Orchestre philharmonique du Maroc : quand le classique s’égaye…

Composé de 80 musiciens permanents, l’OPM est le seul orchestre philharmonique au Maroc qui s’étend des Å“uvres symphoniques à  l’opéra et à  la création contemporaine, Créé en 1996, il a réussi à  fidéliser un public et forme ses musiciens.

C’est lui qui a donné le «la» pour créer un ensemble philharmonique. Les autres l’ont suivi, ont accordé leurs violons au rythme de ses désirs. C’est ainsi qu’est né l’Orchestre philharmonique du Maroc (OPM) en 1996, par la volonté et l’entêtement de Farid Bensaid. L’engouement qu’a suscité la venue de cette nouvelle formation au Maroc s’explique en partie par la personnalité charismatique du président fondateur, par son dynamisme et la force de ses arguments. Car il a fallu convaincre avant tout. «Rien n’a été facile, éclaire-t-il. Il fallait trouver des musiciens, de l’argent, des spectateurs, des salles, faire de la communication… Ça s’est construit comme ça. Ensuite, il faut savoir qu’il ne suffit pas d’être bon musicien. Un musicien d’orchestre c’est autre chose, c’est un autre métier. C’est pour cela que nous les avons formés avec des partenaires étrangers qui venaient régulièrement pour des cycles de formation». Une telle collaboration a fait pousser des ailes aux instrumentistes, invités à visiter les grandes œuvres pour un orchestre avec de grands musiciens. Jouer une œuvre symphonique est souvent une allégresse musicale dans laquelle chacun tient un rôle important même si certains jouent plus qu’un rôle. Farid Bensaïd est violon solo mais aussi un homme d’affaires connu sur la place et cette double casquette lui a permis de «convaincre banques, assurances, institutions… une trentaine d’entreprises m’ont suivi dans ma démarche. Ce qui permet de payer les musiciens. Nous avons pris les meilleurs dans les conservatoires nationaux. Il y a aussi des musiciens de l’armée qui étaient correctement formés. Je dirai que l’OPM est comme une multinationale… », se réjouit Bensaïd. L’orchestre s’est vite construit une identité, assumant une différence, une marocanité tout en appartenant à une musique occidentale alliant exigence et diversité. Et justement les concerts du Nouvel An qui se tiennent du 17 au 22 janvier à Casablanca, Rabat et Tanger, confirment cette identité.
Les instrumentistes nous proposent un pèlerinage sur nos terres avec Passions. Cette nouvelle création sera présentée au public marocain en avant-première mondiale. Car, pour la première fois, l’orchestre s’est permis une commande à un grand musicien : Ahmed Essyad. «C’est un très grand musicien reconnu partout dans le monde. Nous lui avons commandé cette composition il y a deux ans. C’est important pour lui de jouer au Maroc, dans son pays». Le musicien a fait son apprentissage muscial au conservatoire de Rabat, avant de se rendre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Il réside en France depuis 1962, date à laquelle il devient élève, puis disciple privilégié de Max Deutsch (artiste qui a formé plus de trois cents musiciens venus du monde entier). Essyad a développé sa propre façon de faire de la musique, une musique classique contemporaine avec des références arabo-berbères. Pour reprendre sa propre expression, «une synthèse culturelle qui ne porterait pas la réflexion des hommes en avant, qui n’enrichirait pas le présent d’une expérience nouvelle, ne saurait permettre le double étonnement, continent à continent, ce territoire où l’homme peut se perdre enfin». De 1991 à 1994, il est compositeur en résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon pour laquelle il compose un opéra-lumière  d’après un livret de Bernard Noël, L’Exercice de l’Amour. Il obtient en 1994 le Grand Prix national de la musique.
Une sensibilité à fleur de peau, c’est comme cela qu’on décrit l’artiste, ancien élève du conservatoire de Rabat. La composition qu’il a préparée pour l’ouverture de la saison de l’Orchestre philharmonique est enfin prête. De la musique classique contemporaine. Cette musique quelque peu dissonante, «c’est comme une douleur qui fait du bien», annonce le violoniste Bensaïd, comme un avant-goût à ce concert.

Une nouvelle étape et de nouveaux défis

L’orchestre affirme son caractère, s’affirme sur la scène nationale. «Nous avons réussi à  fidéliser un public», se réjouit le créateur de la formation. Sachant obtenir tout ou presque de ses musiciens, Bensaïd s’est lancé dans la création de cet orchestre avec un objectif. «Dès le premier concert nous nous sommes donné les moyens de jouer correctement, nous n’avons jamais lésiné sur la qualité. S’il y a différence, je la situerai au niveau des répétitions. Un concert qui nous demande actuellement 5 ou 6 répétitions nous coûtait au départ 41 répétitions. Mais nous n’avons jamais bradé la qualité artistique. Certains ne croyaient pas qu’on allait tenir le coup, on nous avait prédit un concert, depuis, nous en avons donné 300». La progression de la formation a été pour le moins spectaculaire, s’attaquant aux plus grandes symphonies 1ère, 2e, 3e, 5e et 7e de Beethoven, la symphonie du Nouveau Monde de Dvorak, la Pathétique de Tchaïkovski… aux opéras majeurs tels la Traviata, Rigoletto, L’enlèvement au Sérail, Carmen, Le Barbier de Séville, Les Noces de Figaro ou encore la Flûte Enchantée… L’OPM a également accompagné des solistes de renom, parmi lesquels Laurent Korcia, Xavier Phillips, David Grimal, Abdel Rahman El Bacha, Régis Pasquier, Carles Trépat, Patrice Fontanarosa et Roland Daugareil.
Pour cette nouvelle saison et à côté de la surprise d’Ahmed Essyad, West Side Story de Léonard Bernstein (Etats-Unis). Au menu, également, Estancia, un enchantement pour les oreilles, composé par l’Argentin Alberto Ginastera. Et, enfin, la Danzon n° 2 d’Arturo Marquez (Mexique). Si le titre de cette composition ne vous dit rien, l’air est très connu. Pour vérifier, il suffit d’aller voir ces concerts qui ouvrent cette nouvelle saison, sous le signe des festivités !
Après tant de voyages toujours audacieux, l’orchestre «ose» les chefs-d’œuvre, chœur, solistes et musiciens prennent de plus en plus de risques. Pour le printemps prochain, un opéra se prépare. Celui de la Tosca de Puccini.
Après quinze années d’existence, l’orchestre s’est fait une solide réputation. La simple curiosité du départ semble avoir cédé sa place à la découverte. Ceux qui ont eu l’occasion d’assister aux concerts de l’Orchestre philharmonique ont pu relever l’habileté technique des musiciens et leur générosité.  Un ensemble musical convivial qui depuis 1996 a su renouveler les plaisirs de mélomane et à fidéliser un public qui est de plus en plus grandissant. Les musiciens ont trouvé au sein de cette formation un avantage appréciable à pouvoir pratiquer la musique symphonique. Faire valoir de jeunes talents et en affirmer d’autres, c’est aussi une des missions de cet orchestre. «Quand nous avions commencé dans les années 90, le musicien était considéré comme un raté par la société. Aujourd’hui les musiciens sont fiers de ce qu’ils font. Les gens se déplacent pour venir les voir. Ils sont applaudis. Je pense que nous faisons partie de ceux qui ont permis ce changement», conclut Bensaïd. Le violoniste qui a plus d’une corde à son arc (c’est le moins qu’on puisse dire !) a aussi lancé un cycle de formations et des concerts pédagogiques pour former autant à la technique qu’à développer un goût pour la musique. Un futur public semble déjà conquis ! Ceux qui cherchent une protection du beau par ces temps froids, l’Orchestre philharmonique offre un magnifique abri.