Philippe Lorin : «le public rajeunit au Tanjazz !»

Deux semaines seulement nous séparent de la seizième édition du Tanjazz. Entretien avec Philippe Lorin, alias M. Tanjazz.

Comment se porte le Tanjazz ?

Très bien ! Toujours vivant, il a gagné en maturité. Nous roulons certes avec un petit budget qui a légèrement baissé, en raison d’une chute de recettes sponsoring. Alors, nous gérons cela avec beaucoup de prudence. Mais le Tanjazz est là, avec de belles promesses pour l’avenir.

La 16e édition promet un «Tour du Monde du jazz». Quelle est la différence avec les autres éditions tout aussi éclectiques ?

En effet, le Tanjazz a toujours reçu des musiciens d’un peu partout. Mais les précédentes éditions étaient clairement tournées vers l’Europe et l’Amérique. Là, on est vraiment dans l’exploration des cinq continents, avec des groupes d’Asie centrale et d’Océanie. Ce qui représente une première pour le Tanjazz.

Nous remarquons le retour, cette année, d’Arun Ghosh qui a fait un beau parcours depuis l’édition 2013. Vous aviez donc l’œil…

Je pense que tout le monde sait désormais que notre festival n’est pas un festival de têtes d’affiche. Hormis Buika l’année dernière, peut-être. Mais en général, c’est la philosophie même de notre festival. Nous partons explorer, découvrir, pour faire connaître à notre public des musiciens qui, à notre avis, risquent de monter en flèche. Nous avons eu Stacey Kent aussi, qui est passée au Tanjazz et que, aujourd’hui, on ne peut plus payer (rire).

Sont-ils nombreux à accepter de revenir ?

70% des artistes qu’on a déjà reçus veulent revenir ! Personnellement, j’insiste sur la diversité. Nous voulons faire découvrir autre chose. Ne pas tomber dans la monotonie et la prévisibilité. Déjà que tous les festivals d’été reçoivent les mêmes artistes. Si vous en faites un, ce n’est plus la peine d’en faire un autre. Nous nous plaçons sur un autre niveau.

Comment évaluez-vous la santé du jazz et des autres festivals au Maroc ?

Au Maroc, il y a trois événements liés au jazz et je me réjouis de leur existence. Il y a le jazz au Chellah qui s’articule autour du jazz européen, permettant des fusions avec des artistes marocains et de Jazzablanca qui, lui, prend une autre forme, avec un certain nombre de grands concerts. Je pense que chacun a sa propre personnalité et qu’on se complète assez bien… Cela étant dit, je pense que le jazz n’a pas encore assez d’influence sur la musique au Maroc. On s’inspire du blues, ce serait déjà bien qu’on en fasse davantage à l’avenir.

Le public est toujours le même ?

Nous avons un public très hétérogène. Il y a celui qui vient de l’étranger et dont s’occupent des agences de voyages. Il vient de France, d’Espagne ou du Royaume-Uni. Et puis, le public local qui vient de Casablanca, de Rabat, voire de Marrakech et que je remercie du fond du cœur. Car cela demande un effort de prendre la route, de gérer l’hébergement… Cela dit, on note une différence claire en ce qui concerne l’âge du public. Il y a 3 ans, les jeunes représentaient 10% du public. Aujourd’hui, ils dépassent les 30%. Et l’on ne peut que se réjouir de ce regain d’intérêt pour le jazz de la part des jeunes.

Petite info de dernière minute…

Nous avons appris que le musicien Nader Mansour n’a pas eu de visa pour le Maroc. Il nous vient du Liban et il a commis un petit retard dans la procédure. Nous espérons qu’il sera des nôtres avec son groupe formidable The Wanton Bishops.