Siel 2011 : objectif, 1 million de visiteurs

724 éditeurs et exposants venus de 42 pays. L’Italie invitée d’honneur. La France renforce sa présence et l’Espagne accélère la cadence.

Ils sont 724 exposants à participer à cette nouvelle édition du Salon international de l’édition et du livre à Casablanca (Siel). Depuis 17 ans, le rendez-vous livresque, situé au cœur de l’Office des foires et des expositions, est devenu aussi incontournable qu’attendu et critiqué. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne laisse personne indifférent ! L’année dernière des étudiants de la filière «Métiers du livre» de l’Université Hassan II de Casablanca ont effectué une enquête qui a concerné 600 visiteurs (552 questionnaires validés) et 115 exposants (106 questionnaires validés). Sur les 552 visiteurs questionnés, 108 avouent s’y être rendus pour acheter des livres et 141 juste pour s’informer et voir, et les 22 restants cherchaient des contacts. Selon le résultat de cette même étude, seulement 90 visiteurs ont trouvé le Salon accueillant contre 177 qui l’ont qualifié de médiocre. Quant au prix des ouvrages, 274 personnes trouvent les livres trop chers, 252 le qualifient de raisonnable et  seulement 17 le trouvent abordable ! Pour rester dans les chiffres mais côté exposants, 22 d’entre eux trouvent l’organisation très bonne et 11 la qualifient de médiocre. Toujours sur l’échantillon des 106 participants interrogés, 47 ont considéré le coût de la location des espaces assez élevé, et 40 d’entre eux l’estiment abordable. «Les prix que nous pratiquons pour le Siel sont les moins chers sur le marché. Nous faisons des efforts  considérables pour promouvoir la culture», explique le directeur général de l’Office des foires et expositions de Casablanca, Aziz Alami. En effet, les prix semblent assez accessibles. «Le stand nu coûte 400 DH/m2 et l’aménagé entre 600 et 700 DH», poursuit le responsable. La surface dédiée aux expositions cette année, et contrairement à ce qui a été annoncé, n’a pas augmenté. Au contraire, elle a légèrement baissé passant de 25 000  à 23 800 m2 pour cette année. Mais peu importe ! La réussite de ce salon ne se mesure pas en mètres carrés. Le Siel est surtout une question de contenu, de rencontres. Le ministre de la culture ambitionne d’accueillir 1 million de visiteurs cette année. (Ils étaient 500 000 l’année dernière, selon les chiffres officiels). Pour cette 17e édition, les services culturels des ambassades présentes au Maroc se sont ingéniés à trouver les meilleurs représentants de leur langue pour faire valoir leur littérature, leur culture. Mais on peut dire sans prendre le risque d’être contesté, que l’Italie a su se démarquer et cela à plusieurs titres. Quoi de plus naturel ? Le pays de Dante n’est-il pas l’invité d’honneur de cette année ?
La langue, les langues sous toutes leurs formes, outils de rupture, d’ouverture…Toutes les déclinaisons, les liaisons, les trahisons de langues semblent abordées dans ce Siel. L’artiste italien Marco Nereo Rotelli, quant à lui, s’est intéressé à l’aspect visuel de la langue et plus précisément des alphabets. Son exposition «Portée musicale des langues» inaugure le salon et attire les curieux et les amoureux des formes généreuses des lettres.
Parmi les nouveautés de cette édition, la vente des livres au stand italien. «Il y a 4 000 étudiants italiens au Maroc et nous avons décidé de répondre à un besoin de livres en la matière», explique Orazio Guanciale, conseiller de l’ambassadeur d’Italie. C’est l’entreprise de distribution Sochepress qui s’est associée à l’ambassade pour les besoins de l’opération.

Le Siel de Casablanca maintient ses aspirations

Toujours côté nouveautés et en ouverture des festivités, l’accord signé entre la Bibliothèque nationale du Maroc et la Bibliothèque nationale de Rome. «Cela concerne des échanges de savoir-faire en matière de conservation des manuscrits», informe M. Gouanciale.
Des sujets d’intérêt commun sont au programme lors de cette édition et l’histoire a la part belle. Des voyages dans le temps sont prévus. Nous reviendrons sur les traces de Léon l’Africain en compagnie de prestigieux historiens, pour aborder ensuite les questions siciliennes avec «Frédéric II et l’empreinte arabe dans le sud de l’Italie». Notons cependant la participation à ce débat du célèbre historien médiéval italien, Franco Cardini, un rendez-vous incontournable de ce salon à la Salle Mohamed Arkoun lundi 14 février à 18 h 30. Il sera aussi question lors de ces rencontres de Amicis et My Hassan 1er (L’écrivain et le sultan) et de la première ambassade italienne au Maroc avec  Maria Attanasio, Mohamed Moktary, Amina Aouchar. Une rencontre organisée par l’ambassade d’italie en collaboration avec le ministère de la culture. Des rendez-vous aussi hors des murs de l’OFEC sont prévus. Des envolées lyriques avec une veillée poétique méditerranéenne sont programmées à la Sqala, en italien, en français et en arabe, avec Maria Attanasio, Muriel Augry, Abdellatif Laâbi, Hassan Najmi, Vénus Khoury-Ghata, Marco Nereo Rotelli.
Le Siel ratisse large cette année. Les thématiques abordées sont aussi diverses. Des sujets tels le soufisme, la langue amazigh ou encore l’avenir de la culture arabe seront au menu des rencontres. Malheureusement, l’hommage prévu pour le poète égyptien Jaber Ousfour a été finalement annulé. L’auteur, vu le contexte politique en Egypte, ne pouvait assister à l’événement. Mais le ministre de la culture se veut rassurant. «Très peu de personnalités égyptiennes se sont désistées», a-t-il annoncé. Le stand France s’ouvre sur le thème de la rencontre, de toutes les possibilités de rencontres. «Rencontres avec les écrivains qui font l’actualité éditoriale en France, mais rencontres également avec des idées à travers des débats et des tables rondes. Des échanges entre professionnels du livre, avec qui le service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France travaille toute l’année, seront aussi l’occasion de partager des expériences pour mieux servir le livre», a annoncé Bruno Joubert, ambassadeur de France au Maroc. L’Espagne se fraye également un chemin dans ce Salon. Vendredi 18 février à 18h dans le stand espagnol, une rencontre, à ne pas rater, autour du roman avec Antonio Lozano et Mohammed Berrada. Et samedi 19 février à 16 h dans le même espace, le Salon international du livre africain présente «La traduction. Littérature sans frontières». De toute évidence, le bilan du Siel semble difficile à établir… Malgré la création d’un véritable espace de rencontres et de débats, le rendez-vous livresque semble plus tourné vers l’extérieur que vers l’intérieur.