat.

Pause bébé

Quelques années plus tard, une opportunité de jouer dans une comédie musicale l’amène à Londres. Elle a vingt-cinq ans. Lors d’une représentation, l’humoriste et comédienne américaine Sandra Bernhard la remarque en spectacle, l’invite à son show «up All Night» sur la chaîne Channel 4 England, puis lui parle d’un projet de pièce qui la séduit immédiatement. «I’m still here damn it !» est un dialogue entre une  juive et une musulmane dans un hammam. Soumaya participe au développement de la pièce qui se joue pour la première fois dans un petit théâtre à Los Angeles. Quatre semaines à peine sont suffisantes pour jouer à guichets fermés. Après trois mois, c’est la consécration : elles sont invitées à se produire à Brodway.

Durant quatre ans, elle continue son show, mais fait ses premiers pas à Hollywood en multipliant les rôles auprès des plus grands comédiens et réalisateurs. «‘‘Dernier été à Tanger’’, ‘‘Highlander’’, ‘‘Moses’’ et plusieurs séries télé qui m’ont définitivement mise sur la voie du cinéma», raconte Soumaya.

C’est en cette période qu’elle rencontre le réalisateur Peter Rodger, qui lui offre un rôle dans la vraie vie… celui d’épouse et de mère. «J’avais besoin de me poser, de retrouver des repères. J’ai senti que c’est avec Peter que je pouvais fonder une famille. Et on a eu Jazz», raconte Soumaya qui, pendant les cinq premières années de la vie de son fils, se dédie totalement à sa responsabilité de mère, voulant lui inculquer des valeurs essentielles pour elle. Elle refuse les rôles qui se présentent, même si un fond d’inquiétude pèse sur elle: «La reprise risquait d’être difficile. Il est facile de se faire oublier de la scène», explique-t-elle. Entre-temps, elle ne ménage aucun effort pour peaufiner son talent de comédienne. Elle rejoint le Loft Studio, fréquenté par les plus grandes stars : Nicolas Cage, Johnny Depp, Sean Penn, Michelle Pfeiffer et Angelica Huston…

Le retour au grand écran se fait suite à un appel d’un directeur de casting qui propose une figuration sans dialogue dans un film avec Matt Damon. Après une petite vidéo tournée, elle reste sans nouvelles pendant plus d’un mois. «Ô mon Dieu, je suis partie depuis tellement longtemps que personne ne veut de moi !», s’alarme-t-elle. Mais on la rappelle pour lui donner le rôle, largement retravaillé pour qu’elle ait un texte et une présence face à Matt Damon dans Green Zone, de Paul Greengrass. «Le réalisateur m’a dit : ‘‘Est-ce que tu peux improviser?’’. Je lui ai répondu ‘‘Pour travailler avec vous, je pourrais même piloter un avion’’», rit-elle.

Le commentaire de Matt Damon sur sa prestation à l’effet d’une «accolade qui lui ouvre d’autres portes». Elle enchaîne les apparitions télévisées et cinématographiques avec Gerarld Buttler, Antonio Banderas, David Bowie, Armand Assante, Jamie Harris, James Franco, Sonia Brage, Catherine Zeta Jones et d’autres…

Retour de la fille prodige

Mais l’année dernière, «j’ai décidé de rentrer au Maroc, après un tournage de série à Ouarzazate, pour permettre à Jazz de faire connaissance avec ses origines marocaines. Mon mari fait beaucoup d’allers-retours pour son travail», explique Soumaya Akaâboune qui ne s’attendait pas le moindre du monde à recevoir si vite l’appel d’un réalisateur marocain. «Abdelhay Laraki aurait entendu parler de mon retour via un ami et m’a invité à passer le casting de sa série Maqtou Men Chajra. En plein tournage, je reçois un appel d’Image Factory me signifiant que Yassine Fennane me veut pour la série Waadi. Je crois que le téléphone arabe marche vraiment», s’esclaffe Soumaya.

Depuis, les demandes fusent. Elle joue dans la saison 2 de Waadi, dans La toile d’araignée, téléfilm d’Abdehay Laraki, dans Hyati, nouvelle série de Yassine Fennane, et un premier rôle au cinéma avec le réalisateur prometteur Yassine Marco Maroccu, qu’elle trouve particulièrement talentueux. «Je ne vois pas de différence entre les réalisateurs américains et marocains. Si les Marocains avaient les moyens, le résultat serait spectaculaire», commente Soumaya. «J’apprends beaucoup auprès des réalisateurs marocains. J’apporte également mon art et ma formation, mais sans prétention aucune». Aussi, elle aimerait également jouer pour Ali Mejdoub, Faouzi Bensaidi, Alaa Akaâboune ou Narjis Nejjar… en espérant qu’un jour elle pourra exploiter son talent de danseuse : «La nuit, je rêve toujours que je danse»