Printemps arabe 1.0

Dans un essai paru chez Michalon, Mounir Bensalah décrypte le rôle des réseaux sociaux dans le long et tortueux cheminement vers la démocratie dans les pays arabes.

Mounir Bensalah sait de quoi il parle. Cet ingénieur de trente-trois ans blogue lui-même très assidûment depuis déjà huit ans. Sur Twitter, il gazouille avec non moins d’ardeur. Les cyber-activistes, le militant des droits de l’homme les suit donc de près depuis qu’en Iran ils bravèrent la censure et attisèrent le tsunami de protestations contre une élection présidentielle fortement contestée. C’était en 2009. Après, il y eut le printemps arabe stimulé sur le Web, il y eut Slim Amamou, Lina Ben Mhenni, le blogueur «Z» et les dizaines d’autres e-révolutionnaires tunisiens, bientôt talonnés par Waël Ghonim et ses coéquipiers de la révolution égyptienne 2.0. Lesquels ont, à leur tour, inspiré les internautes opposants de Syrie, du Yémen, de Bahreïn ou de Jordanie. Au Maroc, le mouvement du 20 Février naquit, s’organisa et se mobilisa, de la même façon, sur la toile, à travers des plateformes citoyennes et engagées comme Mamfakinch.com. Des blogueurs comme Larbi.org ou Ibn Kafka dénoncent régulièrement les injustices sociales, les tares de notre société, les manquements de nos gouvernants.

Des formes inédites de militantisme se déploient et ne se résument pas, loin s’en faut, au seul volet politique, assure l’auteur de «Réseaux sociaux et révolutions arabes», mais «le dépassent pour façonner nos modes de vie sur les plans économique, social et culturel».

Des possibilités infinies de contestation, que Mounir Bensalah tente de condenser dans son essai, qui se veut être un hommage à la jeunesse militante et virevoltante des blogs et des réseaux sociaux arabes. «Ce livre est davantage qu’un recueil de témoignages des blogueurs de notre région, acteurs du printemps arabe ; il est la preuve de l’acte participatif de tout un chacun dans le processus du changement de la société», note dans une courte préface Amina Bouayach, vice-présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme.

Genèse, déploiement et perspectives

L’ouvrage de Mounir Bensalah ratisse large. On y redécouvre les balbutiements de la «révolution numérique» dans un premier chapitre historique qui revient, au pas de course, sur l’expérience de neuf pays. Le deuxième volet décortique le cas du Maroc, des modestes débuts de la Blogoma (blogosphère marocaine) aux manifestations insufflées par le «20Feb» (20 février en langage «twitterrien»). On y lit enfin quelque quatre-vingt pages de riches entretiens avec des journalistes férus de Web, des blogueurs et des politologues.

«Réseaux sociaux et révolutions arabes», un essai de Mounir Bensalah paru aux Éditions Michalon. 2012.