Salon du cheval, la première édition restera dans les mémoires

Tenu du 22 au 26 octobre à  El Jadida, le Salon du cheval, pour sa première prestation, a laissé une excellente impression n ?Une surprise pour ses organisateurs qui ne s’attendaient pas à  un tel succès, ni à  un nombre aussi impressionnant de visiteur
Les organisateurs ont su conférer à  la manifestation une véritable dimension pédagogique.

A la tombée de la nuit, en ce dimanche 26 octobre, le bruit des calvacades cesse brusquement, les spectateurs quittent les lieux sans se hâter, comme à regret, et, déjà, les restaurateurs commencent à remballer leurs instruments en se frottant les mains. En effet, pendant toute la manifestation, et malgré des prix ne dépassant pas 30 DH pour une collation, pas moins de 40 000 DH, parfois 60 000 DH tombaient chaque jour dans les tiroirs-caisses. Voilà qui donne une idée du taux de fréquentation de ce premier salon.

Les organisateurs attendaient 80 000 visiteurs, un chiffre parfois dépassé en une journée

Moulay Abdellah Alaoui, président de l’Association du Salon du cheval, jubile. A ses côtés, Hamid Bennazou, directeur de l’élevage, pousse un soupir de soulagement : «Nous avions à peine cinq mois pour mettre sur pied le salon. Nous avons travaillé d’arrache-pied pour être au rendez-vous. Mais, malgré cela, nous ne nous attendions pas à une telle affluence. Et qui dit grande affluence dit succès». Il est vrai que, même dans leurs prévisions les plus optimistes, les artisans de ce salon tablaient sur 80 000 visiteurs.Ce chiffre était dépassé parfois en une seule journée, comme celle du samedi 25 octobre, où l’hippodrome Lalla Malika était noir de monde, au point que ses portes ont dû être fermées à des centaines de personnes.
Il faut avouer que les concepteurs du salon ont eu le nez creux en choisissant la ville d’El Jadida pour abriter la rencontre. Personne n’ignore que dans la région des Doukkala, le cheval est un objet de culte. Ce que confirme Haj Messaoud, éleveur à Laâounate : «Le cheval n’est pas un animal commode. Il est indocile, capricieux, coûteux. Mais il dégage quelque chose d’indicible, une sorte de magnétisme, qui fait qu’on en est fasciné et qu’on cède à tous ses caprices». Aussi, attentions et soins lui sont-ils prodigués sans compter. «Avec tous ces engins modernes, le cheval a perdu de son utilité, observe Hamou, cultivateur. Cependant, les paysans se ruinent pour en acquérir un. Et quand ils en ont, ils le traitent avec d’immenses égards. Il est constamment lavé, nourri et bichonné». En avoir dans son écurie force la considération. Apprendre à le monter est un rite incontournable. Cette passion rare des Doukkalis pour le cheval explique pourquoi le salon a fait en permanence salle comble.

La «t’bourida» vedette flamboyante de la première édition du Salon du cheval
D’autant que cette manifestation, inédite, regorgeait d’attractions. Celle que savouraient les visiteurs avec gourmandise était, sans conteste, «t’bourida». Leur fringale était telle qu’ils ne s’en repaissaient jamais, en redemandaient parfois sur l’air des lampions. Même les plus jeunes ne manquaient pas pour toutes les friandises du monde ce rendez-vous biquotidien, et, comme leurs aînés, s’enivraient de l’odeur de la poudre. En connaisseurs, les spectateurs s’amusaient à apprécier les prestations, à distribuer les points et à morigéner les cavaliers qui déchargeaient leurs armes avec un instant de retard sur leurs partenaires. Le spectacle ne se passait pas seulement sur le terrain, mais aussi dans les tribunes et sous les chapiteaux. Il était souvent croustillant, mêlant débordements de joie et piques, enthousiasme et joutes verbales, telles celles qui opposaient Abdis et Doukkalis, exhumant leur litige immémorial à propos d’un puits imaginaire. La fête au son des cavalcades. Mais si «t’bourida» tenait la vedette, les nombreuses autres activités ne manquaient pas de séduction. Toutes tournaient, bien entendu, autour du cheval. Toutes étaient porteuses d’enseignements sur cet animal fabuleux. «Sur le cheval, je ne savais rien, confie Abdellatif Jebrou, chroniqueur à El Ahdath Almaghribia, mais pour avoir fréquenté assidûment le salon, je suis devenu imbattable sur ce chapitre» Ce dont convient la psychologue Hakima Lebbar : «Il faut saluer les organisateurs pour avoir conféré au salon une dimension pédagogique. Aucun détail sur le cheval n’a été négligé, et l’on en ressort considérablement instruit sur cet animal».

La troupe Lorenzo a produit un spectacle époustouflant

Et ce ne sont pas les dizaines d’élèves et de collégiens, que le salon a eu la riche idée d’inviter, qui en disconviendront. On les voyait s’extasier devant les manifestations de l’art du cheval, admirer les selles, les harnachements et les costumes des cavaliers. On était ravi de les surprendre en train de contempler les toiles représentant des chevaux. Car le salon a eu l’inspiration de faire voir le prodigieux équidé en peinture, allant jusqu’à lui consacrer une éblouissante exposition, animée par Mohamed Douah, Mahjoub Houmaine, Farida Essayali, Saïd Qodaid, Ilias Selfati, Youssef Elkahfaï et Hassan El Glaoui. Un des coins les plus fréquentés du salon était celui des boxes. Soixante chevaux s’y affichaient, au grand bonheur des visiteurs, qui, non seulement prenaient tout leur temps pour admirer les chevaux, mais posaient en leur compagnie, au risque de se faire mordre ou de recevoir un coup de tête. Beaucoup revisitaient les lieux, comme ce monsieur qui nous a dit : «Avant, pour moi, un cheval était un cheval. Je ne distinguais pas entre les races. Aujourd’hui, à force de voir les chevaux, je suis en mesure de les discerner, et je ne confonds plus un barbe avec un pur-sang». La mission du salon était de faire découvrir le cheval sous tous ses aspects. Il y a procédé par différentes expositions, de multiples démonstrations, des conférences et des débats, et aussi des spectacles. Celui présenté par la troupe Lorenzo était littéralement époustouflant. Cela tenait autant à l’incomparable adresse des cavaliers qu’aux formidables prouesses des montures, au nombre de douze, unanimement ovationnées.
Avant de quitter définitivement le salon, nous n’avons pas résisté à l’envie de nous rendre à l’atelier de peinture organisé pour les enfants. Plusieurs œuvres s’offraient à voir. Elles étaient charmantes. Et dire que la plupart de leurs tendres auteurs n’avaient jamais vu un cheval auparavant. Le salon leur a appris à le connaître et à l’aimer. Ce qu’ils ont exprimé à travers leur peinture. N’est-ce pas la meilleure démonstration de la réussite exceptionnelle de cette manifestation ?