Petite histoire du Tanjazz

Pour les vingt ans de Tanjazz, Philippe Lorin nous a raconté une série d’anecdotes vécues tout au long de la vie du festival, de quoi vous donner envie de vous rendre à son vingtième anniversaire.

Dans la vie d’un festival, l’année des vingt ans est celle du baptême, une consécration désirée et un cap incontournable pour s’inscrire à l’olympe des événements phares. Mais Tanjazz n’a pas attendu si longtemps pour s’installer dans le paysage culturel et artistique marocain et international, comme l’un des rendez-vous incontournable du jazz. La conférence de presse annuelle, qui permet chaque année de présenter le programme, a levé le voile sur les coulisses du festival. Avec un humour toujours aussi mordant, Philippe Lorin a raconté à l’assistance un nombre d’anecdotes, tantôt drôles, tantôt stressantes, dévoilant les traits humains et les «joies» de l’organisation. S’il a d’abord commencé par décrire le contexte économique et culturel du Tanger de l’époque et son manque effarant d’infrastructures, c’est pour que l’on réalise l’ampleur du risque et de l’aventure, mais aussi de la passion qui a donné naissance au Tanjazz. Et comme le programme a déjà été annoncé à La Vie éco, voici quelques histoires pour vous donner envie d’être de la fête, cette année, du 15 au 22 septembre.

Première édition : trois groupes proches de Philippe Lorin viennent se produire gratuitement pour un premier rendez-vous international de jazz au continent africain. «Seulement 60 personnes étaient présentes au premier concert : il fallait y croire!», dit le président en rigolant. La deuxième anecdote concerne Nico Morelli qui, empêché de dormir par les fracas du chergui, a fini par composer un morceau inspiré de ce vent du Sud. Ce pianiste même a été présenté au festival de Saint-Germain des Près, l’année suivante, comme la révélation de Tanjazz !

La deuxième édition tombe vraiment très mal : un 14 septembre 2001, soit trois jours après les attentats aux Etats-Unis. Plusieurs appels plus ou moins officiels somment Lorin d’annuler le festival. La grâce tombe lorsque le rendez-vous est maintenu sur décision royale qui insiste pour rassurer le monde et envoyer un message de paix via la culture. Quelques artistes ont été bloqués aux Etats-Unis, mais l’édition est un succès.

Sur le conseil «avisé» des connaisseurs, la 4e édition est programmée au mois de mai, pour s’aligner sur les autres festivals. Pas de bol : c’est l’année des attentats du 16 Mai à Casablanca. Encore une fois, le deuil menace le festival, mais la vie l’emporte et Tanjazz est maintenu.

L’édition numéro 7, Tanjazz devient glamour avec un Danny Brillant qui a transporté des bataillons de fans de Casablanca et de Rabat. Le crooner touche au jazz, permettant au festival de rajeunir et d’élargir son public.

En 2011, Liliann Boutté, de la Nouvelle Orléans, rate la correspondance pour Tanger et se perd dans l’aéroport de Casablanca. Elle est récupérée grâce aux renseignements généraux qui la déposent à Tanger à 2h du matin.

Dès 2013, le Tanjazz passe à l’Est avec une ouverture sur le jazz indien, manouche, oriental.

En 2014, Cécile Mclorin est découverte à Tanjazz. Elle rafle les prix depuis. La diva Buika avait transporté les foules d’Andalousie. Prenez place : elle revient cette année.

En 2016, «j’ignorais que Tanjazz était le premier festival au monde à consacrer une édition 100% aux femmes. Et l’on ne parle pas de chanteuses sexy et langoureuses, mais de femmes musiciennes instrumentistes de talent», s’émeut Philippe Lorin.

Et comme on sait que le Tanjazz avait bénéficié du label Unesco pour la musique et du soutien de plusieurs ambassades étrangères, l’on est étonné de découvrir que malgré la popularité outre-mer du Président Obama, c’est lors de son mandat que la subvention a été coupée au Tanjazz au grand étonnement de l’organisation, qui estime que le festival représente une belle vitrine pour la musique américaine.