« Rock the Casbah » : une comédie familiale pà¢lichonne

à€ l’affiche depuis le 18 septembre, le deuxième long-métrage de Leïla Marrakchi donne à  voir un Tanger lumineux de carte postale et une famille bourgeoise aux personnages et aux drames quelque peu caricaturaux.

L’office du tourisme doit être aux anges: Dans Rock the Casbah, Tanger brille de mille feux, les figues sont gorgées de soleil et les femmes, belles à se damner. Leïla Marrakchi ne lésine sur aucun moyen pour flatter l’œil du public, pour aiguiser ses fantasmes de luxe, de calme et de volupté, peut-être même quelques démons d’envie. Nous sommes juchés sur La Vieille montagne, en altitude, presque en lévitation dans ce Royaume enchanté de la bourgeoisie tangéroise. Loin, très loin des ruelles poisseuses, des bars sordides de la médina, des usines bondées et des éplucheuses de crevettes, nous assistons, dans cette somptueuse demeure aux allures d’hacienda andalouse, «aux plus belles funérailles marocaines jamais filmées», s’extasie un malicieux internaute sur Twitter.

Tellement belles, tellement raffinées, il est vrai, qu’on en oublierait de s’affliger du drame qui secoue la famille ici présente, la mort de Moulay Hassan, le terrible et charismatique patriarche (Omar Sharif). «Un homme exceptionnel», balbutient les convives entre deux discrets reniflements. Un grand monsieur, «qui s’est fait tout seul et a toujours aidé tout le monde dans cette famille». Qui les a pas mal tyrannisés, aussi, concèdent les endeuillés. Enfin, les éplorées surtout, sept femmes attachantes et pleines de grâce : Aïcha, la digne veuve (Hiam Abbass), ses trois filles Sofia, Kenza et Miriam (Morjana Alaoui, Lubna Azabal, Nadine Labaki), Yacout (Fatima Harandi), la domestique, fidèle au poste depuis trente ans, et Lalla Zaza (Assia Bentria), la grand-mère fumeuse de gauloises, dévoreuse de Big macs, lanceuse de répliques irrésistibles.

Des rôles clichés, des velléités d’émancipation qui sonnent faux   

Des actrices magnifiques (surtout Nadine Labaki, tellement convaincante en potiche décérébrée qu’on se demanderait presque si les chefs-d’œuvre Caramel et Et maintenant on va où? sont vraiment d’elle). Des femmes, disions-nous, au talent ébouriffant, hélas desservi par des rôles très peu fouillés. Fraîchement débarquée de New York, Sofia la «rebelle», «qui-ne-fait-jamais-rien-comme-tout-le-monde», doit affronter un bloc de préjugés, d’hypocrisies et de jalousies larvées, incarné principalement par ses sœurs, droites dans leurs petites bottes de soldates obéissantes à la société «conservatrice et schizophrène»: Kenza la prof lunettée, psychorigide donc, forcément, un brin bigote, pour ne rien arranger, et Miriam l’écervelée, la propre à rien «allergique à la lecture», qui sirote des bières en soupirant d’ennui quand elle ne dépense pas 200 000 dirhams en liftings, mammoplasties et autres travaux de réfection corporelle… Les personnages, on l’aura compris, manquent terriblement de relief, frôlent trop souvent la caricature.

Résultat : les états d’âme de ces dames sonnent creux, faux, on a beaucoup de mal à s’identifier à elles, à croire à leurs souffrances ouatées, à s’émouvoir de leurs velléités d’émancipation formatées. Leïla Marrakchi, qui se targue dans un entretien avec l’hebdomadaire Jeune Afrique, d’avoir «brossé un portrait kaléidoscopique réussi de la femme marocaine moderne», prend un peu ses rêves pour des réalités. Une infime minorité de Marocaines pourra s’assimiler à une Sofia, une Kenza ou une Miriam, très peu vivent, ressentent et réagissent de la même façon au joug patriarcal et aux carcans- autrement plus complexes, redoutables- qui les briment, les asphyxient au quotidien.
Pour résumer, la réalisatrice de Marock signe ici une historiette jolie et distrayante, à l’esthétique lumineuse mais au fade contenu. Un retour sans grande ambition.