Sixième édition des Andalousies atlantiques : la musique ressuscite les textes anciens

Malhoun, gharnati, chants liturgiques hébraïques et arabes…, voyage dans l’histoire des compositions.
Identité et transmission au cÅ“ur des forums de l’événement qui a duré du 29 octobre au 1ernovembre.

Contre l’oubli, il y a l’intense éloquence de la poésie, il y a des noms célèbres, des refrains immortels… Cette sixième édition des Andalousies atlantiques -qui s’est tenue du 29 octobre au 1er novembre, à Essaouira- était un voyage initiatique, tout en musique. Et ceux qui étaient du voyage se sont rendu compte qu’il était aussi géographique. Les interprètes venus de différents coins du monde ont chanté du matrouze, du malhoun, du gharnati, des chants liturgiques hébraïques et arabes, du chaâbi algérois et même du kathak indien… On a voyagé dans l’histoire de la littérature, les textes, les compositions… Au final, le festival a réussi à démontrer sa capacité à défendre un concept culturel essentiel, porteur d’une musique toujours présente, sur une ville d’élection. C’est au cœur d’Essaouira entre ses eaux furieuses et ses goélands insomniaques que la chanson andalouse a ressuscitée. La ville qui a inspiré, peintres, poètes, cinéastes… a offert la musique sans retenue. De la générosité que l’on doit, entre autres, à Raymonde El Bidaouia. La chanteuse, coquine, charmante, accompagnée de l’orchestre d’Oujda, ne s’est pas contentée de chanter, son interprétation, comme beaucoup l’attendaient, était renouvelée. La vedette est allée vers son public qui n’a pas cessé de l’acclamer. Sa voix chaude, bonifiée par le temps, a laissé couler des chansons anciennes connues, à qui l’interprète a donné un cachet inédit, l’empreinte de Raymonde, tout simplement. Les concerts ont investi Bab El Menzah, la Skala, Dar Souiri. L’émotion aussi. Elle était forte lorsqu’on a évoqué le souvenir (toujours présent) de Zohra El-Fassia (1905-1995). Cette artiste qui ne s’est pas contentée de chanter, mais qui a composé ses propres chansons, comme elle les sentait.
Le festival poursuit également une démarche volontariste d’ouverture au public le plus large à travers une programmation variée, des entrées gratuites, plaçant la musique au-delà d’un produit de consommation. La musique a pris le pouvoir le temps de trois soirs. La participation croissante et fidèle du public témoigne de l’intérêt d’une démarche artistique poursuivie. Porté par un projet artistique innovant et une musique enracinée dans le pays depuis des siècles.
Le festival est en mouvement, ce petit rendez-vous s’agrandit. Ils étaient nombreux à arriver à Essaouira pour voir, entre autres, Ravi Shankar. Mais il fallait lire jusqu’au bout : Ravi Shankar Mishar, un jeune danseur de kathak indien, au talent grandissant. La déception n’a pas duré longtemps, les amoureux de la musique ont pu trouver refuge dans le gharnati de Fouad Didi. Ce musicien et chanteur algérien n’a pas hésité à développer ses arabesques, en compagnie de Maurice El Medioni. Le célèbre pianiste à qui l’on doit le style pianoriental (qui s’est largement diffusé par la suite dans la musique maghrébine), a largement marqué les festivaliers. Son concert a évolué entre richesse de profusion. Beaucoup de nostalgie aussi a accompagné ce bel après-midi souiri où l’on a poussé le plaisir à chanter Haj Mohamed El Anka…

La beauté du Maroc est dans sa diversité
La présence et l’engagement d’André Azoulay, président-fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, ont largement contribué à la réussite du festival et ce n’est pas seulement une question de notoriété et d’enthousiasme. L’enthousiasme ne dure pas longtemps, mais le travail assidu est visible. L’équipe organisatrice s’est aventurée sur un terrain plus structuré en soulevant des débats de fond. Loin du politiquement correct et de la langue de bois. André Azoulay a orchestré des rencontres qui ont permis de revisiter à travers des regards artistiques des espaces patrimoniaux essentiels à la compréhension de l’identité du pays. C’est autour de cette thématique, «Identité et transmission», que des forums ont eu lieu lors des chaudes matinales d’Essaouira. «Passage de la mémoire à l’histoire», «Ecriture de l’histoire du XXe siècle», «L’histoire du judaïsme marocain occulté des livres d’histoire», autant de thématiques qui se sont croisées, trouvant dans un premier lieu leurs éléments de réponse dans la chanson.
La parole a été donnée aux officiels, aux intellectuels et aux présents quels que soient leur âge, leur engagement ou leur confession.
«Une richesse», que les participants ont partagée. Une richesse parmi tant d’autres que recèle le sol marocain, et la ville d’accueil, Essaouira, qui n’a d’ailleurs pas cessé de nous livrer tous ses trésors. D’importantes fouilles archéologiques ont lieu en ce moment sur l’île de Mogador.