Quand le festival de Casablanca s’orientalise

Après deux années d’absence, le festival de Casablanca nous a servi une programmation résolument «rotanesque». Du 23 au 25 août, la grande ville blanche a accueilli le Maghreb et l’Orient.

Casablanca, cette éclectique aux grands airs est difficile à cerner. Entre quelques rares klaxons, on croise des gens surprenants, des lieux mythiques, et une authenticité mitigée. Depuis sa création, le festival de Casablanca cherche à en faire l’éloge culturel à travers concerts, spectacles de rues, et les fameuses «Nouzah Fanniya». On a pu, au fil du temps, applaudir des artistes internationaux (qui ne se souvient pas de la délicatesse d’Ayo, du lyrisme d’Oxmo Puccino, ou encore de la soul enivrante de Lee Fields) tout en découvrant, dans les artères labyrinthiques de la métropole, des perles de performances tous arts confondus.
Alors après deux ans d’absence, pour cause «de travaux d’embellissement de la ville», assurent les officiels, le festival, un peu comme la rose du Petit Prince, éclot discrètement sans faire beaucoup de bruit. Que dis-je, c’est plutôt une éclosion à grands coups de derbouka et de froufrou de danseuses orientales !

Parce que, oui, cette année l’Orient s’est invité à Casablanca. Un repositionnement désiré par les organisateurs qui promettent : «On choisit d’avoir un festival chaque année renouvelé en accueillant à chaque édition un continent, une culture ou un registre musical», mais qui nous laisse un brin perplexes. Pour un festival qui se targue d’être le festival de tous les Casablancais, s’estampiller du label Rotana, ce ne serait pas un peu amoindrissant pour toute notre soif de culture ?

Un repositionnement griffé Rotana

Si chaque festival jouit d’une notoriété singulière, empreinte de son positionnement, de son public, et des artistes qui s’y produisent, celui de Casablanca semble s’emmêler les pinceaux dans son propre éclectisme, et puis, finalement, ne rivalise même plus avec les autres, à en tomber aux oubliettes.

Pour un retour, délaisser les artistes d’Outre-mer et briller d’artistes d’Outre-tombe, c’est aussi affirmer une identité. Alors oui, le président du Centre régional du tourisme, Omar Kabbaj, déclare que «Sans culture, il n’y a pas de cohésion sociale», et surenchérit Mohamed Sajid, maire de la ville, en promettant un festival à l’image de Casablanca ouvert sur le Maghreb et l’Orient, que la bloggeuse musicale Ahlam A. répond, en ne tarissant pas d’éloges à ce propos : «C’est un festival pour le peuple, organisé pour que la classe populaire s’amuse un peu sans approcher de la cage dorée casablancaise». Ce à quoi, on ne peut qu’acquiescer discrètement, un peu pris de court. Puis officiels et politiques mis à part, nous et notre humeur rêche et grisonnante de friands de culture, on regrette la scène Rachidi, disparue à cause de la voie du (dangereux) Tramway, on pleure les adorables Nouzah Fanniya, on se désole de la présence du Label Rotana et du taux de botox de ses artistes, on applaudit frugalement la (pas si) nouvelle scène marocaine, entre Fnaire, Masta Flow, Lbig et les autres, on s’attriste pour la vague Rai statienne, pour finalement se rappeler que… «Le festival de Casablanca est un festival pour tous les Casablancais». Surtout ceux qui cherchent à applaudir Najwa Karam, Melhem Zein, Rola Saad, Elissa, Marwan Khoury…