Pourquoi Haruki Murakami méritait le Nobel de littérature

Quand l’Asie s’invite dans la littérature, un Japonais, Haruki Murakami et un Chinois, Mo Yan,se retrouvent favoris pour le Nobel. Mo Yan l’emporte, Murakami le mérite.

Lire Tolstoï, c’est deviner qu’Anna Karénine ne va pas mourir dans le premier chapitre. Avec Shakespeare, on sait que l’intrigue finira de façon tragique même dans une comédie. La littérature classique est, dans toute sa splendeur et élégance, avouons-le, un poil prévisible. Idem pour certains contemporains. Mais, un soir, j’ai commencé à lire Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami. Et j’en suis tombée amoureuse. Parce que Kid A de Radiohead accompagne ses descriptions, que des chats parlent, qu’on peut littéralement lire du jazz, ou qu’on se volatilise après un chagrin d’amour. Voilà ce qu’est Haruki Murakami. Le découvrir, c’est accepter de sombrer corps et âme dans une œuvre rationnellement irrationnelle.

Avec lui, les éléphants volent, il pleut des poissons, il y a deux lunes dans le ciel, le Colonel Sanders (personnage du logo de KFC) est un drôle de manipulateur, les moutons dansent et la mort est l’unique fatalité. Voilà ce qu’est Murakami : un délicieux paradoxe littéraire. Ce n’est qu’à travers autant d’éléments de fiction, surprenants et envoûtants, qu’on décèle une description très juste de notre monde actuel, bien réel, lui. Tout aussi décousu qu’il l’écrit. Pour lui, le monde est chaotique, et dans cet irrévocable chaos subsiste le sens de la vie et de la mort.

Nobel Surprise !

Après une carrière de publicitaire, Haruki Murakami semble découvrir l’art du roman un peu à son insu à trente ans. Il déclare dans l’une de ses rares interviews, pour le quotidien français Le Monde, que le rôle d’un écrivain est : «Ecrire de bons livres. Ils ont pour but d’aider les gens à trouver un sens, à structurer leur esprit. On vit dans un monde chaotique, violent. Pour survivre, il faut essayer de se donner des valeurs repères. Une fiction peut aider à révéler une parcelle de vérité».
Le succès fulgurant de 1Q84, une trilogie initiatique captivante, lui a valu d’être cité dans les favoris pour le Nobel de littérature, aux côtés du Chinois Mo Yan et de Bob Dylan ! Tous pressentis pour succéder à Le Clézio et Transtromer. Mais la saga du Nobel déroutant continue, puisque l’obscur Mo Yan emporte le prix (et les 929 000 euros qui l’accompagnent) pour  son «réalisme hallucinatoire qui unit conte, histoire et monde contemporain». Une description dont on ne gardera qu’un mot : hallucinatoire.
Bon, il est vrai qu’après Barack Obama et l’Union Européenne Nobel de la paix, la littérature s’en sort plutôt pas mal. A quand le Nobel de l’humour noir décerné à l’académie des Nobel ?