Quand le MDR ne fait pas « que » rire

La neuvième édition du Marrakech Du Rire a animé les diverses scènes de la ville, du 12 au 16 juin. Plus que des spectacles réussis, le MDR est désormais un levier pour les humoristes marocains et africains.

Rire, générosité, communion : S’il ne fallait que trois mots pour extraire l’essence de cette belle célébration du MDR, l’on n’hésiterait point. La neuvième édition du Marrakech Du Rire fut aussi hilarante qu’espéré, innovante par plusieurs aspects, mais surtout plus que jamais attachée à la mission de faire éclore les talents de l’humour. De jeunes pousses très prometteuses y ont côtoyé avec aisance les stars du rire, pour un bouquet final séduisant, éclectique, mais homogène. La main tendue à l’humour marocain et africain ne pouvait que réjouir et toucher profondément aussi bien les artistes qu’un public épris de diversité. Pour Jamel Debbouze, trublion en chef de cette grande messe de l’humour, «il faut tendre la main à cette nouvelle scène qui n’a plus rien à envier à l’humour français ou américain».

Un gala en couleurs

Le temps d’un gala, le sublime Palais Badii se transforme en une zone affranchie, géographiquement non identifiée, où les nationalités se pressent pour rire les unes des autres, d’elles-mêmes et de tout. Cette belle réalisation est le reflet d’un métissage prémédité par Jamel Debbouze pour qui le MDR est une occasion unique pour inscrire la diversité dans les esprits des spectateurs et des téléspectateurs, qui découvrent le show en différé.

La neuvième édition du Gala a gâté son public. Entre le clip de Florence Foresti, les sketchs de Gad Elmaleh et d’Elie Semoun, les performances vocales d’Ary Abittan, l’on ne se retenait que pour mieux s’esclaffer face à un Bun Hay Mean désopilant ou une Ines Reg tordante.

L’espoir marocain

La scène a été prise en otage tour à tour par Caroline Vigneaux, Booder, Jarry, Waly Dia et Donel Jack’sman, offrant des rires aux éclats, les larmes en prime. Un tableau de théâtre classique, tourné en dérision, a donné le coup de grâce.

Dès les premières éditions, le MDR s’est engagé à s’associer aux grands noms de l’humour marocain, mais surtout à en dénicher les belles promesses. De Hassan El Fed à Eko, nos humoristes ont rejoint le Marrakech du Rire, avec entrain et implication, grattant un public supplémentaire grâce aux retransmissions sur les chaînes M6 et TV5Monde. Cette année, une bande de joyeux lurons s’est immiscée dans le programme du MDR. «Humouraji», show collectif pensé et lancé par l’humoriste Taliss, s’est imposé en ouverture du festival, sur la grande scène du Palais Badii. Jamel Debbouz a même confié s’être senti en concurrence pour la première fois depuis longtemps. C’est sur la scène du Théâtre Royal que Jalil Tijani a présenté son «Jeu de société» (www.lavieeco.com). Jamel Debbouze a eu pour lui de très bons mots, exprimant son émotion de voir ce jeune humoriste, qui a commencé dans les masterclass du MDR, se muer en un pur talent très prometteur. On entendra bientôt parler d’un autre nom, ayant participé aux premières masterclass et qui aujourd’hui y est comme animateur, après d’Oscar Sisto. Saad Mabrouk prépare sa prochaine scène incessamment.

Une communion africaine

Plus qu’une scène collective, le Gala Afrika fleurait bon l’amitié, l’union et la famille. Onze humoristes de plusieurs pays africains francophones se sont succédé sur scène pour faire la conquête d’un public tout aussi panafricain. Au cœur de la scène du théâtre Royal, la cérémonie a été dirigée par l’humoriste Amou Tatie. Gracieuse, râleuse, féministe qui s’ignore et comédienne de talent, la Franco-ivoirienne a partagé la scène avec des géants du rire ivoirien, tels que Digbeu Cravate et Michel Gohou, ainsi que Jamel Debbouze.

Après le passage imprévu, mais excellent, de Waly Dia, le show a continué avec Ulrich Takam, du Cameroun, Hervé Kimenyi du Rwanda, Pedro Sow de la Guinée, Ignace Essounga et l’Observateur Ebène, de la Côte d’Ivoire et «Les Nyotas», du Congo. Il y avait de tout : de l’humour potache à l’humour noir, du burlesque au pince-sans-rire, du bon accent du pays, comme de l’intonation de l’Hexagone. De cette richesse incroyable, le public présent s’est imprégné sans résistance, avec parfois beaucoup d’indulgence et d’ouverture d’esprit. Le MDR nous a offert ce beau moment de communion, prouvant encore une fois que la culture est la solution pour cette union tant espérée.