Sept affiches à  ne pas manquer

Le plateau de Gnaoua et Musiques du monde étant composé d’immenses talents, il peut sembler injuste de détacher certains artistes et d’en omettre d’autres ?Nous avons quand même pris ce risque, en présentant ceux dont l’originalité de l’art ou du parcours nous a frappés, en toute subjectivité.

Wayne Shorter
Le saxo est sans conteste l’instrument-roi du jazz, l’Américain Wayne Shorter en joue divinement depuis des lustres. Né en 1933 à Newark dans le New Jersey, il se révèle, dès ses débuts, en 1959, au sein des Jazz Messengers, comme un saxophoniste ténor dont le jeu évoque celui de John Coltrane.

C’est-à-dire tout en fureur exarcerbée par des sonorités fauves. En 1964, il rejoint le quintette de Miles Davis. A mesure que ce dernier explore les potentialités des instruments électriques, Shorter évolue vers des préoccupations moins formelles que coloristes. En 1971, avec le synthétiseur Joe Zawinul, il fonde Weather Report, groupe qui érige la fusion en dogme absolu. Le saxophoniste imprime alors à son instrument une concision remarquable, mêlée de couleurs et enrichie de rythmes africains. En 2001, il s’entoure d’un pianiste, Danilo Perez, d’un contrebassiste, John Patitucci, et d’un batteur, Brian Blade, avec lesquels il sort trois albums, Footsprints live, Alegria et Beyond the sound Barrier, où il fait preuve d’un sens de l’ellipse captivant.

Eric Legnini
Malgré la consonance chantante de son patronyme, Eric Legnini n’est pas italien, mais belge de naissance et français de cœur. Perfectionniste jusqu’à la névrose, ce pianiste extrêmement doué ne se décide pas à se jeter à l’eau et passe des années à servir des interprètes tels Serge Reggiani, Henri Salvador et Claude Nougaro, ou à accompagner des solistes comme Stefano di Battista, Flovio Boltro ou Stéphane Belmondo. Depuis six ans, il possède sa propre formation, avec laquelle il enregistre, coup sur coup, deux albums étincelants, Miss Soul et Big Boogaloo.

Comme ces titres l’indiquent clairement – Boogaloo est le nom d’une danse qui puise dans la soul et autres variantes du blues -, c’est sur la soul qu’il a jeté son dévolu. En tant que pianiste, Eric Legnini la cultive avec une vivacité et une sensualité impressionnantes. A Essaouira, il sera accompagné de Franck Agulhon à la batterie et de Rosario Bonnacorso et Mathias Allamane à la contrebasse. Ça sera groovy à souhait.

Bessekou Kouyaté
Ce griot célèbre est impayable. Il prétend être né un 7 août (de quelle année ?), alors que l’administration malienne n’a même pas cru utile de lui inventer une date de naissance. Il faut dire que Bassekou Kouyaté est un merveilleux raconteur d’histoires, un art qu’il tient de son père, griot très sollicité. De sa mère, il hérite d’un sens admirable du chant, qu’il accompagne d’un curieux instrument, mi-luth mi-banjo, appelé «ngoni». C’est d’ailleurs parmi un ensemble portant le nom de Ngoni Orchestra qu’il va s’illustrer.

Celui-ci défait, Kouyaté prête ses services aux étoiles indécrochables que sont Toumani Diabaté, Youssou N’Dour et Ali Farka Touré. Lassé de servir de faire-valoir aux vedettes, il se résout à créer son propre groupe : quatre joueurs de ngoni et une chanteuse, Amu Sacko, sa femme. Un album, Segu Blue, en est le fruit tellement apprécié que Bassekou Kouyaté est élu, le 10 avril dernier, meilleur artiste africain de l’année et son opus meilleur album de worl music aux BBC Music Awards. Depuis cette double récompense, le virtuose du ngoni ne sait plus où donner de la tête. Soixante prestations l’attendent jusqu’au 16 juillet, dont une à Essaouira.

Toumani Diabaté
Un Malien en cache un autre. Bassekou Kouyouté s’illustre dans le ngoni ; Toumani Diabaté est un as de la kora, à l’image de son père, Sidiki Diabaté, considéré de son vivant comme un roi en la matière. Deux instruments qu’on a tendance à confondre, alors qu’ils sont différents, la kora étant un croisement entre la harpe et le luth. Diabaté en pince dès l’âge de cinq ans.

A treize ans, il donne son premier spectacle, avec l’ensemble de Koulikoro, à la biennale du Mali. Cinq ans après avoir accompagné la diva locale, Kandia Kouvaté, au Gabon et en France, il compose un album, Kaira, d’une très belle eau. Il n’a que 21 ans, mais il vole de succès en succès et de festival en festival (170 et 2 000 concerts). Les connaisseurs estiment que Diabaté ne cesse de porter haut la kora, comme en témoignent ses albums Songhaï et Songhaï 2, qui allient superbement la kora malienne au flamenco. Il a osé cet alliage saisissant.

Kymani Marley
Il est souvent difficile de porter un nom illustre, comme celui de Marley, surtout lorsqu’on s’engage dans la même voie que l’auteur de ses jours. Kymani, le fils de Bob, y parvient sans encombre. Musicien essentiel doublé d’un éveilleur de consciences impliqué toute sa vie dans la lutte politique, Bob Marley laisse derrière lui le souvenir d’un homme félin, beau et magnétique. De l’avis général, Kymani Marley est la réincarnation de son père. Ce père qu’il a essayé d’honorer, à l’âge de vingt ans, en prenant ses meilleurs titres dans Like father like son. Joli succès.

Viennent ensuite deux albums, The Journey en 1998 et Many more roads en 2001. Ce dernier est plutôt reggae, alors que l’autre mêle reggae, rap, hip-hop et funk. Mais des deux s’exhalent un son, une pulsation, une intensité véhémente qui ne sont pas sans rappeler la musique de Bob Marley. Il ne s’agit pas de mimétisme, le mot déplairait fortement à Kymani, mais sûrement d’un phénomène génétique. Tel père, tel fils.

Ibrahim Maalouf
Tel père, tel fils, l’adage s’appliquerait également au trompettiste libanais Ibrahim Maalouf, fils du célèbre trompettiste Nassim Maalouf, inventeur de la trompette à quart de ton, que Ibrahim élévera à des hauteurs vertigineuses. Brillant matheux, il abandonne ses études pour se consacrer à la trompette, sur les conseils du musicologue français Maurice André. Celui-ci a été épaté par le jeu singulier du jeunot, dans un concert où il lui revenait d’interpréter un des difficultueux Concertos Brandebourgeois de Bach.

Bardé de diplômes (15 au total), couvert de distinctions, Ibrahim Maalouf commence à se produire avec des artistes aussi divers que Archie Shepp, Marcel Khalifé, Mathieu Chédid ou Amadou et Mariam. En 2007, il sort son premier album, Diasporas, où les sonorités arabes se trouvent en parfaite harmonie avec le rock, le jazz et le funk. A vingt-huit ans, Ibrahim Maalouf est déjà reconnu comme l’un des plus lumineux trompettistes de la planète.

Orchestre National
de Barbès

Les membres d’ONB sont au nombre de douze. Ils n’ont pas tous la même origine ni les mêmes préfèrences musicales. Youcef Boukella trouve le jazz et le rock à son goût ; Kamel Tenfiche est attaché au reggae ; Tewfik Mimoun connaît par cœur la chanson moderne marocaine ; Mehdi Askeur est nourri au lait du raï, et le reste du groupe est à ce curieux avenant.

Pourtant, ils sont unis comme les doigts de la main. Ce qui explique leur solaire itinéraire depuis la création d’ONB en 1995. Mêlant raï, rock, jazz, gnaoui, chaâbi et autres polyphonies, le groupe a su imposer son cachet jubilatoire et s’imposer, par la même occasion, sur la scène de la fusion. Aussi casse-t-il la baraque à chacune de ses apparitions ou fait-il recette enviable à la sortie d’un album. Alik est son troisième opus, mûri pendant huit ans. On y rencontre zouk et rumba, musette et accordéon, gnaoua et pop-rock. Et l’on est encore une fois admiratif devant l’art de ces douze garçons dans le vent de savoir mélanger les genres sans les confondre .