Rentrée littéraire : corrosif et moderne

Yunior aime les femmes. Voilà , c’est dit. Mais il les aime toutes : les latinas, les métisses, les blacks, les blanches «un peu péquenaudes», les asiats, les grosses, les maigres, les grandes et les petites.

Extrait :

«Ta copine découvre que tu la trompes. (Bon en fait, c’est ta fiancée, mais après tout, bientôt ça n’aura vraiment plus d’importance). Elle aurait pu te surprendre avec une sucia, elle aurait pu te surprendre avec deux, mais comme tu n’es qu’un sale fils de cuero qui n’a jamais vidé la corbeille de sa messagerie électronique, elle t’a surpris avec cinquante! Certes, étalées sur une période de six ans, mais quand même. […] Tu ne recules devant rien pour la garder. Tu lui écris  des lettres. Tu la conduis au boulot. Tu cites Neruda. Tu rédiges un mail collectif qui répudie toutes tes sucias […] Tu déclares être un accro au sexe et commence à assister à des réunions. Tu rejettes la responsabilité sur ton père. Tu rejettes la responsabilité sur ta mère. […] Tu trouves un psy. […] Tu lui donnes les mots de passe de toutes tes messageries électroniques. Tu commences à prendre des cours de salsa comme tu l’as toujours promis […] Tu essaies tout, mais un jour elle se redressera simplement dans le lit et dira : c’est fini».

En quelques mots :

Yunior aime les femmes. Voilà, c’est dit. Mais il les aime toutes : les latinas, les métisses, les blacks, les blanches «un peu péquenaudes», les asiats, les grosses, les maigres, les grandes et les petites. Si on lui posait la question, Yunior dirait qu’il est un peu «fleur bleue», qu’il recherche l’amour vrai, fort et pur… entre les bras de toutes ces dames pour lesquelles il éprouve tendresse et respect, mais qu’il n’arrive jamais à garder, trompeur-coucheur-menteur qu’il est, dans toute sa splendeur de mâle latino débarqué de sa Saint-Domingue natale aux Etats-Unis avec pour tout bien un morceau de savon et un paquet de chicklets dans la poche.
Malheureusement, sa fiancée n’est pas sur la même longueur d’onde, et lorsqu’elle lui jette à la figure une pleine liasse de toutes les preuves retenues contre lui, lettres, emails, photos et on en passe, Yunior songe que tout ceci ferait un «bon livre». Heureusement pour nous, tout ceci fait un excellent roman, et on savoure sans limite ce ton politiquement incorrect, cette langue furieusement vivante et ce style piquant qui nous raconte, à travers les femmes de la vie de Yunior, la communauté dominicaine débarquée à New York dans les années 60, à la recherche d’un eldorado depuis longtemps disparu.

L’auteur :

Né en 1968, Junot Díaz est un écrivain américain originaire de République Dominicaine. Il vit aux États-Unis depuis son arrivée dans le New Jersey avec ses parents, à l’âge de six ans. Auteur de nouvelles publiées dans divers journaux et magazines dont le New Yorker, son premier roman «La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao» (Plon, 2009) est récompensé par le National Book Critics Circle Award et le Prix Pulitzer.

«Guide du loser amoureux», Junot Diaz, Edition Plon, 204 pages, 250 DH