Rajae Belamlih, une star s’en est allée

C’est en pleine gloire que la sublime Rajae Belamlih fut ôtée à l’affection de ses nombreux admirateurs.?Un cancer du sein, qu’elle avait combattu vaillamment, a eu raison d’elle, dimanche 2 septembre, à Rabat.?Hommage.

Politiciens de tous bords, figures des arts et des lettres et simples fans, venus par centaines, ont bravé, ce lundi 3 septembre, un soleil impitoyable pour rendre un dernier hommage à Rajae Belamlih. Jamais, de mémoire de Marocain, on n’avait vu foule aussi nombreuse assister aux obsèques d’un artiste. C’est que la défunte recueillait tous les suffrages autant par sa virtuosité vocale que par ses qualités humaines. D’un naturel classieux, elle était nantie d’une modestie confondante, d’un abord avenant et d’un sens inoui de l’altruisme. Ce n’est pas sans raison qu’elle fut nommée, en 1999, ambassadrice de l’Unicef.

Dans un milieu gangrené par le nombrilisme, Belamlih détonnait. Etoile indécrochable, elle se montrait accessible, ne prenait jamais la pose des stars. Même au firmament, elle s’imposait d’interminables séances de travail de la voix. Elle découvrit la sienne en imitant Ismahane, Najat Saghira et Oum Kalsoum, dans le secret de sa chambre et sur les bancs du jardin Merdoukh, où elle régalait ses amies.

L’émision «Adwa’a Al Madina» la révéla
Celles-ci tentaient de persuader Belamlih de se lancer dans la chanson. Elle, était tout occupée à s’assurer un avenir précautionneux en s’appliquant dans ses études. Toutefois, par jeu, dit-on, elle s’inscrivit à la compétition organisée par l’émission «Adwa’a Al Madina». Exigeante envers elle-même, elle ne choisit pas la facilité. Ce fut avec Wa haqqouka anta lmouna wa talab, l’un des succès les plus ardus d’Oum Kalsoum, qu’elle se présenta, épata, triompha. Une star était née. Les dés étaient jetés, Belamlih n’avait plus qu’à se plier au désir du public. Ya jara wadina (1987) affirma son talent, Hakada ddounia tousameh le confirma.

Au mitan des eighties, nos chanteuses, sevrées de paroliers inspirés et de compositeurs dignes de ce nom, se mirent à regarder du côté du Caire. Aziza Jalal puis Samira Bensaïd y poussèrent la chansonnette brillamment. Raja Belamlih résolut de leur emboîter le pas. Rapidement, elle se fit un nom dans un pays où les artistes étrangers ne sont pas les bienvenus. Séduits par sa personnalité, les paroliers et compositeurs égyptiens majeurs, tels que Hilmi Bakr, Jamal Salama, Mohamed Diaa ou Salah Chernoubi, ne se faisaient pas prier pour mettre leur art consommé au service de la voix mélodieuse de Rajae Belamlih. Résultat : des bijoux comme Sabri alik tal, Iâtiraf, Ya Rhayeb, entre autres tubes.
Il y aurait eu infiniment d’autres belles réussites si la faucheuse n’avait fait son œuvre funeste.