Salon du livre : une forte participation de la France

Prévue du 8 au 17 février, la XIVe édition du Salon international du livre et
de l’édition (SIEL)
verra la participation de 578 exposants représentant 44 pays. La participation
de la France,
invité d’honneur, sera forte d’une centaine d’éditeurs avec quelque 2 000 nouveautés.
Soirées poétiques et musicales sont prévues. Aperçu du programme.

Le 8 février courant sera donné le coup d’envoi de la XIVe édition du Salon international du livre et de l’édition (SIEL), la manifestation culturelle marocaine la plus importante et la plus courue de l’année pour les professionnels du livre. Comme d’habitude, l’événement se déroulera dans les locaux de l’Office des foires et expositions de Casablanca (Ofec). Mais pas uniquement, et c’est la nouveauté de cette édition : les organisateurs franchiront l’enceinte de l’incontournable palais pour associer toute la ville blanche à  l’événement. Le livre, «La lecture en fête» (c’est le thème de cette année), c’est bien, mais la musique, le théâtre et la poésie ne sont pas moins, également, des expressions culturelles que les responsables du salon ont jugé utile d’associer au menu purement livresque. Ainsi, madame la ministre, Touria Jabrane, n’a pas voulu laisser passer ce premier grand événement sans lui imprimer sa marque d’artiste. C’est son côté «populaire».

Si Nass El Ghiwane, Jil Jilala et Abdelhadi Belkhyyat se déploieront sur l’esplanade jouxtant le grand palais d’exposition, les troupes théâtrales soutenues par le ministère de la culture, elles, présenteront leurs nouveautés à  l’extérieur, aux complexes culturels de Sidi Belyout, Touria Sekkat et Moulay Rachid. Idem pour les soirées poétiques programmées, auxquelles prendront part quelques invités de marque, comme l’Egyptien Abderrahman Al-Abnoudi, le Bahreà¯ni Kacem Haddad et l’Emirati Missoumi Sakr, de même que la comédienne du pays du Nil Nidal Al Achkar. Cette animation artistique initiée pour la première fois dans le cadre de cette foire du livre aura un coût : 8 MDH.

578 exposants cette année (contre 615 en 2007 et 559 en 2006), appartenant à  44 pays, sont conviés à  présenter leurs nouveautés, avec des invités de marque pour animer tables rondes, conférences et débats. Parmi eux, des auteurs de renom comme Azmi Bechara, Yahya Yakhlef, Marcel Rufo, Malek Chebel, Mamadou Tangara, Tahar Benjelloun, Abdellatif Laâbi, Abdelwahab Meddeb…

Abdelwahab Meddeb y défendra son dernier ouvrage sur l’islam
Ce dernier, écrivain et poète tunisien d’expression française, spécialiste de l’islam, aura à  présenter (et à  défendre) son dernier ouvrage, sorti en janvier 2008, qui fera sûrement date, et suscitera le débat dans cette manifestation. L’ouvrage (édité aux éditions du Seuil) porte un titre symptomatique, Sortir de la malédiction. L’islam entre civilisation et barbarie. Il propose un traitement pour un islam malade de l’islamisme. L’auteur nous en donne un avant-goût dans un entretien accordé au Nouvel Observateur du 17 janvier 2008 : «Le préalable à  toute guérison est l’acclimatation à  l’examen critique des Ecritures sans respecter le moindre tabou. Et pour s’adapter à  l’étude historique et philologique du Coran, il convient de reconsidérer son statut même». L’auteur ne fait que rejoindre en cela la thèse des théologiens rationalistes de l’islam, développée dès le IXe siècle par les Mutazilites.

Cet ouvrage ne manquera pas de donner des sueurs froides aux éditeurs «islamistes» – qui avaient massivement investi le salon dès le milieu des années 1990 pour y distiller une culture obscurantiste contraire à  l’esprit même d’un salon par définition voué aux nouveautés éditoriales par-delà  les frontières. Là -dessus, le commissaire général du salon, Rachid Jebbouj, se veut plutôt rassurant. La commission d’étude des dossiers, instituée au début des années 2000, et dans laquelle sont représentés les ministères de la communication, de la culture et des affaires islamiques (et un spécialiste marocain du livre), aurait passé au peigne fin tous les ouvrages proposés à  l’exposition selon un cahier des charges qui exclut d’emblée «toute littérature propagandiste sur le jihad ou l’appel au meurtre». Tirant enseignement de quelques éditions précédentes o๠des éditeurs arabes, saoudiens notamment, exposaient à  tour de bras des livres jaunis à  des prix imbattables pour attirer le chaland, le ministère de la culture, du temps de Mohamed Al Achaâri, avait jugé bon de mettre de l’ordre, au grand dam de quelques islamistes marocains qui avaient alors crié au scandale.

Un plan d’aide de la France au Maroc en matière de livre et d’écrit y sera dévoilé
Autre événement de la XIVe édition du SIEL : la France, dont la production éditoriale est foisonnante, sera l’invité d’honneur. Rien que pour son action culturelle en faveur du livre au Maroc, le Service culturel de l’ambassade de France dispose d’un réseau de onze médiathèques implantées dans les grandes villes du pays. C’est de loin la plus agissante des actions culturelles sur le sol marocain: 380 000 documents dont 57 000 documents multimédias, 95 000 documents pour la jeunesse, 33 000 adhérents et 600 000 visiteurs. Cent éditeurs français sont attendus à  ce salon, qui occuperont 270 m2, o๠seront exposés plus de 2 000 ouvrages nouvellement publiés. Le jour de l’ouverture de cette édition du SIEL sera spécialement dédié à  l’invité d’honneur, et le 11 février sera consacré journée professionnelle par le ministère : éditeurs, libraires et bibliothécaires français et marocains seront appelés à  partager leurs réflexions et leurs expériences. Ce sera l’occasion de dévoiler au public le plan d’aide de la France au Maroc en matière de livre et d’écrit, dont le projet de rénovation de la Bibliothèque nationale du Maroc suite à  la signature d’une convention avec la Bibliothèque nationale de France.

Côté animation culturelle, plusieurs tables rondes sont prévues, quelques-unes seront l’occasion pour les auteurs et les éditeurs marocains de présenter leurs toutes dernières publications. (voir programme en encadré). On remarquera dans ce cadre la rencontre qui sera animée samedi 9 février par la sociologue Fatema Mernissi et le groupe Synergie civique sur un ouvrage collectif intitulé A quoi rêvent les jeunes au Maroc. La préparation de cet ouvrage, édité aux éditions Marsam, avec la collaboration du Service culturel de l’ambassade d’Italie à  Rabat, a nécessité plusieurs ateliers d’écriture et la contribution de nombre de chercheurs, dont l’économiste Driss Guerraoui et le sociologue Mohsine Al Ahmadi.

Notons que la XIVe édition du SIEL ne fera pas que des heureux. Quelques voix s’élèvent parmi les professionnels du livre pour dénoncer leur «exclusion» des préparatifs du salon, certains éditeurs comme Tarik éditions, Malika éditions, et libraires, comme Kalila wa dimna, se voient même privés par décision du ministère de tutelle d’un stand pour présenter leurs nouveautés. Le commissaire du SIEL, M. Jebbouj, balaie ces critiques d’un revers de main. Il déclare que le ministère a toujours invité les professionnels du livre, dont les éditeurs, à  s’associer à  la conception de cet événement, mais que «ce sont eux qui ne manifestent pas toujours de l’enthousiasme pour s’associer à  nous dans les préparatifs. Encore que, pour l’édition 2007, deux représentants de l’Association pour la promotion de l’édition, du livre et de la lecture (APELL), en l’occurence Mohamed Gounjar, ex-responsable à  Sochepress, et Marie-Louise Belarbi, libraire, ont étroitement collaboré avec nous». Et de s’interroger : «Si un éditeur ne respecte pas les délais pour l’envoi d’une demande de participation, comment peut-on prétendre au professionnalisme?».

Malgré la polémique, l’édition marocaine sera bien présente et animera quelques tables rondes
«Ce prétexte est fallacieux», rétorque Bichr Bennani, de Tarik éditions. Il considère que son exclusion est due plutôt à  un article qu’il a écrit en novembre 2007 dans la revue Lecture éditée par l’APELL. Dans ledit article, l’éditeur convient que des efforts ont été accomplis au cours des dernières années pour une meilleure organisation du SIEL. «Malgré tout, enchaà®ne l’éditeur, le salon gardait un aspect de kermesse avec une grande variété de rencontres, certaines de qualité mais sans réflexion approfondie. Le manque de communication qui a caractérisé ce salon, surtout dans sa phase préparatoire, n’a pas permis de recevoir les visites des principaux concernés, les libraires, les bibliothécaires, les enseignants, les documentalistes des différentes villes du Royaume».

Malika éditions, dirigée par Malika Slaoui, spécialisée en beaux livres sur l’art arabo-musulman, n’aura pas non plus de stand cette année. Elle devra se contenter d’une représentation par le biais de son distributeur, ce qui est inconcevable, dit-elle, pour une maison d’édition devenue une référence au niveau international. De Paris, le bureau des éditeurs du livre l’avait en effet conviée à  participer à  une table ronde consacrée au partenariat franco-marocain dans le monde de l’édition. La vraie raison de son exclusion? «Moi-même, je ne sais pas», répond-elle à  La Vie éco. «J’ai envoyé ma demande un peu tard par rapport à  la date prévue, j’en conviens, mais ce n’est pas une raison pour nous exclure».

Cette polémique, déplacée quand on sait le maigre nombre d’éditeurs sur la place (qui ne dépasse pas la vingtaine), et la maigre moisson de livres produits annuellement par chacun d’entre eux (une douzaine au plus), n’empêchera pas l’édition marocaine d’être présente. Voire d’animer quelques tables rondes. Leila Chaouni, des éditions Le Fennec, en animera une sur la littérature marocaine d’expression française et une autre sur la traduction. Rachid Chraibi, des éditions Marsam, animera quant à  lui celle sur les Å“uvres traduites de Abdellatif Laâbi dont cette maison a publié une dizaine de recueils de poèmes traduits (voir programme).