Saison culturelle française chargée pour l’année 2011

1,2 million d’euros dédiés à  cette nouvelle Saison culturelle. 120 manifestations dans 13 villes du Royaume n Une implication du secteur privé et des entreprises nationales…

Le réseau culturel français au Maroc se renforce, s’étend, s’ouvre à de nouvelles disciplines, gagne de nouveaux adeptes et crée de nouvelles associations. La saison culturelle 2011 s’inscrit, non seulement, dans cette continuité mais s’annonce exceptionnellement riche. «Cette saison 2011 sera dédiée au cirque, à la danse, à la photographie, au livre et au débat d’idées. Y seront mis en lumière notamment la jeune création marocaine issue de la coopération entre nos deux pays comme l’Ecole nationale de cirque Shems’y de Salé, la Compagnie 2k_far ; mais aussi des institutions françaises de renom telles que le Centre national des arts du cirque, le Centre chorégraphique national de Grenoble, l’Agence photographique Magnum, ou encore le très prestigieux Collège de France», annonce Bruno Joubert, ambassadeur de France au Maroc. 120 manifestations se dérouleront tout au long de l’année, dans 13 villes du Maroc. Une première. En préambule de cette nouvelle saison, les performances du cirque Shems’y (voir : www.lavieco.com) ainsi que l’exposition Abysses qui se tient à Casablanca jusqu’au 31 mars. Cette  exposition du Muséum national d’histoire naturelle de Paris fait escale à Casablanca pour deux mois après avoir émerveillé grands et petits à  Hong-Kong, Luanda, Taipei, Taichung, Ping Tong, Shanghai, Hangzhou et Jérusalem. «Un monde inconnu, celui des grands fonds marins, livre enfin ses secrets et révèle que la vie se développe jusqu’aux profondeurs les plus extrêmes de nos océans et sous les formes les plus surprenantes», expliquent les organisateurs.
Le spectacle, «Âm», qui se tiendra à Oujda, Meknès, Rabat, Marrakech et Agadir du 10 mars au 4 mai sera non seulement une occasion pour voir un spectacle de cirque d’une grande envergure mais aussi celle de tisser un lien sensible, entre deux territoires, des artistes, des publics. «18 jeunes artistes du spectacle animeront des ateliers de différentes disciplines circassiennes sous chapiteau dans chaque ville de la tournée marocaine», annoncent les initiateurs du projet. La création a la part belle dans ce nouveau programme. Le Maroc accueillera, en tournée, Métamorphoses du Ballet national de Marseille ou encore Daphnis é Chloé du Centre chorégraphique de Grenoble ainsi que le Ballet de Lorraine et son spectacle de danse contemporaine, Electra. Avec la compagnie 2k_far de danse contemporaine, des ponts de métissages se créent et cette saison culturelle s’appuie sur cette trame et la prolonge.
Toutefois, cette nouvelle opération «ne se substitue pas aux autres activités mais s’y ajoute», tient à souligner Bertrand Commelin, conseiller de coopération et d’action culturelle. Une première, donc, au Maroc mais certainement pas dans la politique culturelle française à l’étranger. Des expériences semblables ont eu lieu, notamment en Angleterre et en Corée du Sud. La culture française s’ouvre sur le monde. Les différents événements français s’inscrivent dans le cadre de la francophonie mais prônent aussi la diversité culturelle. Les différentes résidences d’artistes y témoignent comme celle qui se tient en ce moment à Agadir, une rencontre entre la célèbre chanteuse du Malhoun, Touria Hadraoui et le guitariste Jean-Marc Montera, le percussionniste Ahmad Compaoré et le saxophoniste André Jaume. «La résidence proposée s’articulera autour de cette musique improvisée qui cherche à se libérer des règles et contraintes pour privilégier les interactions, par le sonore, entre les improvisateurs et le public. Un concert de restitution fera partager cette aventure où s’entrelaceront ressemblances artistiques et différences culturelles, de la musique improvisée et de la musique traditionnelle».
Des temps forts qui s’inscrivent dans ces rendez-vous incontournables, le Salon international de l’édition et du livre de Casablanca avec une sélection de choix, à savoir Maylis de Kérangal, Salim Bachi ou encore Eric Fottorino, ainsi que des auteurs jeunesse comme Marguerite Abouet. L’événement livresque sera suivi par un autre, aussi important, créé par l’Institut français de Tanger depuis quinze ans déjà et qui se déroulera en mai prochain. Il s’agit bien sûr du Salon International de Tanger des livres et des arts. Depuis deux ans, une nouvelle orientation a permis de dresser l’état des lieux ainsi que les potentialités que recèle le pays. «Cette saison sera l’occasion de mettre en lumière la vitalité des liens culturels entre le Maroc et la France, suscitant échanges et rencontres, et aussi de nouveaux talents et vocations qui feront la création artistique marocaine et française de demain».

Le Maroc, carrefour des arts de la scène, du monde de l’image

Toutefois, l’effervescence culturelle au Maroc est inégale et le théâtre en demeure l’un des parents pauvres. Le mois de mars sera dédié à la langue française et au théâtre. «Le Français dans tous ses états» porte cette année sur les Ecritures théâtrales. Nous aurons ainsi droit à des tournées d’auteurs qui «prolongeront cet événement, auteurs du Maghreb, de Guinée, ou encore de la Martinique et de Haïti qui viendront rencontrer les publics au cours de tournées dans tout le Maroc». Des rencontres sont prévus avec des grands dramaturges contemporains tel Wajdi Mouawad et aussi des théoriciens comme Joseph Danan.
De toute évidence, ce genre de rencontres offre surtout la possibilité de découvrir ou d’approfondir différentes disciplines. «Toutes ces actions sont systématiquement développées dans un esprit de coopération et une démarche de partenariat, aux côtés des institutions privées et publiques marocaines, universités, collectivités locales, administrations, société civile, entreprises». La démarche culturelle de la France au Maroc continue d’être prospective, comme c’est le cas pour le Prix Grand Atlas qui s’est aussi fait une place de choix ces dernières années en distinguant tous les ans un auteur marocain publié au Maroc (l’année dernière, c’était Mohamed Loakira pour son roman L’Inavouable qui s’est vu attribuer le prix ainsi que Mohamed El Ammar pour sa traduction de l’œuvre «Le livre du rire et de l’oubli» de Milan Kundera).  
De tels événements permettent de mesurer les performances mais aussi les limites et les insuffisances. Mais du moins, et malgré les lacunes flagrantes du secteur culturel au Maroc, on voit bien que la culture devient de plus en plus affaire de tous, affaire de la société civile et aussi des entreprises. Maroc Telecom, Total, Crédit du Maroc, le groupe Accor et Royal Air Maroc soutiennent ces futurs événements et spectacles.
Mais comment favoriser une meilleure collaboration entre les entreprises et les organismes culturels ? Et comment faire en sorte que la création soit encore mieux appuyée ? Il revient à chacun finalement de faire des efforts afin que notre secteur culturel se développe. Même si les infrastructures et les moyens logistiques ne suivent pas, les spectacles tournent, les initiatives collectives, soutenues par les Instituts français poursuivent leur chemin. Le décor semble bien planté pour cette année !